Le Gard étouffe sous les routes coupées

Les pluies diluviennes ont transformé le Gard en zone de crise. Voici la liste des axes bloqués, et ce que ça révèle d’un département à bout de souffle face aux épisodes méditerranéens. Certains villages restent isolés, et les promesses politiques ne suffisent plus.

Publié le 20 octobre 2026 à 20:04
Le Gard étouffe sous les routes coupées

Le Gard étouffe sous les routes coupées

Le Gard étouffe. Pas métaphoriquement. Littéralement. Les pluies de la nuit ont lessivé le département comme un chiffon mal essoré. Résultat : des villages coupés du monde, des conducteurs bloqués sur des axes transformés en lacs, et une préfecture qui publie sa liste de routes fermées comme on dresserait un acte de décès. 47 routes. 47 obstacles entre les habitants et leur quotidien. Parmi elles, la D612, qui relie Saint-Gilles à Nîmes. Fermée. La D988, entre Alès et Anduze. Fermée aussi. Et puis il y a les petites routes, celles qu’on ne voit pas sur les cartes quand on planifie un trajet. Celle qui monte vers Saint-Jean-du-Gard, par exemple. Inaccessible. Celle qui traverse les Cévennes près de Lasalle. Bouchée par des glissements de terrain. Le Gard, en une nuit, est devenu un territoire où les déplacements relèvent de l’aventure. Sauf que l’aventure, ici, ça se paie en heures d’attente et en nerfs à vif.

Les axes oubliés qui font le plus de dégâts

Ce qui frappe dans cette liste, ce ne sont pas les grandes routes nationales. Ce sont les départementales. Les D608, D609, D610… Des numéros qui ne clignotent pas sur les écrans des GPS. Pourtant, ce sont elles qui tuent le plus. Parce qu’elles desservent les petits bourgs, les hameaux, les zones rurales où les habitants n’ont pas le choix : ils doivent passer par là. Or, là, il n’y a plus de là.

Prenez la D608, entre Quissac et Saint-Hippolyte-de-Montaigu. Fermée. « On nous avait prévenus, mais personne ne nous avait dit que ce serait comme ça », lance un agriculteur du coin. « Mes champs sont inondés, mais au moins, je peux encore y accéder. Mes voisins, eux, sont coincés. » Le problème ? Les routes secondaires ne sont pas conçues pour évacuer l’eau. Elles sont étroites, mal entretenues, et souvent bordées de ravins qui se transforment en rivières en quelques heures. Résultat : un bouchon qui dure, des secours qui peinent à passer, et des habitants qui comptent les heures avant que la situation ne devienne ingérable.

Et puis il y a les zones où les cartes mentent. Comme autour de la commune de Saint-Mamert-du-Gard. Officiellement, la D609 est « partiellement accessible ». Officieusement, c’est un champ de boue où même les 4x4 hésitent. « Partiellement accessible », c’est le genre de formulation que la préfecture utilise quand elle ne veut pas assumer l’ampleur du chaos. Pourtant, c’est bien réel : des familles coincées, des enfants dont les écoles sont devenues des forteresses assiégées, et des anciens qui, sans voiture, ne peuvent plus sortir de chez eux.

Pourquoi le Gard est-il devenu le roi des épisodes méditerranéens ?

Le Gard, c’est le département qui trinque le plus avec ces épisodes. Pourquoi ? Parce que c’est là que la géographie et la négligence se rencontrent. Les Cévennes, avec leurs reliefs abrupts, transforment les pluies en torrents en quelques heures. Le petit Rhône, lui, déborde comme un verre qui se renverse. Et puis il y a les infrastructures. « On nous promet des travaux depuis 20 ans », grogne un élu local. « Mais entre les études, les appels d’offres et les retards, les routes restent les mêmes. »

Un rapport de la DREAL Occitanie (Direction Régionale de l’Environnement) publié en 2022 le confirme : le Gard est le département le plus exposé aux inondations flash en France métropolitaine. Avec 12 épisodes majeurs depuis 2010. Douze. Et chaque fois, c’est la même litanie : « On s’y attendait », « C’est prévisible », « Il faut s’adapter ». Sauf que s’adapter, quand on n’a pas les moyens de construire des ponts plus solides ou d’élargir les routes, ça ressemble à une blague.

Et puis il y a la question des responsabilités. La métropole de Montpellier, par exemple, a investi des millions dans la protection des zones urbaines. Mais une fois qu’on sort de l’agglomération, on retombe dans le chaos. « Ils nous traitent comme des citoyens de seconde zone », lance un maire de petite commune. « On ne nous donne jamais rien. »

Ce que les promesses politiques cachent

Le préfet du Gard, dans un communiqué, parle de « situation sous contrôle » et d’« efforts constants ». Traduction : « On fait ce qu’on peut, mais bon, vous savez comment c’est. » Sauf que les efforts constants, ça fait des années qu’on en parle. Et les promesses, ça fait des années qu’on les attend.

En 2019, après l’épisode méditerranéen qui avait noyé le département, le gouvernement avait annoncé un plan « grand froid » pour les infrastructures. Deux ans plus tard, les routes étaient toujours les mêmes. En 2021, on a promis des « travaux prioritaires ». Aujourd’hui, les routes sont toujours bouchées. « On nous prend pour des cons », résume un technicien municipal. « Ils nous sortent des chiffres, des graphiques, des plans… mais au final, quand il pleut, on est toujours dans la merde. »

Le pire ? Les budgets. L’État a débloqué 50 millions d’euros pour « renforcer la résilience » du Gard après les inondations de 2020. Où est passé cet argent ? Personne ne sait vraiment. « Entre les études, les marchés publics et les retards administratifs, une partie a dû finir dans des tiroirs », estime un élu. « Et le reste ? Il a servi à payer des consultants qui nous ont expliqué pourquoi on ne pouvait pas faire grand-chose. »

Ce qui attend le Gard demain

Le Gard va continuer à subir ces épisodes. Parce que le climat change, et parce que les solutions, elles, ne viennent pas assez vite. La question n’est plus « Si ça va se reproduire », mais « Quand ». Et surtout « Comment on va gérer ».

Ce qui est sûr, c’est que les habitants ne comptent plus sur les promesses. Ils comptent sur eux-mêmes. Comme ce groupe de voisins qui, hier, a sorti les pelleteuses pour déblayer une route secondaire près de Calvisson. « L’État, il peut bien nous laisser tomber. Nous, on ne va pas se laisser noyer », a lancé l’un d’eux. C’est ça, le vrai problème. Quand les institutions abandonnent, ce sont les citoyens qui doivent prendre le relais. Et ça, ça n’a pas de prix.

Le Gard étouffe. Et personne ne semble vouloir le sauver.

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R Galaxie Rédaction

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