Le ministre qui ne tient plus la distance ?
Ce matin-là, François Vandenbroucke était là. Assis à la table des ministres, sourire crispé, voix un peu plus rauque que d’habitude. Il avait repris le travail après une semaine de repos prescrite par ses médecins, encore. Depuis des mois, c’est devenu une routine : une absence, des rumeurs, puis le retour en force, comme si personne ne voulait admettre l’évidence. Pourtant, cette fois, quelque chose cloche. Même ses proches politiques commencent à regarder ailleurs.
Le chiffre qui parle : selon le Moniteur belge, Vandenbroucke a été absent plus de 40 jours depuis le début de l’année. Pas seulement pour des raisons politiques, non. Ses médecins évoquent une « fatigue chronique » et des « troubles du sommeil » qui s’aggravent. Mais personne ne dit clairement si c’est passager ou si le ministre est en train de s’épuiser. Et c’est ça, le vrai problème.
La majorité fait semblant de rien
À Bruxelles, on minimise. « Il fait de son mieux », répète-t-on dans les couloirs du Palais. « C’est un battant », ajoute un député de la majorité. Sauf que les battants, justement, ils tiennent la distance. Et là, on a l’impression que Vandenbroucke court après son propre gouvernement.
Prenez la crise des lits de soins intensifs, par exemple. Il était censé la gérer de main de maître. Résultat ? Les hôpitaux saturent toujours, les infirmières manifestent, et le ministre, lui, est parti se reposer. En pleine tempête. Pas besoin d’être devin pour comprendre que ça use.
Et puis il y a cette scène, filmée par hasard : lors d’un conseil des ministres en mars, Vandenbroucke s’est endormi. Littéralement. Assis, tête penchée, ronflements étouffés. Personne n’a osé le réveiller. Personne n’a non plus osé en parler après. Comme si on avait tous peur de la vérité.
Le vrai danger : l’effet domino
Le problème, ce n’est pas juste Vandenbroucke. C’est ce que son état dit du gouvernement dans son ensemble. Si le ministre de la Santé ne peut plus assurer, qui le fera ? Les réformes du secteur traînent depuis des années. Les promesses de déblocage budgétaire pour les hôpitaux ? En stand-by. Les débats sur la fin de vie ? Reportés. Parce que le ministre n’est pas là pour les porter.
Et puis il y a cette question qui tue : et si c’était plus grave que ce qu’on croit ? Les rumeurs courent sur des examens complémentaires, des diagnostics flous. « On ne veut pas alarmer », murmure-t-on. Sauf que le pire, dans une crise sanitaire, c’est l’inaction par peur de dire les choses.
Un exemple ? L’affaire des vaccins contre la grippe. Vandenbroucke avait promis une campagne massive. Résultat : seulement 45 % des personnes à risque se sont fait vacciner cette année, contre 55 % l’an dernier. Une baisse qui s’explique peut-être… par l’absence du ministre au moment clé.
La majorité a le choix : fermer les yeux ou agir
Deux options s’offrent à la majorité. La première, c’est de continuer comme avant : sourire, minimiser, et prier pour que ça passe. La deuxième, c’est d’affronter le problème. Soit on remplace Vandenbroucke. Soit on assume qu’il est toujours là, mais qu’il ne peut plus faire son travail comme avant.
Sauf que personne ne veut toucher à ce sujet. Parce que reconnaître que le ministre est à bout, c’est admettre que le gouvernement est à bout. Et ça, personne n’en a envie.
Le piège ? Plus on attend, plus la situation devient ingérable. Un ministre épuisé, c’est comme un hôpital en sous-effectif : au début, on compense. Puis un jour, tout s’effondre.
Ce que personne ne dit à haute voix
Il y a un détail qui saute aux yeux. Depuis son retour, Vandenbroucke évite les déplacements. Pas de visites dans les hôpitaux. Pas de meetings publics. Juste des réunions en petit comité, des déclarations écrites, et cette façon de parler vite, comme pour en finir. Comme si même lui savait que son temps est compté.
Et puis il y a cette phrase, lâchée par un proche : « François, il tient encore debout. Mais il ne marche plus très droit. » Une image. Une seule. Qui en dit long.
La question qui fâche : jusqu’à quand la majorité va-t-elle jouer les autruches ? Parce que si Vandenbroucke s’effondre pour de bon, ce ne sera pas juste un ministre de plus en PLS. Ce sera un symbole qui part en fumée. Et ça, même les plus optimistes du gouvernement ne peuvent pas se le permettre.
Le vrai problème n’est pas sa santé, mais leur lâcheté
Non, le problème n’est pas que Vandenbroucke soit malade. Le problème, c’est qu’on préfère fermer les yeux plutôt que d’affronter la réalité. Un ministre qui ne peut plus assurer, c’est un gouvernement qui ne peut plus décider.
Et ça, ça n’a rien à voir avec la santé. C’est une question de courage.
La dernière image : ce matin, en sortant du Conseil des ministres, Vandenbroucke a trébuché sur une marche. Personne n’a tendu la main pour l’aider. Personne n’a non plus détourné les yeux.
C’est ça, le vrai état de la Santé publique belge.