50 000 manifestants à Madrid, le gouvernement espagnol en mode survie

Les Espagnols descendent encore dans la rue pour le logement, après le rejet des mesures de Sánchez. Derrière les slogans, une crise politique qui pourrait faire basculer le pays. Voici pourquoi cette fois, ça pourrait changer, ou empirer.

Publié le 4 octobre 2026 à 16:07
50 000 manifestants à Madrid, le gouvernement espagnol en mode survie

Le samedi 14 octobre, Madrid a vibré sous les cris. Pas ceux des supporters du Real ou de l’Atlético, mais ceux de 50 000 personnes, peut-être plus, qui ont envahi les rues pour hurler leur colère contre les loyers. 50 000, c’est le chiffre officiel des organisateurs, mais les images montrent des foules compactes bien au-delà. À Barcelone, Séville, Valence, même chose : des milliers de visages, des pancartes qui clignotent comme des néons dans le brouillard. « La vivienda es un derecho, no un negocio », « Le logement est un droit, pas une affaire », le slogan revient en boucle. Sauf que cette fois, il résonne différemment. Parce que le gouvernement de Pedro Sánchez vient d’avaler un coup dur : son projet de loi pour encadrer les loyers a été rejeté par le Parlement. Et là, c’est la cata.

Pourquoi les Espagnols en ont marre des promesses en l’air

Vous vous dites peut-être : « Encore une manif, encore un gouvernement qui promet et qui déçoit. » Sauf que là, c’est différent. Parce que cette fois, les manifestants ne crient pas juste contre les propriétaires ou les agences immobilières. Ils visent directement le pouvoir. Et pas qu’un peu.

Prenez Madrid. La capitale espagnole est devenue le terrain de jeu des investisseurs étrangers, fonds américains, chinois, même des Saoudiens, qui achètent des centaines d’appartements pour les louer à prix d’or. Résultat ? Un loyer moyen à 1 200 euros par mois pour un deux-pièces dans le centre. 1 200 euros, c’est le salaire net d’un infirmier, d’un enseignant, d’un jeune diplômé. Vous vous rendez compte ? À Barcelone, c’est pire : 1 500 euros pour un studio. 1 500 euros, et encore, si vous avez de la chance.

Le gouvernement avait tenté de réagir avec une loi qui limitait les hausses de loyer à 2 % par an dans les zones tendues. Une mesure timide, mais enfin une réponse. Sauf que le Sénat, contrôlé par les partis de droite, l’a bloquée. « Trop interventionniste », « ça va tuer le marché », « les propriétaires vont fuir ». Les arguments classiques. Sauf que les propriétaires ne fuient pas. Ils spéculent.

Et puis il y a l’échec des aides sociales. Le gouvernement a mis en place des subventions pour aider les ménages modestes. Problème : seulement 15 % des demandeurs en bénéficient, selon les associations. Pourquoi ? Parce que les démarches sont un cauchemar, parce que les critères sont trop restrictifs, parce que les fonds manquent. 15 %. Vous vous dites peut-être : « Bon, c’est pas parfait, mais c’est un début. » Sauf que pendant ce temps, les prix continuent de monter. À Madrid, +8 % en un an. À Barcelone, +10 %. Vous voulez un chiffre qui claque ? En 2023, 1,5 million de foyers espagnols ont passé plus de 30 % de leurs revenus en loyer. 30 %. C’est le seuil où on bascule dans la précarité. 1,5 million de foyers, soit 3 millions de personnes. Des familles, des jeunes, des retraités. Pas des statistiques.

Le gouvernement joue avec le feu, et les élections

Pedro Sánchez, lui, il a un problème : il perd son temps. Entre les manifestations, les blocages parlementaires et maintenant cette crise du logement qui s’étend, son gouvernement ressemble à un bateau qui prend l’eau. Et il le sait.

Sánchez a déjà menacé de convoquer des élections anticipées. Pourquoi ? Parce que son parti, le PSOE, est en train de se faire laminer dans les sondages. 40 % des Espagnols veulent son départ, selon le dernier baromètre du Centro de Investigaciones Sociológicas (CIS). 40 %. Et pour cause : entre l’inflation, les grèves, et maintenant cette loi sur le logement qui capote, personne ne le croit plus.

