L'Éthiopie justifie sa guerre contre l'Érythrée

Addis-Abeba assume son offensive, mais les observateurs craignent une escalade. Pendant ce temps, les combats dans le Tigré s’intensifient. Qui tire vraiment les ficelles ?

Publié le 11 octobre 2026 à 12:01
L'Éthiopie justifie sa guerre contre l'Érythrée

Le 22 février, devant l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a balayé les critiques. « Nous agissons en légitime défense », a-t-il martelé, pointant du doigt Asmara et ses « provocations ». Traduction : l’Éthiopie ne lâchera rien. Pourtant, les images des dernières semaines disent autre chose. Les frappes aériennes sur les positions érythréennes, les déplacements de troupes, les rumeurs de mercenaires soudanais engagés… Tout cela sent la préparation d’un conflit bien plus large qu’une simple réponse à une attaque frontalière. Et si la vraie raison était ailleurs ? Dans le Tigré, la guerre ne s’arrête pas. Les forces alliées au gouvernement avancent, mais à quel prix ? Les civils paient. Les ONG parlent de « nettoyage ethnique » dans certaines zones. Bref, quand Addis-Abeba parle de « légitime défense », c’est souvent pour masquer des calculs plus sombres. Ceux qui connaissent la région savent une chose : Abiy Ahmed n’a pas la réputation d’un pacifiste. En 2018, il a déjà utilisé la force contre l’Érythrée pour régler un vieux contentieux frontalier. Cette fois, c’est différent. Ou pas. L’Érythrée, un allié encombrant L’Érythrée, c’est le petit pays qui n’en finit pas de faire la guerre. Depuis son indépendance en 1993, Asmara n’a connu que conflits et répression. Son président, Isaias Afwerki, est un homme qui ne croit qu’à une chose : la survie par les armes. Quand l’Éthiopie a lancé son offensive dans le Tigré en novembre 2020, l’Érythrée a envoyé ses troupes. Officiellement, c’était pour « stabiliser » la région. Officieusement, c’était pour étendre son influence. Aujourd’hui, avec 400 000 soldats sous les drapeaux (soit 5 % de sa population), l’Érythrée est un État en permanente tension. Et quand Addis-Abeba accuse Asmara d’avoir « attaqué ses positions » près de la frontière, c’est un peu comme si un voisin accusait l’autre d’avoir volé sa clôture après l’avoir lui-même déplacée. Le Tigré, le vrai champ de bataille Pendant que les diplomates débattent à l’ONU, au Tigré, la guerre continue. Les forces éthiopiennes, soutenues par des milices amhara, progressent. Selon des sources locales, elles contrôlent désormais près de 60 % de la région. Mais à quel coût ? Les hôpitaux sont bombardés, les routes coupées, les populations affamées. L’ONU parle de « crise humanitaire ». Les autres préfèrent ne pas en parler. Pourtant, les chiffres sont là : plus de 500 000 déplacés, des milliers de morts, des villages réduits en cendres. Et personne ne semble vraiment s’en soucier. Qui tire les ficelles ? Si l’Éthiopie insiste sur la « légitime défense », c’est parce qu’elle sait une chose : l’opinion internationale est fatiguée des guerres en Afrique. Mais derrière les discours, il y a des intérêts. L’Érythrée, c’est un allié utile pour Abiy Ahmed. Un allié qui lui permet de maintenir la pression sur le Tigré sans avoir à assumer seul le coût politique. Et puis, il y a la question des ressources. Le Tigré, c’est l’or, le café, les terres fertiles. Si Addis-Abeba veut les contrôler, il faut écraser la résistance. Ce que personne ne dit Ce que les médias ne montrent pas, ce sont les liens entre les deux pays. L’Érythrée, c’est un État failli, mais c’est aussi un partenaire stratégique pour l’Éthiopie. Quand Abiy Ahmed parle de « légitime défense », il oublie un détail : c’est son propre gouvernement qui a soutenu les milices amhara, responsables de massacres dans le Tigré. C’est son gouvernement qui a refusé les négociations pendant des mois. C’est son gouvernement qui a laissé faire les exactions. Alors oui, l’Érythrée a des comptes à rendre. Mais l’Éthiopie aussi. L’ONU, spectatrice impuissante À l’ONU, les discours sont longs, les résolutions rares. Les États-Unis et l’Europe condamnent « dans les termes les plus forts », mais sans jamais menacer de sanctions. Pourquoi ? Parce que l’Éthiopie, c’est un pays stratégique. Parce que l’Érythrée, c’est un allié dans la lutte contre le terrorisme. Parce que personne ne veut d’une nouvelle crise au Proche-Orient. Résultat : les deux pays font ce qu’ils veulent. L’Éthiopie bombarde, l’Érythrée répond. Le Tigré brûle. Et le monde regarde ailleurs. La prochaine étape Si la situation ne change pas, il y a un risque : l’escalade. L’Érythrée n’est pas un pays qui recule. Si Addis-Abeba continue à appuyer sur les boutons, Asmara va riposter. Et cette fois, ce ne seront pas que des échanges de tirs à la frontière. Ce sera une guerre ouverte. Une guerre qui pourrait déborder sur le Soudan, le Djibouti, peut-être même l’Arabie saoudite, grande alliée d’Abiy Ahmed. Ce que ça signifie pour vous Vous ne le verrez pas aux infos. Les guerres en Afrique de l’Est, ça n’intéresse personne. Pourtant, ce conflit, il est là. Et il va empirer. Les civils paieront. Les ressources seront pillées. Les régimes resteront en place. Parce que personne ne veut vraiment régler le problème. Alors, oui, l’Éthiopie a le droit de se défendre. Mais pas comme ça. Pas au prix du sang et des larmes. Pas en utilisant l’Érythrée comme bouc émissaire. La vraie question, c’est : qui va enfin forcer Addis-Abeba à la table des négociations ?

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R Galaxie Rédaction

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