Votre association culturelle à Kaffrine va devoir se battre pour exister
Diamly Pène a pris les rênes de la FERACK il y a trois semaines. Dès son premier discours, il a balayé les vieilles habitudes : « On ne va plus tourner autour du pot. Les associations non formalisées, elles disparaîtront simplement. » Pas de métaphores, pas de demi-mesures. Le message est clair : à Kaffrine, si vous n’êtes pas une association déclarée, vous n’existez pas.
Pourquoi c’est un problème ? Parce que depuis des années, les artistes et les collectifs locaux fonctionnent en marge. Certains ont des statuts, d’autres non. Certains touchent des subventions, d’autres survivent avec des petits boulots à côté. Et maintenant, Diamly Pène veut mettre de l’ordre. « La formalisation, c’est la première étape pour accéder à quoi que ce soit. Sans papier, point de salut. » Sauf que sur le terrain, la réalité est moins simple.
Le recensement des artistes, un leurre ?
La FERACK veut recenser tous les artistes de la région. Un beau projet, en théorie. « On ne peut pas aider ceux qu’on ne connaît pas », répète Diamly Pène. Sauf que le recensement, à Kaffrine, c’est comme vouloir compter les mouches dans une pièce sans lumière.
Le chiffre qui cloche : selon une étude de l’INS (Institut National de la Statistique) en 2022, seulement 12 % des associations culturelles de la région sont officiellement enregistrées. Les autres ? Elles existent, mais personne ne les voit. « Les gens ont peur des paperasses, des frais, des démarches », explique Aïssata Diop, une plasticienne qui anime un atelier depuis cinq ans sans statut. « Et puis, à quoi bon ? Les subventions, elles vont toujours aux mêmes. »
Diamly Pène le reconnaît : « Beaucoup d’artistes ne se formalisent pas par méconnaissance ou par lassitude. Mais maintenant, c’est non négociable. » Non négociable ? Vraiment ? Quand on sait que les délais pour obtenir un récépissé de déclaration peuvent dépasser deux mois dans certaines préfectures, la promesse sonne creux.
La formation, un leurre aussi ?
« On va former les acteurs », annonce le nouveau président. Un autre beau projet. Sauf que la formation, à Kaffrine, c’est souvent du vent.
Prenez l’exemple de Cheikh Anta Diop, un musicien qui donne des cours de guitare depuis trois ans. « J’ai suivi une formation en gestion de projet, financée par la mairie. Résultat ? Des slides PowerPoint et des promesses. Aucune suite. » La formation, oui, mais après ? Qui paie ? Qui suit ? « Personne ne nous évalue, personne ne nous aide à monter des dossiers pour des financements. »
Diamly Pène assume : « La formation, c’est un début. Mais après, il faut des moyens. » Sauf que les moyens, justement, c’est ce qui manque. Le budget de la FERACK ? 5 millions de FCFA par an, à se partager entre 150 associations. « Avec ça, on ne fait pas grand-chose. »
L’accès aux financements, une illusion ?
« Sans formalisation, pas de financement », martèle Diamly Pène. Logique, en apparence. Sauf que les financements, à Kaffrine, c’est comme les places dans un bus : il y en a pour quelques-uns, et les autres attendent.
Le vrai problème ? Les appels à projets. « On nous demande des comptes rendus, des bilans financiers, des études de marché… », s’étrangle Fatoumata Fall, une danseuse qui tente de monter une compagnie depuis deux ans. « Moi, je danse. Pas question de passer mon temps à remplir des grilles Excel. »
Résultat : les financements, quand ils arrivent, vont aux associations déjà structurées. « C’est un cercle vicieux : ceux qui ont, ils ont plus. Les autres, ils crèvent. » Diamly Pène le sait. « On va essayer de simplifier les dossiers. Mais sans moyens, c’est difficile. »
Ce que ça change pour vous
Si vous êtes un artiste à Kaffrine, voici ce qui vous attend :
- Vous allez devoir vous formaliser. Pas demain, pas dans six mois. Maintenant. Parce que sans papier, vous n’êtes rien.
- Vous allez devoir vous former. Pas pour le plaisir, mais pour survivre. Parce que les financements, ils ne tombent pas du ciel.
- Vous allez devoir vous battre. Parce que les places sont limitées, et que les décideurs, eux, ne bougent pas.
Diamly Pène a raison sur un point : « La culture à Kaffrine ne peut plus vivre dans l’informel. » Mais la question, c’est : comment faire quand les outils manquent ?
La réponse, pour l’instant, n’est pas là. Et les artistes, eux, continuent d’attendre.
Ce qui se joue à Kaffrine, c’est une bataille administrative. Et les perdants, ce seront ceux qui n’auront pas les moyens de se battre.