Épicurialpes invite des chefs stars et ignore les producteurs locaux

Le festival de gastronomie alpine mise sur le prestige international, mais les petits producteurs locaux paient le prix fort. Entre visibilité et marginalisation, qui en sort vraiment gagnant ?

Publié le 13 octobre 2026 à 12:06
Épicurialpes invite des chefs stars et ignore les producteurs locaux

Le stand de la fromagerie Valaisanne était vide. Pas de clients, pas de commandes, juste un panneau usé et un fromager qui regarde sa montre. Pourtant, c’était le week-end du festival Épicurialpes, censé célébrer les trésors locaux. À quelques mètres de là, une tente géante abritait un atelier du chef étoilé Arnaud Donckele, attirant une file de 50 personnes. Le contraste ? Il n’est pas anecdotique. Il résume la stratégie du festival : les grands noms attirent la foule, les petits producteurs triment pour des miettes.

Les organisateurs assument ce choix. « On a besoin de visibilité internationale pour faire venir du monde », explique un membre de l’équipe, sans sourciller. Sauf que cette visibilité a un prix : les producteurs locaux ne sont plus que des figurants. Prenez le cas des vignerons de la Conche : ils paient 800 francs pour un stand de 3 mètres carrés, dans un coin discret du festival. À côté, un atelier de cuisine avec un chef français coûte 15 000 francs, mais garantit une couverture médiatique. Le message est clair : ici, on ne vend pas des produits, on vend du rêve.

Et le rêve, c’est souvent celui des grandes marques. Le festival a accueilli des partenariats avec des groupes comme Lactalis ou Nestlé, dont les produits finissent par dominer les dégustations. Résultat : un producteur de charcuterie artisanale de Martigny se plaint que ses clients lui demandent des saucisses « comme celles du stand Nestlé, mais en plus petit ». On normalise l’industriel comme référence.

Pourtant, les chiffres sont là. Une étude de l’Office du tourisme valaisan (2023) montre que 78 % des visiteurs du festival achètent des produits locaux hors des stands officiels, souvent dans les rues, où les petits commerces improvisent des dégustations. Le festival leur vole leur clientèle.

Alors pourquoi continuer ? Parce que les organisateurs ont calculé : un chef étoilé = 20 articles de presse. Un producteur de raclette = une mention dans un blog niche. La logique est brutale : on sacrifie le local pour le médiatique.

Mais il y a un hic. Ces mêmes producteurs locaux sont ceux qui font vivre les vallées alpines toute l’année. Sans eux, pas de fromages, pas de vins, pas de charcuterie, juste des paysages vides. Le festival mise sur l’image, mais c’est le terrain qui nourrit vraiment l’économie.

Cette année, une dizaine de producteurs ont menacé de boycotter l’édition 2025. « On nous prend pour des figurants, alors qu’on paie pour être là », lance un éleveur de bœufs de race Valaisanne. Les organisateurs répondent par des promesses : « L’an prochain, on augmentera les espaces pour les petits. » Des mots en l’air.

Le vrai problème, c’est que personne ne force Épicurialpes à choisir. On peut avoir les deux : des chefs stars ET une place pour les producteurs. Sauf que ça coûterait cher. Et dans le monde du festival, le budget prime sur la cohérence.

Alors cette année, à Grimentz, les fromagers ont serré les dents. L’an prochain, ils pourraient serrer les poings.

Pourquoi ça ne changera pas ? Parce que personne ne veut perdre son public. Même si ce public achète des produits qui ne viennent pas d’ici.

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R Galaxie Rédaction

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