Faïma Boudjelida veut sauver le CCSR, les enfants n’ont plus de place

Le Centre culturel et social Rotterdam (CCSR) étouffe sous les demandes. Faïma Boudjelida, à sa tête, tente de réinventer l’accueil des enfants, mais les moyens manquent. Pendant ce temps, les files d’attente s’allongent et les parents se tournent vers d’autres solutions. Voici pourquoi ce quartier de Saint-Denis pourrait devenir un laboratoire à ciel ouvert des échecs de la politique culturelle.

Publié le 19 septembre 2026 à 20:08
Faïma Boudjelida veut sauver le CCSR, les enfants n’ont plus de place

Le chiffre qui résume tout : 120 enfants en attente, 80 places disponibles

C’est écrit noir sur blanc dans le dernier rapport de la mairie de Saint-Denis : le CCSR a 40 places de moins qu’il n’y a de demandes pour ses activités périscolaires. 120 enfants inscrits sur liste d’attente, 80 places en centre de loisirs. Faïma Boudjelida, la directrice, le sait. Elle le répète depuis des mois, mais personne ne semble vouloir entendre. Pourtant, ce n’est pas une question de manque d’idées. C’est une question d’argent.

Le CCSR, c’est son bébé. Un lieu où elle a passé dix ans à essayer de recoller les morceaux d’un quartier qui se défait. Les murs sont gris, les sols usés, mais les enfants y courent encore. Enfin, ceux qui y arrivent. Parce que les autres, ceux qui ne rentrent pas, ils sont dehors. Ou ailleurs. Dans les rues, devant les écrans, ou pire : dans les centres commerciaux de La Plaine, où les parents, désespérés, paient 15 euros par jour pour que leurs gamins ne traînent pas.

Pourtant, Faïma Boudjelida refuse de baisser les bras.

Elle a un plan. Pas un plan flou, du genre « on va essayer de faire mieux ». Non. Un plan avec des chiffres, des partenariats, des appels à projets. Elle veut transformer le CCSR en un vrai hub culturel et social, pas en un dépotoir à gamins. Mais pour ça, il faudrait des sous. Et là, c’est le mur.

Les partenariats qui sauvent… ou pas

Faïma a tenté le coup des subventions européennes. Elle a monté un dossier pour le programme « Créativité et inclusion », financé par l’UE à hauteur de 200 000 euros. Le projet ? Un atelier théâtre pour les ados, un espace numérique partagé, et surtout, des places supplémentaires pour les 6-12 ans. Le dossier a été rejeté. « Trop ambitieux », lui a-t-on répondu. « Pas assez ancré dans le territoire ». Traduction : « On a mieux à faire ».

Alors elle a essayé autre chose. Des partenariats avec les entreprises du quartier. « On leur a proposé d’accueillir nos enfants pour des ateliers le mercredi après-midi », explique-t-elle. Résultat ? Deux entreprises ont dit oui. Sur les quinze approchées. « Les autres ? Elles ont des crèches en interne. Ou alors elles nous regardent comme si on leur demandait de leur filer des bonbons ».

Le vrai problème, c’est que le CCSR n’est plus une priorité.

À Saint-Denis, les budgets culturels ont fondu de 18 % depuis 2020 (source : rapport municipal 2023). Les subventions de l’État ? En baisse constante. Les collectivités locales ? Accaparé par les urgences sociales. « On est dans la course aux miettes », lance Faïma sans détour. « Et les miettes, ça nourrit pas longtemps. »

Ce que les parents disent (et ce qu’on ne leur demande pas)

Les familles qui arrivent encore à inscrire leurs enfants au CCSR savent que c’est la loterie. « Cette année, mon fils a eu de la chance. L’année prochaine, je sais pas », confie Amina, mère de deux enfants. « On a essayé les autres centres, mais soit c’est trop cher, soit c’est trop loin. Là, au moins, c’est gratuit. Enfin… presque. » (Les activités coûtent 2 euros par jour, mais les familles les plus précaires en sont exonérées.)

Ce que les parents ne disent pas, c’est qu’ils ont peur. Peur que le CCSR ferme. Peur que leurs enfants finissent par ne plus avoir aucun lieu où aller. « Ici, au moins, ils sont encadrés », ajoute Amina. « Si ça saute, où on les met ? »

Le silence des élus

Faïma Boudjelida a écrit à la mairie. Elle a contacté les associations locales. Elle a même organisé une réunion publique en juin dernier. Résultat ? Deux conseillers municipaux présents. « On vous entend, on fait ce qu’on peut », lui a-t-on dit. Traduction : « On n’a pas les moyens, et on ne veut pas que ça éclate en pleine campagne électorale ».

Pourtant, le CCSR, c’est un enjeu. Un quartier comme celui de Rotterdam à Saint-Denis, c’est un laboratoire. Si ça marche ici, ça peut marcher ailleurs. Si ça échoue, c’est la preuve que la politique culturelle, c’est du pipeau.

L’angle mort de la discussion

Tout le monde parle des « déserts culturels ». Tout le monde parle de « démocratiser l’accès à la culture ». Mais personne ne parle des centres comme le CCSR. Ceux qui tiennent debout grâce à des directrices comme Faïma, qui bossent 12 heures par jour pour des salaires de misère et des locaux qui tombent en ruine.

Le paradoxe ? C’est que le CCSR fonctionne.

Les enfants qui y vont ont des notes scolaires meilleures que la moyenne du quartier. Les ados qui participent aux ateliers théâtre ont moins de risques de décrocher. Les parents qui y amènent leurs gamins savent qu’ils seront en sécurité. Mais tout ça, ça coûte cher. Et personne ne veut payer.

Ce qui se joue vraiment à Rotterdam

Faïma Boudjelida n’a pas dit son dernier mot. Elle prépare un nouveau dossier, cette fois-ci ciblé sur le « sport-santé ». L’idée ? Obtenir des subventions via la prévention des maladies chroniques chez les enfants. « Si on arrive à faire croire que c’est bon pour leur santé, peut-être qu’on aura une chance », soupire-t-elle.

Mais le vrai combat, ce n’est pas celui des subventions.

C’est celui de la légitimité. Le CCSR, c’est un lieu qui marche. Pas parce qu’il est parfait, mais parce qu’il existe. Parce qu’il résiste. Et si Faïma échoue, ce ne sera pas à cause du manque d’idées. Ce sera parce qu’on a préféré fermer les yeux.

La dernière question, c’est : jusqu’à quand ?

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R Galaxie Rédaction

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