Le Conseil d'État valide les bodycams pour la police fribourgeoise

La motion est adoptée : Fribourg équipera ses forces de l'ordre de caméras portatives. Mais derrière ce choix technique, des questions de transparence, de budget et de résistance syndicale persistent. Qui va contrôler les contrôleurs ? Et à quel prix ?

Publié le 21 septembre 2026 à 12:10
Le Conseil d'État valide les bodycams pour la police fribourgeoise

Un équipement qui coûte cher, et dont personne ne veut vraiment

Le chiffre claque : 1,2 million de francs. C’est le budget estimé pour équiper les 500 policiers fribourgeois de bodycams, selon une étude interne de la Direction de la sécurité (DSI). Un montant qui fait grincer des dents. « On nous demande de justifier chaque dépense, mais on ne nous donne pas les moyens de former les agents à l’usage des caméras », râle un sergent, sous couvert d’anonymat. La formation ? Un détail. Pourtant, c’est là que tout bascule : une caméra mal utilisée, c’est pire qu’une caméra absente. Des images floues, des angles trompeurs, des coupures suspectes… La bodycam devient un outil de propagande avant d’être un garant de transparence.

Et puis, il y a le syndrome du « tout-surveillé » : à quoi bon filmer si on ne montre jamais les rushs ? À Zurich, où les bodycams sont déjà généralisées depuis 2017, seulement 3 % des enregistrements sont consultés par la hiérarchie. Le reste ? Stocké, jamais revu. Un gaspillage de données, et une illusion de contrôle.

À Fribourg, la DSI promet mieux. « Les images seront accessibles en cas de plainte, et les policiers devront les consulter systématiquement avant une interpellation », assure un porte-parole. Sauf que les portes-paroles, vous savez comment ils sont. Promesses sur papier, réalité en plastique.

Le vrai combat : qui contrôle les contrôleurs ?

Le Conseil d’État a voté pour les bodycams, mais il n’a pas tranché sur le plus épineux : qui aura accès aux images ? La motion des Verts proposait un comité indépendant, composé de citoyens tirés au sort, chargé de vérifier l’usage des caméras. Une première en Suisse romande. Sauf que le Grand Conseil a botté en touche. « Trop compliqué, trop cher », a-t-on entendu. Comme si la transparence avait un prix.

Pourtant, les exemples à l’étranger sont sans appel. À Portland (États-Unis), où les bodycams sont obligatoires depuis 2015, les plaintes contre la police ont chuté de 20 %, mais seulement parce qu’un organisme externe, l’Independent Police Review, supervise les enregistrements. Sans ça, les caméras deviennent des jouets pour les flics. En France, à Lyon, les images des bodycams ont servi à condamner… un policier filmant en cachette une manifestante. Preuve que le problème n’est pas la technologie, mais ceux qui la détiennent.

À Fribourg, personne ne veut endosser ce rôle de gendarme des gendarmes. La DSI propose un contrôle interne. Un comble. Comme si les policiers devaient se surveiller eux-mêmes. Le Conseil d’État a reculé sur ce point. Une lâcheté.

Et après ? Le piège des données massives

Imaginez : 500 caméras, 24h/24, des milliers d’heures d’enregistrements par an. Qui va tout visionner ? Qui va trier ? Qui va décider ce qui est « utile » et ce qui ne l’est pas ?

À New York, où les bodycams sont généralisées depuis 2014, les données sont si volumineuses que la ville a dû embaucher 40 employés rien que pour les archiver. 40 emplois. 1,2 million par an. Et encore, seulement 1 % des enregistrements sont analysés. Le reste ? Un trou noir.

À Fribourg, on parle de stocker les images pendant 30 jours. Trente jours. Assez pour une enquête, pas assez pour une vraie traçabilité. Assez pour calmer les critiques, pas assez pour changer quoi que ce soit.

Le vrai risque ? Que les bodycams deviennent un alibi. Un moyen pour la police de dire : « On est transparents, on filme tout », tout en continuant à faire ce qu’elle veut. Parce que sans contrôle externe, les images ne serviront qu’à une chose : protéger les policiers.

Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)

Alors, Fribourg va-t-elle devenir un modèle de transparence ? Non.

Est-ce que les bodycams vont réduire les violences policières ? Peut-être. Mais seulement si on force la main aux flics.

Ce qui est sûr, c’est que la décision du Conseil d’État pose une question plus large : jusqu’où va-t-on laisser la police se contrôler elle-même ?

À Genève, où les bodycams sont testées depuis 2021, les résultats sont mitigés. Moins de plaintes ? Oui. Mais aussi moins de confiance. Parce que les citoyens ont l’impression que la police se filmer elle-même, c’est comme si un loup gardait le poulailler.

À Fribourg, la bataille ne fait que commencer. Les syndicats de police menacent de bloquer l’achat des caméras. « À quoi bon, si on ne nous donne pas les moyens de bien les utiliser ? » Raisonnable.

Mais le vrai combat, lui, est ailleurs : qui va exiger que ces caméras servent à quelque chose ? Parce que sans pression citoyenne, les bodycams resteront ce qu’elles sont partout ailleurs : un gadget. Un leurre. Une case cochée dans une liste de bonnes intentions.

La transparence ne se décrète pas. Elle se force.

Et à Fribourg, pour l’instant, personne ne semble vraiment décidé à forcer quoi que ce soit.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie