Le ballon s’arrête. Pas le débat.
Gavin Bazunu, gardien de but de l’Irlande, a annoncé qu’il ne disputerait pas les deux matchs de la Ligue des nations contre Israël, prévus ce dimanche et le 4 octobre. « Tuer des innocents est injustifiable », a-t-il écrit sur Instagram, avant d’ajouter : « Je ne peux pas participer à un événement qui soutient une nation qui commet des atrocités. » Pas de demi-mesure. Pas de compromis. Juste un refus net, sans appel.
Et ça, c’est le problème. Parce que le football, lui, n’a pas l’habitude des refus nets. Pas l’habitude de trancher. Pas l’habitude de dire « non » à l’argent, aux sponsors, aux politiques qui serrent la main des dictateurs en échange d’un contrat. Bazunu, lui, il dit « non ». Et ça dérange.
Le sport se réveille, mais trop tard
Depuis le 7 octobre, le monde a basculé. Gaza brûle. Les hôpitaux sont bombardés. Les enfants meurent. Les images, vous les avez vues. Les chiffres aussi : selon l’ONU, plus de 3 500 Palestiniens ont été tués en trois semaines (chiffres du 17 octobre, OCHA). Mais le football, lui, a mis du temps à réagir. Trop occupé à organiser des matchs, à négocier des droits TV, à faire semblant d’ignorer.
Jusqu’à Bazunu. Lui, il a franchi la ligne. Pas en paroles, en actes. En refusant de jouer. En transformant son terrain de jeu en champ de bataille politique. « Je ne peux pas fermer les yeux », a-t-il répété. Et c’est ça, le vrai scandale : que des athlètes aient attendu si longtemps pour en arriver là.
La FIFA, elle, bafouille. « Nous comprenons sa position », a-t-elle lâché dans un communiqué, avant d’ajouter « mais le football doit rester apolitique ». Apolitique ? Vraiment ? Quand le Qatar organise la Coupe du monde en 2022, les yeux fermés sur les droits humains ? Quand la Chine sponsorise des clubs européens sans broncher sur le Xinjiang ? Quand l’Arabie saoudite achète des équipes entières pour blanchir son image ? Le football est politique depuis toujours. Il ne l’admet juste pas.
L’Irlande en première ligne, mais pas seule
Bazunu n’est pas le premier. D’autres joueurs ont déjà boycotté des matchs pour des raisons politiques. En 1966, des footballeurs sud-africains refusent de jouer contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. En 1981, des athlètes américains boycottent les Jeux olympiques de Moscou pour protester contre l’invasion de l’Afghanistan. Mais cette fois, c’est différent. Parce que Gaza, ce n’est pas une guerre lointaine. C’est une boucherie en direct. Parce qu’Israël, ce n’est pas un régime isolé. C’est un allié des grandes puissances, un partenaire commercial, un pays protégé par le droit de veto à l’ONU.
L’Irlande, elle, n’a pas ce luxe. Elle n’a pas l’armée la plus puissante du monde derrière elle. Elle n’a pas les bombes. Elle n’a que sa voix. Et Bazunu, aujourd’hui, il la porte.
Mais attention : ce n’est pas un geste désintéressé. L’Irlande joue contre Israël dans le cadre de la Ligue des nations, une compétition où les équipes sont réparties en pots selon leur niveau. Refuser de jouer, c’est risquer une punition. Une amende ? Une exclusion ? Personne ne sait. La FIFA n’a jamais eu à gérer ça. Elle préfère les silences complaisants.
Le business du football contre la morale
Le vrai calcul, c’est celui des sponsors. Israël, c’est un marché. Un pays riche, des entreprises puissantes, des contrats juteux. La FIFA, elle, ne veut pas froisser. Pas quand les billets pleuvent et que les droits TV explosent. Alors elle ferme les yeux. Elle attend que les joueurs fassent le sale travail à sa place.
Bazunu, lui, il assume. « Je préfère perdre un match que de participer à quelque chose qui me dégoûte », a-t-il dit. Mais à quel prix ? Un gardien de but, ça se remplace. Un boycott, ça se sanctionne. La FIFA va-t-elle le suspendre ? L’exclure ? Personne n’ose le dire.
Pourtant, une chose est sûre : ce n’est pas qu’une histoire de football. C’est une question de principe. Si Bazunu peut refuser, d’autres suivront. Les joueurs de l’équipe d’Israël, eux, ont déjà menacé de ne pas jouer contre l’Irlande en représailles. La Ligue des nations devient un champ de mines.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Est-ce que ça va arrêter la guerre à Gaza ? Non. Est-ce que ça va faire plier Israël ? Non. Est-ce que ça va faire réagir la FIFA ? Peut-être, mais trop tard.
Ce que ça change, c’est autre chose. Ça montre que le sport n’est pas une bulle. Qu’il ne peut plus faire semblant d’être neutre. Que les athlètes ont le droit, le devoir, de prendre position. Bazunu n’est pas un héros. C’est un type qui a dit « non » quand tout le monde disait « on verra ».
Le problème, c’est que « non », dans ce monde-là, ça se paie. Très cher.
Le football va devoir choisir son camp
La FIFA parle d’apolitisme, mais elle ment. Le football est politique depuis toujours. La seule question, c’est : de quel côté il se met.
Bazunu a choisi le sien. Maintenant, il faut voir si les autres osent suivre.
Parce que si personne ne bouge, c’est que le sport a déjà perdu.
Et ça, c’est une défaite bien plus lourde qu’un match annulé.