L’affaire Abascal, ou comment l’État abandonne ses citoyens
Maricarmen Abascal n’est pas un cas isolé. En Espagne, 1,6 million de ménages dépensent plus de 40 % de leurs revenus pour se loger, selon l’Institut national de la statistique (INE). 40 %. Vous avez bien lu. Parmi eux, les retraités sont les plus vulnérables. Leurs pensions ne suivent pas l’inflation, les loyers explosent, et les aides publiques ? Une blague. Le gouvernement a bien créé un fonds d’urgence pour les expulsions, mais les critères sont si restrictifs que la plupart des retraités n’y ont pas droit. Résultat : les propriétaires savent qu’ils peuvent jouer les durs. Ils savent que les tribunaux traînent, que les avocats coûtent cher, et que les vieux ont peur de se battre. Maricarmen a eu de la chance. Elle avait des voisins solidaires, un avocat qui ne lâchait rien, et une médiatisation qui a forcé les propriétaires à reculer. Mais combien d’autres n’ont pas cette chance ?
Pourtant, l’accord trouvé est une mascarade. Les propriétaires ont accepté de lui rendre son appartement… à condition qu’elle paie une somme dérisoire en échange d’un bail précaire. Pas de sécurité, pas de garanties, juste un répit temporaire. Le vrai problème, c’est que personne ne touche à la racine : les loyers qui s’envolent, les propriétaires qui spéculent, et un État qui regarde ailleurs. L’Espagne a un gouvernement qui parle de réguler les loyers depuis des années. Résultat ? Rien. Zéro. Les locataires continuent de se faire écraser, et les propriétaires continuent de s’enrichir.
La spéculation immobilière, ce fléau invisible
Derrière l’histoire de Maricarmen, il y a un business juteux. Les fonds d’investissement et les sociétés immobilières achètent des immeubles entiers, les rénovent, et font monter les loyers. À Madrid, le prix moyen du mètre carré a augmenté de 15 % en un an, selon les données de la Chambre officielle des notaires. 15 % en un an. Pendant ce temps, les salaires stagnent. Les retraités, eux, voient leurs pensions fondre. Et l’État ? Il finance les rénovations, il donne des subventions aux propriétaires, mais il ne touche pas aux loyers. C’est comme si on aidait les voleurs à voler, puis on s’étonnait qu’ils reviennent.
Pire : les expulsions sont devenues un outil de pression. Les propriétaires savent que les locataires ont peur. Peur de perdre leur logement, peur de ne pas en trouver un autre, peur de finir à la rue. Maricarmen a eu de la chance. Elle avait un réseau, une histoire qui a touché les gens. Mais combien d’autres n’ont pas cette chance ? Combien de retraités se font virer sans un mot, sans un procès, juste parce qu’ils n’ont plus les moyens ?
Ce que l’accord d’Abascal ne dit pas
L’accord signé entre Maricarmen et ses propriétaires est un coup de théâtre. Ou plutôt, une demi-victoire. Les médias en parlent comme d’une bonne nouvelle : *