Le chiffre qui résume tout : 3 000 morts en un an, et après ?
En 2023, selon un rapport confidentiel du Center for Strategic and International Studies (CSIS), les attaques attribuées à des groupes jihadistes en Irak ont augmenté de 40 % par rapport à 2022. 3 000 morts en un an. Pas tous Daech, non : des cellules dissoutes, des résidus, des nouveaux venus. Le gouvernement irakien parle de « stabilisation ». Les États-Unis, eux, ferment leur base de Taji, leur dernier QG majeur. La question n’est pas *« Daech est-il vaincu ? », mais « Qui va prendre la relève ? »*
Parce que Daech, techniquement, n’a jamais disparu. Il s’est dispersé. Comme un virus qui mute. Ses chefs les plus recherchés, comme Abu Bakr al-Baghdadi, sont morts. Mais ses cellules dormantes, elles, respirent encore. Et avec elles, la menace. Le Pentagone le sait. C’est pour ça qu’il garde 2 500 soldats américains en Irak « pour la formation et le conseil ». Traduction : « On reste, mais on ne veut pas que ça se sache ».
L’erreur stratégique : croire que la guerre se gagne avec des bombes
La coalition a bombardé. Beaucoup. Trop, peut-être. Entre 2014 et 2021, plus de 100 000 frappes aériennes ont été menées en Irak et en Syrie, selon Airwars, une ONG qui recense les frappes. Résultat ? Daech a été affaibli, oui. Mais le vide laissé derrière lui a été comblé par d’autres : des milices chiites, des gangs locaux, des groupes qui n’ont pas la même idéologie mais la même rage. La guerre contre le terrorisme, c’est comme arracher des mauvaises herbes : tu en enlèves une, trois repoussent.
Et puis, il y a l’Irak lui-même. Un pays fracturé. Un gouvernement faible, une armée mal payée, des tribus qui jouent leur propre jeu. Quand les États-Unis partiront vraiment, et pas juste en théorie, qui va tenir le territoire ? Les Iraniens ? Les Turcs ? Les milices pro-syriennes ? Personne ne le sait. Mais une chose est sûre : le chaos ne fait pas de pause.
Ce que personne ne dit : l’Afghanistan, version 2.0 ?
En 2021, les États-Unis ont quitté l’Afghanistan en laissant le champ libre aux talibans. Douze ans après, le pays est un désastre humanitaire. Personne ne veut revivre ça. Alors, cette fois, les Américains disent « On reste un peu ». Mais pour combien de temps ?
Le problème, c’est que l’Irak n’est pas l’Afghanistan. C’est pire. Parce que l’Afghanistan, au moins, avait une frontière claire. L’Irak, lui, est un puzzle. À l’est, la frontière syrienne est poreuse. Au nord, la Turquie joue son propre jeu avec les Kurdes. À l’ouest, la Jordanie et l’Arabie saoudite regardent, mais n’agissent pas. Et au centre ? Bagdad, qui ne contrôle plus grand-chose.
La coalition part. Les États-Unis ferment leurs bases. Mais qui va payer le prix ? Pas les soldats américains, non. Pas les politiques à Washington, non plus. Ceux qui vont en payer le prix, ce sont les Irakiens. Encore.
Le vrai danger : ce qui vient après Daech
Daech, c’était le symptôme. Le vrai problème, c’est la cause. Un pays sans État fort, sans économie, sans espoir. Daech a recruté parce qu’il y avait un vide. Aujourd’hui, ce vide est toujours là . Sauf que cette fois, les recruteurs ne s’appelleront plus « État islamique ». Ils auront d’autres noms. D’autres drapeaux. Mais la même haine.
Prenez la province d’Anbar, au sud de Bagdad. En 2014, c’était un fief de Daech. Aujourd’hui, les jihadistes sont partis. Mais les tribus qui les combattaient hier se battent entre elles aujourd’hui. Parce qu’il n’y a plus d’ennemi commun. Juste des voisins qui se détestent.
Et puis, il y a les milices. Les Hashd al-Shaabi, soutenues par l’Iran. Officiellement, elles sont là pour lutter contre le terrorisme. Officieusement, elles contrôlent des territoires, rackettent, et parfois, elles tuent des civils au nom de la lutte anti-jihadiste. Qui va les arrêter ?
La dernière question : et si c’était trop tard ?
Les États-Unis quittent l’Irak. La coalition se dissout. Mais la guerre, elle, continue.
La différence, c’est qu’elle ne sera plus télévisée. Plus de drones américains dans le ciel. Plus de communiqués du Pentagone. Juste des attentats, des disparitions, des villages brûlés. Et personne, ou presque, pour en parler.
Le vrai risque, ce n’est pas que Daech revienne. C’est que personne ne remarque quand un nouveau monstre prendra sa place.
Parce qu’une chose est sûre : l’Irak ne sera jamais en paix tant qu’il n’y aura pas de paix entre ses propres enfants. Et ça, ni les bombes, ni les coalitions, ni les départs en grande pompe ne pourront jamais l’apporter.