Un ferry indonésien disparaît avec 243 vies à bord

Le contact perdu avec le KLIK 12. Aucun signal de détresse. Pourquoi les secours peinent-ils à agir ? L’Indonésie, championne des naufrages évitables.

Publié le 13 septembre 2026 à 18:01
Un ferry indonésien disparaît avec 243 vies à bord

Pourquoi ce ferry n’a-t-il jamais envoyé de signal ?

L’Indonésie a un problème récurrent : ses ferries sont des cercueils flottants. En 2018, le Sewu Nalaka avait sombré avec 189 personnes à bord, sans que quiconque ne sache où chercher pendant des jours. Résultat ? 13 personnes seulement avaient survécu. En 2022, le Kencana Corak I avait disparu avec 63 personnes, encore une fois sans balise activée. Pourtant, la loi indonésienne exige depuis 2017 que tous les ferries soient équipés de systèmes de localisation automatique. Sauf que sur le papier, ça suffit. Dans la réalité, les armateurs triment. Le KLIK 12, exploité par la compagnie Klik Indonesia, était un vieux modèle de 1997, réquisitionné après avoir été retiré du service dans d’autres pays. Ses propriétaires ? Des entrepreneurs locaux qui savent une chose : les normes de sécurité coûtent cher. Alors on les contourne.

Le gouvernement a bien publié une liste noire des ferries interdits à la navigation. Problème : elle est ignorée. En 2020, une étude de l’ONG Transport Watch Indonesia avait révélé que 40 % des ferries indonésiens naviguaient sans certificat de sécurité valide. Le KLIK 12 y figurait probablement. Personne ne vérifie. Personne ne sanctionne. Et quand un drame arrive, on fait semblant d’être surpris.

Les secours jouent aux aveugles

À Surabaya, les équipes de sauvetage ont mis 12 heures à se mobiliser. Pourquoi ? Parce que le dernier contact radio du ferry remontait à jeudi matin, mais les garde-côtes ont attendu que la nuit tombe pour lancer les recherches. Pourquoi ? Parce que sans balise, sans coordonnées précises, on cherche dans le noir. Littéralement.

Et puis, il y a le manque de moyens. L’Indonésie dispose de 12 hélicoptères de sauvetage pour 17 000 km de côtes. Douze. Pour un archipel où les tsunamis, les cyclones et les épaves sont une routine. Les garde-côtes dépendent souvent de la marine ou de bénévoles pour les opérations. Résultat : quand un ferry disparaît, les chances de retrouver des survivants s’amenuisent à vue d’œil.

L’Indonésie enterre ses victimes en silence

Ce qui frappe, avec ces naufrages à répétition, c’est l’absence de colère. Pas de manifestations, pas de mouvements citoyens, juste une résignation lasse. Les familles des disparus du Sewu Nalaka avaient fini par organiser des veillées silencieuses sur les plages. Personne ne leur a tendu la main. Le gouvernement parle de « tragédie », les médias relaient les communiqués officiels, et puis on passe à autre chose.

Pourtant, les chiffres sont là. Depuis 2015, plus de 1 500 personnes ont péri dans des naufrages de ferries en Indonésie, selon les données du Centre de prévention des catastrophes (BPBD). 1 500. Et chaque fois, c’est la même histoire : un ferry surchargé, un équipement défectueux, des secours en retard. Personne ne veut entendre parler de régulation.

Ce que personne ne dit sur les ferries indonésiens

Le vrai problème, c’est que ces ferries ne sont pas des accidents. Ce sont des choix économiques. L’Indonésie compte 17 000 îles. Pour relier les villes entre elles, il faut des bateaux. Sauf que les trains ? Trop chers. Les avions ? Hors de prix pour la majorité. Alors on prend le ferry. Même quand il est pourri.

Et puis, il y a la corruption. Les inspecteurs maritimes touchent des pots-de-vin pour fermer les yeux. Les armateurs paient des amendes symboliques. Les victimes ? Elles paient avec leur vie. En 2021, un rapport du Parlement indonésien avait révélé que 80 % des ferries naviguaient sans assurance passager obligatoire. Parce que ça coûte trop cher. Parce que les compagnies préfèrent économiser sur la sécurité plutôt que sur les vies.

Et maintenant ?

Les familles du KLIK 12 attendent toujours des nouvelles. Les garde-côtes fouillent toujours les eaux. Mais au fond, tout le monde sait déjà ce qui s’est passé. Un ferry qui a coulé. Des corps qui flottent. Et une administration qui, encore une fois, aura laissé faire.

L’Indonésie ne changera pas. Pas tant que les naufrages seront rentables.

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R Galaxie Rédaction

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