Mais attention, ça ne veut pas dire que les Espagnols veulent la droite au pouvoir. Loin de là. Les partis d’extrême droite, comme Vox, surfent sur la colère. « La gauche est incapable de gérer le pays », « Il faut en finir avec les régulations ». Sauf que les manifestants du logement, eux, ils ne veulent pas de Vox. Ils veulent des solutions.

Le problème, c’est que personne n’en propose de crédibles. La gauche propose des lois qui bloquent au Sénat. La droite propose de laisser faire le marché. Et les gens, eux, ils crèvent.

Prenez la Plataforma de Afectados por la Hipoteca (PAH), le collectif qui organise les manifestations. Ils ne font pas dans la dentelle : « Sánchez nous a menti. Il nous a promis des lois, et il n’a rien fait. » Ils ont raison. En 2019, Sánchez avait promis une loi sur le logement « historique ». Résultat ? Une loi édulcorée, rejetée, et maintenant des manifestants dans la rue.

Et puis il y a l’effet domino. Parce que si le gouvernement ne parvient pas à réguler les loyers, les gens vont se retourner contre lui. Et pas qu’un peu. Les grèves se multiplient, les occupations d’immeubles aussi. À Madrid, des centaines de familles ont squatté des logements vides pour faire pression. Des centaines. Vous vous dites peut-être : « C’est de l’anarchie. » Sauf que quand vous êtes un jeune qui gagne 1 200 euros net et que vous devez choisir entre manger et payer votre loyer, vous devenez radical.

Ce que personne ne dit : le vrai jeu, c’est l’immobilier

Voilà le truc que personne ne veut aborder : derrière la crise du logement, il y a un business monstrueux.

Prenez Merlin Properties, le géant espagnol de l’immobilier. En 2023, le groupe a enregistré un bénéfice net de 300 millions d’euros. 300 millions. Pendant ce temps, 1,5 million de foyers galèrent pour payer leur loyer. Coïncidence ? Bien sûr que non.

Les fonds d’investissement étrangers achètent massivement. Les Chinois, les Saoudiens, les Américains, ils raflent les biens à bas prix, les rénovent, et les relouent à prix d’or. À Madrid, 20 % des logements sont entre les mains d’investisseurs étrangers. 20 %. Et ces gens-là, ils ne votent pas aux élections espagnoles. Ils ne paient pas d’impôts locaux. Ils profitent du système sans rien rendre.

Le gouvernement, lui, il fait semblant de lutter. Il sort des communiqués, il organise des tables rondes, il promet des lois. Sauf que ça ne marche pas. Pourquoi ? Parce que les vrais décideurs ne sont pas à Madrid. Ils sont à Londres, à New York, à Dubaï.

Et puis il y a l’hypocrisie des banques. Les mêmes qui ont spéculé sur les crédits immobiliers en 2008 sont toujours là. Elles prêtent à tour de bras, même aux gens qui ne peuvent pas rembourser. Résultat ? En Espagne, 1 famille sur 10 est en retard de loyer. 1 sur 10. Vous voulez un chiffre encore plus glaçant ? 300 000 expulsions locatives depuis 2018. 300 000. Des familles jetées à la rue parce qu’elles ne pouvaient plus payer.

Alors, on fait quoi ?

La question que tout le monde se pose, c’est : « Et maintenant ? » Parce que manifestes ou pas, les loyers ne vont pas baisser tout seuls.

Il y a trois options sur la table.

  1. La loi, mais vraiment. Pas des mesures timides qui bloquent au Sénat. Une loi qui nationalise les logements vides, qui taxe les investisseurs étrangers, qui limite les prix à un niveau décemment humain. Mais ça, ça veut dire toucher aux intérêts des grands groupes. Et personne n’a envie de se faire des ennemis comme ça.

  2. La révolution citoyenne. Les squats, les occupations, les blocages. Ça marche parfois, en 2016, la PAH a fait adopter une loi contre les expulsions. Mais ça ne résout pas le problème structurel. Et puis, à force, l’État finit par réprimer. Vous voulez voir des CRS charger des mamies avec des bébés ?

  3. L’attente. On attend que la crise éclate, que les gens en aient assez, et qu’un nouveau gouvernement, peut-être plus radical, prenne les choses en main. Sauf que dans l’intervalle, des millions de gens vont continuer à souffrir.

Alors oui, les manifestations continuent. Elles continueront. Parce que les Espagnols n’ont plus rien à perdre. Sauf leur dignité.

Et vous, vous feriez quoi à leur place ?

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie