En 2023, les Forges de Tarbes ont produit 22 000 corps d'obus pour le canon Caesar. Assez pour équiper une division blindée. Assez aussi pour que l'État français, qui dépend à 100 % de cette usine pour ses munitions de 155 mm, commence à s'inquiéter. Pourtant, personne ne sait vraiment qui tire les ficelles derrière les murs de l'entreprise. Juste un nom : Sofremi, une société écran basée à Paris, dont les actionnaires se perdent dans des montages complexes. Et maintenant, les Forges pourraient demander leur protection au Tribunal de commerce. Pas pour faire faillite. Pour renégocier leur dette et attirer un repreneur. Un coup de poker dans un jeu où l'État joue les figurants malgré ses milliards en jeu.
Pourquoi Tarbes devient le symbole d'une dépendance mal assumée
Le canon Caesar, c'est le jouet préféré de l'armée française depuis 2010. Léger, précis, capable de tirer à 40 km. Problème : sans les Forges de Tarbes, il n'y a plus de munitions. Zéro alternative. L'usine, rachetée en 2015 par Sofremi pour un prix non divulgué (les rumeurs parlent de 20 à 30 millions d'euros), est devenue un monopole de fait. Un monopole que personne ne contrôle vraiment. Les actionnaires ? Des noms qui sonnent comme des boîtes aux lettres : Sofremi Holding, Sofremi Finance, des trusts luxembourgeois. Personne ne sait qui, derrière, mise sur la guerre.
Et puis il y a la dette. 130 millions d'euros, selon des sources proches du dossier. Une somme colossale pour une PME, surtout quand on sait que les commandes militaires se font rares entre deux conflits. Les Forges ont misé sur l'export, mais sans succès. Résultat : les créanciers serrent le nœud. La banque qui finance l'usine a menacé de geler les crédits. Sauf si Tarbes trouve un repreneur.
Sauf que personne ne veut racheter une usine qui pèse comme une pierre au cou. Un repreneur, ça veut dire assumer les dettes, les risques, et surtout : les délais de l'État. Les commandes militaires traînent, les paiements aussi. En 2022, l'armée française a mis 18 mois à régler une facture de 15 millions pour des obus. Assez pour faire fuir n'importe quel investisseur.
L'État regarde ailleurs alors que les usines saignent
Officiellement, l'État français surveille. Officiellement. En 2021, la DGA (Délégation générale pour l'armement) a lancé un appel d'offres pour relancer la production d'obus. Objectif : sécuriser l'approvisionnement. Sauf que les industriels ont répondu : **