Votre association culturelle à Kaffrine va devoir se battre pour exister

À Kaffrine, les acteurs culturels viennent d’avoir un nouveau président qui veut tout changer. Mais derrière les discours sur la formation et les financements, c’est une guerre administrative qui commence. Et les associations non formalisées, elles, ne sont pas au bout de leurs peines.

Publié le 21 octobre 2026 à 06:00
Votre association culturelle à Kaffrine va devoir se battre pour exister

Votre association culturelle à Kaffrine va devoir se battre pour exister

Diamly Pène a pris les rênes de la FERACK il y a trois semaines. Dès son premier discours, il a balayé les vieilles habitudes : « On ne va plus tourner autour du pot. Les associations non formalisées, elles disparaîtront simplement. » Pas de métaphores, pas de demi-mesures. Le message est clair : à Kaffrine, si vous n’êtes pas une association déclarée, vous n’existez pas.

Pourquoi c’est un problème ? Parce que depuis des années, les artistes et les collectifs locaux fonctionnent en marge. Certains ont des statuts, d’autres non. Certains touchent des subventions, d’autres survivent avec des petits boulots à côté. Et maintenant, Diamly Pène veut mettre de l’ordre. « La formalisation, c’est la première étape pour accéder à quoi que ce soit. Sans papier, point de salut. » Sauf que sur le terrain, la réalité est moins simple.

Le recensement des artistes, un leurre ?

La FERACK veut recenser tous les artistes de la région. Un beau projet, en théorie. « On ne peut pas aider ceux qu’on ne connaît pas », répète Diamly Pène. Sauf que le recensement, à Kaffrine, c’est comme vouloir compter les mouches dans une pièce sans lumière.

Le chiffre qui cloche : selon une étude de l’INS (Institut National de la Statistique) en 2022, seulement 12 % des associations culturelles de la région sont officiellement enregistrées. Les autres ? Elles existent, mais personne ne les voit. « Les gens ont peur des paperasses, des frais, des démarches », explique Aïssata Diop, une plasticienne qui anime un atelier depuis cinq ans sans statut. « Et puis, à quoi bon ? Les subventions, elles vont toujours aux mêmes. »

Diamly Pène le reconnaît : « Beaucoup d’artistes ne se formalisent pas par méconnaissance ou par lassitude. Mais maintenant, c’est non négociable. » Non négociable ? Vraiment ? Quand on sait que les délais pour obtenir un récépissé de déclaration peuvent dépasser deux mois dans certaines préfectures, la promesse sonne creux.

La formation, un leurre aussi ?

« On va former les acteurs », annonce le nouveau président. Un autre beau projet. Sauf que la formation, à Kaffrine, c’est souvent du vent.

Prenez l’exemple de Cheikh Anta Diop, un musicien qui donne des cours de guitare depuis trois ans. « J’ai suivi une formation en gestion de projet, financée par la mairie. Résultat ? Des slides PowerPoint et des promesses. Aucune suite. » La formation, oui, mais après ? Qui paie ? Qui suit ? « Personne ne nous évalue, personne ne nous aide à monter des dossiers pour des financements. »

Diamly Pène assume : « La formation, c’est un début. Mais après, il faut des moyens. » Sauf que les moyens, justement, c’est ce qui manque. Le budget de la FERACK ? 5 millions de FCFA par an, à se partager entre 150 associations. « Avec ça, on ne fait pas grand-chose. »

L’accès aux financements, une illusion ?

« Sans formalisation, pas de financement », martèle Diamly Pène. Logique, en apparence. Sauf que les financements, à Kaffrine, c’est comme les places dans un bus : il y en a pour quelques-uns, et les autres attendent.

Le vrai problème ? Les appels à projets. « On nous demande des comptes rendus, des bilans financiers, des études de marché… », s’étrangle Fatoumata Fall, une danseuse qui tente de monter une compagnie depuis deux ans. « Moi, je danse. Pas question de passer mon temps à remplir des grilles Excel. »

Résultat : les financements, quand ils arrivent, vont aux associations déjà structurées. « C’est un cercle vicieux : ceux qui ont, ils ont plus. Les autres, ils crèvent. » Diamly Pène le sait. « On va essayer de simplifier les dossiers. Mais sans moyens, c’est difficile. »

Ce que ça change pour vous

Si vous êtes un artiste à Kaffrine, voici ce qui vous attend :

  • Vous allez devoir vous formaliser. Pas demain, pas dans six mois. Maintenant. Parce que sans papier, vous n’êtes rien.
  • Vous allez devoir vous former. Pas pour le plaisir, mais pour survivre. Parce que les financements, ils ne tombent pas du ciel.
  • Vous allez devoir vous battre. Parce que les places sont limitées, et que les décideurs, eux, ne bougent pas.

Diamly Pène a raison sur un point : « La culture à Kaffrine ne peut plus vivre dans l’informel. » Mais la question, c’est : comment faire quand les outils manquent ?

La réponse, pour l’instant, n’est pas là. Et les artistes, eux, continuent d’attendre.

Ce qui se joue à Kaffrine, c’est une bataille administrative. Et les perdants, ce seront ceux qui n’auront pas les moyens de se battre.

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R Galaxie Rédaction

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