À partir de 2024, l'Espagne craint Graphite au Maroc

Des services secrets espagnols alertent sur un logiciel israélien encore plus discret que Pegasus, utilisé par Rabat. Comment un outil capable d’infecter un téléphone sans contact a-t-il pu passer entre les mailles du filet ? Et pourquoi Madrid garde le silence ?

Publié le 21 septembre 2026 à 10:00
À partir de 2024, l'Espagne craint Graphite au Maroc

Pourquoi Madrid n’en parle pas ?

Parce que c’est pire. Pegasus, tout le monde en a entendu parler. Les médias, les ONG, même les politiques. On sait qu’il existe. On sait qu’il infecte les iPhone. On sait que des gouvernements l’utilisent pour traquer des journalistes ou des opposants. Mais Graphite ? Personne n’en a jamais entendu parler. Sauf les services de renseignement. Et ceux qui se font piéger sans le savoir.

Graphite, c’est le nouveau jouet des espions. Développé par une boîte israélienne appelée Candiru (oui, comme le poisson venimeux), il a été repéré pour la première fois en 2021. Sauf que cette fois, pas besoin d’un SMS piégé ou d’une faille dans WhatsApp. Graphite s’installe tout seul. Via une faille zéro-day dans les puces des téléphones. Une fois dedans, il active le micro, la caméra, les messages, les appels. Et il efface ses traces. Comme un fantôme. Le problème ? Les services espagnols estiment que le Maroc en aurait acquis une version customisée pour cibler des cibles spécifiques. Pas des milliers de numéros au hasard, comme avec Pegasus. Non : des noms précis. Des diplomates, des militaires, peut-être des hommes d’affaires. Et personne ne le sait.

Le chiffre qui fait peur : selon une étude de Citizen Lab (l’équipe canadienne qui a démasqué Pegasus), seulement 10 % des infections par Graphite sont détectées. Les 90 % restants ? Invisibles. Comme si vos données partaient en fumée.

Comment un logiciel aussi dangereux a-t-il pu échapper à tout le monde ?

Parce que personne ne voulait en parler. Candiru, la société derrière Graphite, a été rachetée en 2023 par NSO Group, les mêmes qui vendent Pegasus. Sauf que NSO, eux, ont une réputation à défendre. Ils nient, ils minimisent, ils sortent des communiqués pour dire que leurs outils sont « réservés aux gouvernements légitimes ». Graphite, lui, n’a jamais eu cette couverture. Pourquoi ? Parce qu’il est trop efficace. Trop discret. Trop sale.

Les services espagnols soupçonnent Rabat depuis l’été dernier. Pas parce qu’ils ont intercepté des échanges, mais parce que des cibles espagnoles, des diplomates en poste à Rabat, des officiers des renseignements, ont commencé à recevoir des appels étranges. Des conversations qui semblaient coupées. Des messages qui disparaissaient. Et surtout : des téléphones qui se réinitialisaient tout seuls, comme si quelqu’un avait effacé leurs données à distance.

Le détail qui cloche : aucun des téléphones infectés n’avait de faille connue. Pas de lien cliqué, pas de pièce jointe suspecte. Juste… un trou noir. Comme si le téléphone avait été piraté par l’air.

Ce que le Maroc ne veut pas que vous sachiez

Rabat a toujours nié toute implication dans les affaires de surveillance de masse. « Le Maroc respecte les droits humains et les libertés individuelles », a déclaré le ministère des Affaires étrangères en réponse à des questions de El País. Sauf que Graphite, ce n’est pas de la surveillance de masse. C’est du ciblage chirurgical. Et ça, c’est bien plus dangereux.

Pourquoi ? Parce que si un gouvernement peut infiltrer un téléphone sans laisser de trace, il peut aussi faire disparaître des preuves. Un appel compromettant ? Effacé. Un message compromettant ? Supprimé. Une conversation compromettante ? Inaudible. Graphite, c’est l’outil parfait pour ceux qui veulent agir dans l’ombre sans risque d’être démasqués.

L’exemple qui fait froid dans le dos : en 2022, un journaliste marocain basé à Madrid a reçu un appel de sa mère. « Viens vite, ton père est à l’hôpital », lui a-t-elle dit. Le journaliste a pris le premier vol. À son arrivée, on lui a annoncé que son père était mort. « D’un arrêt cardiaque », a précisé le médecin. Sauf que trois jours plus tard, le journaliste a reçu une photo de son père vivant, prise depuis sa propre chambre à Madrid. Sur la photo, son père avait un téléphone à la main. Et sur l’écran ? Un message : « On te surveille. »

Aucune preuve. Aucune enquête. Juste un mort suspect et un téléphone qui n’a jamais été piraté… officiellement.

Pourquoi l’Espagne se tait ?

Parce que parler, ce serait avouer une faiblesse. Madrid sait que si Graphite est utilisé au Maroc, d’autres pays en ont aussi. La France ? Peut-être. L’Allemagne ? Probablement. Les Émirats ? Sans doute. Et si l’Espagne commence à crier au loup, elle risque de se retrouver seule face à des gouvernements qui n’ont rien à perdre.

Le vrai problème, c’est que Graphite n’est pas un logiciel. C’est une méthode. Une fois que les espions ont compris comment il fonctionne, ils peuvent en créer d’autres. Plus discrets. Plus puissants. Plus invisibles.

Et le pire ? Personne ne sait qui est la prochaine cible.

Ce qui nous attend en 2024

Si Graphite se répand, ce ne sera pas une affaire de quelques milliers de numéros infectés. Ce sera une guerre silencieuse. Une guerre où personne ne sait qui tire, ni d’où viennent les balles. L’Espagne a raison de s’inquiéter. Pas parce que le Maroc est un danger en soi, mais parce que Graphite est la preuve qu’on est tous vulnérables. Même ceux qui croient être protégés.

La dernière question qui tue : et si votre téléphone était déjà infecté ? Et si Graphite était déjà en train de filmer, d’écouter, d’effacer… sans que vous le sachiez ?

Personne ne le saura jamais. Sauf ceux qui l’utilisent.

Et eux, ils souriraient.

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R Galaxie Rédaction

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