Le chiffre qui ne veut rien dire
- C’est le nombre de TZR « inactifs » que le ministre balance en interview. Un chiffre qui fait joli à l’antenne. Sauf que personne ne sait vraiment ce qu’il signifie. « Inactifs » ? Ça veut dire quoi ? En arrêt maladie ? En congé parental ? En train de se former quelque part ? Ou carrément assis chez eux, à toucher leur salaire sans bouger ?
La SNETAP-FSU, le principal syndicat des TZR, balance un rapport de 2022 : 12 000 remplaçants sans affectation stable. Un chiffre bien plus gros. Et bien plus réaliste. Parce que le problème, c’est pas le nombre. C’est le système. Un système où les TZR sont des variables d’ajustement. Des corps de réserve qu’on sort du placard quand il y a un trou. Et qu’on range quand c’est trop cher.
Prenez Sophie*, prof de lettres dans le Finistère. Elle est TZR depuis 15 ans. Elle connaît la musique. « Moi, je n’ai jamais entendu parler d’un remplaçant qui ne travaille pas, lâche-t-elle. En revanche, je connais des collègues qui enchaînent les remplacements de 15 jours, sans aucune stabilité. Et ceux qui finissent par craquer, parce que le stress, les trajets, les classes difficiles… ça use. »
Le ministère, lui, joue les sourds. On lui demande des précisions sur ces 3000 « inactifs ». Réponse : « Les données sont en cours d’analyse. » Traduction : on ne veut pas creuser. Parce que si on creuse, on tombe sur un vrai problème. Pas un chiffre marketing pour TF1.
Le vrai scandale : les TZR, des victimes collatérales
Les TZR, c’est l’armée de réserve de l’Éducation nationale. Quand un prof tombe malade, quand un poste est vacant, quand un établissement a besoin d’un coup de pouce… on fait appel à eux. Sauf que depuis 20 ans, les effectifs de remplaçants ont explosé. En 2000, il y avait 20 000 TZR. Aujourd’hui, on en compte 40 000.
Problème : le ministère ne gère plus rien. Les affectations sont aléatoires. Les remplacements, souvent de dernière minute. Résultat ? Les TZR galèrent. Ils enchaînent les trajets, les classes en urgence, les salaires qui ne suivent pas l’inflation. Et ceux qui osent demander des comptes ? On les envoie se faire voir. « On nous dit : ‘Vous êtes des privilégiés, vous avez un CDI.’ Sauf que ce CDI, il ne vaut rien, rétorque Sophie. Parce qu’on peut nous envoyer n’importe où, n’importe quand. Et si on refuse, on risque de se retrouver sans poste. »
Le pire ? Personne ne veut vraiment régler le problème. Ni le ministère, ni les syndicats, ni même les recteurs. Parce que c’est plus simple comme ça. Des profs précaires, ça coûte moins cher que des titularisations. Et ça permet de faire semblant de gérer les pénuries.
L’arnaque des « zones de remplacement »
Le statut TZR, c’est censé être une sécurité. Un filet pour les profs qui veulent garder leur titre tout en bougeant. Sauf que dans les faits, c’est une prison. Une prison administrative. Parce que les « zones de remplacement » ? Elles n’existent pas vraiment. Ou alors, elles sont si vastes qu’elles couvrent tout le territoire. Résultat : un TZR peut se retrouver muté de Brest à Strasbourg en deux clics. Sans prévenir. Sans négociation.
Pire encore : les TZR sont les premiers touchés par les économies. Quand un établissement ferme, quand un poste est supprimé… ce sont eux qu’on licencie en premier. Parce qu’ils sont « flexibles ». Parce qu’ils n’ont pas voix au chapitre. Parce que personne ne les défend vraiment.
« On nous traite comme de la merde, mais on nous paye comme des profs, résume Sophie. C’est ça, le vrai scandale. On est des titulaires, mais on n’a aucun des droits des titulaires. »
Ce que le ministre ne dit pas
Édouard Geffray, donc, il parle de 3000 TZR « inactifs ». Mais il ne dit pas un mot sur les 12 000 autres qui galèrent. Ni sur les milliers de postes non pourvus dans les lycées. Ni sur les classes surchargées où les profs font cours à 40 élèves parce qu’il manque un remplaçant.
Pourquoi ce silence ? Parce que si on parle des TZR, il faut parler du vrai problème : le manque de moyens. Les effectifs baissent, les salaires stagnent, et les remplaçants paient la note. Toujours.
Le ministère, lui, il a une solution toute prête : « Il faut mieux former les TZR. » Traduction : on va les occuper avec des stages inutiles pendant qu’on continue à sous-payer les profs titulaires. Parce que au final, le vrai jeu, c’est de faire croire qu’on gère.
La vraie question : et après ?
Alors oui, 3000 TZR « inactifs », c’est un chiffre. Mais c’est surtout un écran de fumée. Parce que le vrai problème, c’est pas eux. C’est le système. Un système qui broie les enseignants, qui gaspille l’argent public, et qui fait semblant de s’en soucier.
La prochaine fois qu’Édouard Geffray ouvrira sa grande gueule à la télé, demandez-lui ça : combien de TZR il faut virer pour que les autres aient enfin un vrai statut ? Parce que pour l’instant, la réponse, on la connaît déjà. Aucune.
*(Sophie est un prénom d’emprunt.)