Pourquoi Saint-Tite devient-il le terrain de jeu des candidats qui veulent faire oublier leurs échecs ?

À Saint-Tite, Fréchette, St-Pierre Plamondon et Milliard ont tous les trois choisi la même scène pour se refaire une virginité politique. Mais derrière les sourires et les discours, c’est une course à la légitimité où personne ne gagne vraiment. Voici pourquoi ce festival est devenu un piège à candidatures.

Publié le 20 septembre 2026 à 12:01
Pourquoi Saint-Tite devient-il le terrain de jeu des candidats qui veulent faire oublier leurs échecs ?

Le festival où les libéraux jouent à cache-cache avec leur passé

Saint-Tite, c’est un village. Pas une capitale. Pas un lieu où les décisions se prennent, où les médias accourent, où les électeurs se pressent pour juger. Et pourtant, ce week-end, trois candidats à la direction du PLQ y étaient. Pourquoi là ? Parce que c’est safe. Pas de risques. Pas de questions pièges. Juste des cowboys, des feux d’artifice et l’illusion d’un Québec rural qui les adore encore.

François Fréchette, l’ex-ministre des Finances qui a laissé filer des milliards en dépenses imprévues, était là. Pierre-Marc Johnson, l’héritier d’un nom politique lourd à porter, aussi. Et Jean-François Lisée, le patron de Milliard qui a vu son parti s’effondrer dans les sondages. Tous les trois, alignés sur la même scène, comme des figurants dans un western raté.

Leur point commun ? Ils ont tous les trois besoin de se reconstruire. Et Saint-Tite, c’est l’endroit où personne ne vous demande des comptes. Juste des applaudissements polis et des selfies devant le décor.

Le problème, c’est que personne n’y croit vraiment.

Le chiffre qui résume tout : 12 %

Selon un sondage Léger pour La Presse publié en juin, seulement 12 % des Québécois voient Fréchette comme le meilleur choix pour diriger le PLQ. St-Pierre Plamondon ? 8 %. Milliard ? 10 %. Ces pourcentages, c’est la réalité. Pas celle qu’ils vendent à Saint-Tite, où les gens applaudissent par politesse, comme on le ferait pour un groupe scolaire.

Pourtant, ce week-end, ils ont tous les trois sorti l’artillerie lourde. Fréchette a parlé d’« unité » (un mot qu’il a déjà utilisé 47 fois depuis le début de la course). St-Pierre Plamondon a sorti son « plan pour les familles » (un cheval de bataille qui sonne comme un vieux 45 tours). Milliard, lui, a misé sur « l’urgence » (un mot qui, en politique, signifie souvent : « On est perdus, mais on va faire semblant d’agir »).

Leur erreur ? Penser que Saint-Tite, c’est le Québec.

Pourquoi Saint-Tite, et pas Montréal ?

Parce que Montréal, c’est la ville où les libéraux ont perdu leur âme. C’est là que les manifestations contre la hausse des frais de garde ont fait chuter Legault. C’est là que les jeunes votent NPD ou ne votent pas. C’est là que les gens se souviennent encore de Charbonneau, des commandes publiques, des promesses non tenues.

Saint-Tite, en revanche, c’est l’idéal. Un village où les gens aiment les festivals, les feux de camp et les discours qui durent deux heures sans que personne ne s’endorme. C’est un décor de carte postale, pas un terrain de jeu politique.

Leur calcul ? Simple. Si vous ne pouvez pas convaincre les Montréalais, allez là où les gens sont gentils et ne posent pas de questions embarrassantes. Si vous ne pouvez pas gagner les débats, gagnez les applaudissements.

Ça marche ? Non.

Le piège des candidats qui jouent les cowboys

Il y a quelque chose de pathétique à voir des politiques en costard essayer de ressembler à des cowboys. Fréchette, avec son chapeau Stetson (acheté en promo chez Canadian Tuxedo), St-Pierre Plamondon qui serre la main des fermiers comme s’il allait leur vendre du foin, Milliard qui parle de « valeurs rurales » alors qu’il a passé sa carrière à militer pour des causes urbaines.

Leur problème, c’est qu’ils ne comprennent pas la règle d’or des festivals de village : personne ne vous écoute vraiment. À Saint-Tite, on vient pour la musique, les grillades et l’ambiance. Pas pour entendre un candidat vous expliquer pourquoi il est le meilleur depuis 1994.

Leur erreur ? Croire que le Québec rural est encore une base électorale.

Les chiffres disent le contraire. Selon Statistique Canada, la population des régions rurales du Québec a chuté de 12 % depuis 20 ans. Les jeunes partent. Les fermes ferment. Et les électeurs qui restent ont surtout une question en tête : « Et moi, dans tout ça ? »

Or, aucun des trois candidats n’a de réponse claire. Fréchette parle d’« équilibre » (un mot qui signifie : « On va faire comme avant, mais en plus flou »). St-Pierre Plamondon sort des promesses floues sur l’agriculture (comme si le PLQ avait jamais été bon pour les agriculteurs). Milliard, lui, mise sur « l’innovation » (un mot qui, en traduction, donne souvent : « On va essayer, et si ça marche pas, on verra »).

Leur vrai combat ? Pas celui de Saint-Tite.

Ce qu’ils ne disent pas à Saint-Tite

À Saint-Tite, on ne parle pas des 20 000 emplois perdus dans la construction depuis 2022. On ne parle pas des retards dans les hôpitaux, où les temps d’attente dépassent maintenant 1 an pour une chirurgie. On ne parle pas des étudiants qui manifestent parce que les frais de scolarité explosent, alors que le PLQ a voté pour les augmenter.

Non. À Saint-Tite, on parle de tradition, de fierté québécoise, de grands espaces. Comme si le Québec n’était qu’un décor de film, pas un pays réel avec des crises réelles.

Leur stratégie ? Fonctionne à court terme. Les médias reprennent leurs discours. Les réseaux sociaux regorgent de photos d’eux en train de serrer des mains (toujours les mêmes mains, d’ailleurs). Mais à long terme, ça ne change rien.

Parce que Saint-Tite, c’est un leurre. Un endroit où les candidats peuvent jouer les héros sans avoir à affronter les vraies questions. Un endroit où les électeurs applaudissent par habitude, pas par conviction.

Leur vrai défi ? Revenir en ville. Affronter les réalités. Et arrêter de croire que les cowboys peuvent gagner une élection.

La dernière question, celle qu’ils évitent tous

Si Saint-Tite est leur terrain de jeu préféré, c’est parce qu’ils savent une chose : personne ne les y attend vraiment.

Mais le jour où ils devront revenir à Montréal, à Québec, à Sherbrooke, ils comprendront que les applaudissements polis ne paient pas les factures. Et que les promesses faites entre deux rondes de musique country n’ont aucune valeur quand les électeurs rentrent chez eux.

Leur erreur ? Penser que le Québec rural est encore une machine à voter.

Il ne l’est plus. Et Saint-Tite, ce n’est pas le Québec. C’est juste un décor.

Leur dernière chance ? Arrêter de jouer les cowboys et commencer à gouverner.

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R Galaxie Rédaction

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