16 propositions pour électrifier la France en urgence
Ce n’est pas un manifeste, c’est un ultimatum. France Renouvelables ne cache pas son jeu : si la France veut tenir ses engagements climatiques, il faut casser les importations de gaz russe et moyen-oriental, et remplacer les chaudières, les camions diesel et même une partie des avions par de l’électricité. Problème : pour ça, il faut des centrales nucléaires en plus, des réseaux qui tiennent la charge, et des milliards d’euros à engager sans attendre. Le lobby propose de tout : des subventions pour les pompes à chaleur, des obligations d’achat d’électricité verte pour les entreprises, et même une taxe sur les importations de pétrole pour financer le tout.
Mais il y a un hic. Ces mesures supposent que l’État ait les couilles de s’attaquer aux lobbies fossiles. Or, depuis des années, chaque fois qu’un projet éolien ou solaire bloque, c’est souvent parce qu’un maire, un préfet ou un industriel a été convaincu par les arguments des pétroliers. « On nous dit que le nucléaire est trop lent, que le solaire dépend du soleil, que l’éolien tue les oiseaux. Mais personne ne parle des 42 milliards d’euros qu’on dépense chaque année en importations de gaz », lance un cadre du secteur sous couvert d’anonymat. France Renouvelables ne le dit pas comme ça, mais c’est bien l’idée : si on veut vraiment décarboner, il faut arrêter de négocier avec les fossiles.
Le nucléaire, ce parent pauvre de la transition
Pourtant, quand on creuse, on se rend compte que même dans le camp des renouvelables, tout le monde n’est pas d’accord. Le nucléaire, par exemple. France Renouvelables ne le mentionne presque pas dans ses propositions. Pourquoi ? Parce que le lobby sait très bien que le débat sur l’atome divise. D’un côté, les écologistes qui veulent fermer Fessenheim hier, de l’autre, les industriels qui veulent construire de nouveaux réacteurs demain. Et au milieu, l’État, qui tergiverse.
Prenez le cas d’EDF. L’entreprise publique a besoin de nouveaux réacteurs pour remplacer ceux qui ferment, mais elle n’a pas les moyens de les construire toute seule. Résultat : elle dépend des subventions de l’État, qui dépend des lobbies pro-nucléaire, qui dépend des lobbies anti-nucléaire. Un vrai casse-tête chinois. « On nous promet des EPR depuis 20 ans, et on n’a toujours rien », grogne un syndicaliste du secteur. France Renouvelables, lui, mise sur autre chose : le stockage massif d’électricité, les batteries géantes, les hydroliennes. Bref, tout ce qui peut éviter de dépendre d’un seul fournisseur.
Les fossiles ne lâcheront rien sans combat
Mais attention, les lobbies fossiles ne vont pas se laisser faire. Déjà, ils ont leurs relais dans les médias et au Parlement. Un rapport de l’Institut des politiques publiques (IPP) publié en 2022 montrait que les députés les plus proches des pétroliers étaient aussi ceux qui bloquaient le plus les lois climatiques. Et depuis, rien n’a changé. « Les lobbies fossiles dépensent des millions pour influencer les décisions, et ça marche », résume un ancien haut fonctionnaire.
Pire : même quand une loi passe, elle est souvent édulcorée. Prenez la loi sur la fin des chaudières à gaz, votée en 2022. Elle devait interdire les installations neuves à partir de 2025. Résultat ? Une exception a été glissée pour les bâtiments collectifs, et maintenant, tout le monde attend pour voir si elle sera vraiment appliquée. « C’est comme ça que les fossiles gagnent : en faisant traîner les choses », explique un avocat spécialisé dans l’énergie.
L’électrification, ça veut dire quoi concrètement ?
Alors, concrètement, que veut dire « électrifier la France » ? Ça veut dire remplacer vos radiateurs au gaz par des pompes à chaleur. Ça veut dire que votre voiture essence sera interdite à l’achat d’ici 2035. Ça veut dire que votre usine devra fonctionner à l’électricité, même si ça coûte plus cher. Et ça veut dire que votre facture d’EDF va monter, parce que les renouvelables, ça ne produit pas toujours quand on en a besoin.
France Renouvelables le sait. Mais pour eux, le jeu en vaut la chandelle. « Si on ne fait rien, on va continuer à dépendre du gaz russe, à payer des factures qui explosent, et à subir des crises comme celle de 2022 », rappelle un de leurs porte-parole. Le problème, c’est que pour beaucoup de Français, cette transition, c’est du pain sur la planche. Et l’État, lui, n’a pas encore trouvé comment leur expliquer que c’est pour leur bien.
Le vrai combat : faire plier les lobbies
Au fond, le vrai sujet, ce n’est pas tant les propositions de France Renouvelables que la bataille politique qui va suivre. Parce que pour que ça marche, il faut que l’État ait les tripes de s’attaquer aux lobbies fossiles. Et là, c’est la grande question de la campagne présidentielle : qui osera vraiment casser les codes ? Macron a essayé, mais il a reculé sur le nucléaire. Mélenchon veut accélérer, mais son projet est flou. Le Pen et Zemmour, eux, veulent même rouvrir des centrales à charbon. Bref, personne ne semble vraiment prêt à jouer le jeu.
Pourtant, les chiffres sont là. Selon l’ADEME, les énergies fossiles représentent encore 70 % de la consommation française. Et si on ne fait rien, on va rater nos objectifs climatiques. France Renouvelables a raison sur un point : il faut électrifier, vite et massivement. Mais pour que ça marche, il faudra bien plus que des bonnes intentions. Il faudra du cran.
Et si on se réveillait trop tard ?
Parce que voici la vraie peur : et si, dans 10 ans, on se rendait compte qu’on a encore trop dépendu du gaz ? Que les réseaux électriques n’ont pas tenu la charge ? Que les batteries étaient trop chères ? Que les lobbies avaient encore une fois gagné ?
France Renouvelables ne le dit pas comme ça, mais c’est bien ce qu’ils sous-entendent. Leur manifeste, c’est un avertissement. Et si personne ne les écoutait ?