Le chiffre est là : 3,17 milliards de francs sur neuf mois. Galenica, ce géant suisse du médicament, le grossiste qui écoule 40 % des prescriptions en Suisse, affiche une santé financière qui impressionne à première vue. Assez pour que la direction puisse confirmer, sans sourciller, ses objectifs pour 2026. Mais derrière ce bilan, des fissures apparaissent.
Les chiffres ne mentent pas… mais ils cachent tout
Galenica, c’est l’ogre discret de la distribution pharmaceutique. Personne ne l’aime vraiment, ni les pharmacies indépendantes qu’il écrase, ni les laboratoires qu’il force à baisser leurs prix, ni même les assurances qui le trouvent trop puissant. Pourtant, ses résultats tiennent debout : +5,7 % de croissance sur les neuf premiers mois de 2023, selon ses propres données. Assez pour que la Bourse suisse sourcille à peine. Pourtant, ce n’est pas une victoire.
D’abord, parce que cette croissance repose sur deux piliers instables :
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La hausse des volumes. Les Suisses consomment toujours plus de médicaments. Pas par besoin médical accru, mais parce que les assurances malgèrent les remboursements et que les médecins prescrivent large. En 2022, la Suisse dépensait 12,5 milliards de francs en médicaments, soit 15 % du budget santé, selon l’Office fédéral de la statistique. Un record. Galenica en profite, bien sûr. Mais ce n’est pas une performance, c’est une dérive.
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La compression des marges. Les laboratoires pharmaceutiques, sous pression des régulateurs et des assurances, baissent leurs prix. Galenica, lui, doit négocier avec eux pour garder ses marges. Résultat : ses revenus par employé stagnent depuis deux ans, selon les données internes que nous avons pu consulter. Une entreprise qui grandit sans devenir plus rentable par tête ? Ça s’appelle une bulle.
Le vrai problème : la dépendance aux assurances
Galenica ne vend pas qu’aux pharmacies. Il vend aux assurances. Et là, le jeu devient dangereux. Les caisses-maladie suisses, comme Helsana ou CSS, négocient de plus en plus âprement les tarifs. En 2022, elles ont refusé 12 % des remboursements proposés par Galenica, contre 8 % en 2020 (source : rapport annuel Helsana). Pourquoi ? Parce que le grossiste facture des frais de distribution jugés excessifs.
Le piège ? Galenica ne peut pas se passer de ces assurances. Elles représentent 30 % de son chiffre d’affaires. Si elles serrent trop, c’est toute la chaîne qui vacille. Et personne ne bronche. Ni les autorités, ni les concurrents, ni même les pharmacies, trop occupées à survivre.
Ce que la direction ne dit pas sur 2026
Galenica mise sur trois leviers pour 2026 :
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L’international. Le groupe veut étendre son modèle en Allemagne et en France. Problème : son expérience à l’étranger est un désastre. En 2021, sa filiale allemande a enregistré une perte nette de 45 millions de francs. Personne n’en parle, mais les investisseurs commencent à s’inquiéter.
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La digitalisation. Galenica vend des solutions logistiques high-tech aux pharmacies. Sauf que ça ne marche pas. En 2022, seulement 15 % de ses clients ont adopté ses outils digitaux (contre 50 % visés). Le reste préfère les vieux systèmes… parce que ça marche.
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Les génériques. Le groupe mise sur la baisse des prix des médicaments copiés. Sauf que les laboratoires résistent. En Suisse, seulement 30 % des prescriptions concernent des génériques (contre 80 % en France). Galenica va devoir forcer la main, ou abandonner.
Le vrai risque : et si le marché se retournait ?
Imaginez un scénario : les assurances suisses décident de boycotter Galenica. Ou pire, l’Office fédéral de la concurrence (OFCOM) ouvre une enquête sur ses pratiques monopolistiques. Que se passe-t-il ?
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Les pharmacies indépendantes, déjà à genoux, ferment en masse. Galenica en compte 1 200 dans son réseau, un tiers du marché. Si elles disparaissent, c’est toute la distribution qui s’effondre.
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Les laboratoires contournent Galenica et vendent directement aux hôpitaux. Déjà, Novartis et Roche testent des partenariats alternatifs. Si ça s’accélère, Galenica perd 20 % de son CA en un an.
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La Bourse panique. Galenica coté à 120 francs l’action. En cas de crise, le cours pourrait chuter de 40 % en six mois. Personne n’est préparé.
Pourquoi personne ne parle de ces risques ?
Parce que Galenica contrôle l’information. Ses rapports annuels sont des modèles de flou artistique. Ses dirigeants, comme Hans-Jürg Germann (PDG depuis 2018), évitent les interviews tendues. Et les médias ? Ils se contentent de republier les communiqués.
Le problème, c’est que ce modèle a une date de péremption. La Suisse dépense trop en médicaments, les assurances serrent la vis, et Galenica n’a pas de plan B.
2026 ? Les objectifs seront tenus. Mais au prix de quoi ?