Danielle Smith abandonne l'idée d'un 2e référendum en Alberta

La cheffe du Parti conservateur de l'Alberta, Danielle Smith, a tranché : pas de nouveau référendum sur l'indépendance si les Albertans votent pour rester dans le Canada. Une décision qui divise, et qui révèle une stratégie plus pragmatique qu'idéologique. Mais à quel prix ?

Publié le 11 octobre 2026 à 10:00
Danielle Smith abandonne l'idée d'un 2e référendum en Alberta

L'Alberta se réveille sans son rêve indépendantiste

En 2019, le premier ministre Jason Kenney avait promis un référendum sur l’indépendance d’ici 2023. Trois ans plus tard, rien. Les sondages donnaient 40 % d’Albertans prêts à voter oui à la séparation, mais les coûts, estimés entre 10 et 15 milliards de dollars par une étude de l’Université de Calgary en 2021, ont fait froid dans le dos. Même les séparatistes les plus acharnés ont commencé à douter. Danielle Smith, elle, a tenu le cap… jusqu’à aujourd’hui.

Et puis il y a eu le référendum de 2023. Celui où les Albertans ont voté non à la sécession par 56 % contre 44 %. Un échec. Mais pas un échec définitif, selon Smith. « On a appris », a-t-elle expliqué, comme si c’était une leçon de vie. Sauf que personne ne sait ce qu’elle a vraiment appris. Juste que le camp fédéraliste est plus fort qu’elle ne le croyait.

Le vrai problème ? Les marchés. Les banques, les investisseurs, les géants comme Suncor ou TC Energy, tous ceux qui font tourner l’économie albertaine. En 2022, une étude de la Conference Board of Canada avait calculé que la séparation coûterait 20 % de PIB en cinq ans. Assez pour faire fuir les capitaux. Assez pour plonger Edmonton dans le chaos. Smith le sait. Elle a vu comment le Québec a galéré après son référendum de 1995. Elle a vu l’Argentine s’effondrer après sa crise de 2001. Alors aujourd’hui, elle joue la prudence.

Mais la prudence, ça se paie. En abandonnant l’idée d’un second référendum, Smith perd une partie de sa crédibilité. « Elle cède à la peur », a grogné Randy Boissonnault, député fédéral et critique acharné des conservateurs. « Les Albertans veulent une sortie, pas des demi-mesures. » Boissonnault a raison sur un point : le problème n’est pas l’indépendance en soi. C’est l’incertitude. Personne ne sait si Smith bluffait en 2022 ou si elle ment aujourd’hui.

Le piège du fédéralisme qui n’en est pas un

Smith dit vouloir « protéger les intérêts de l’Alberta ». Traduction : elle veut négocier des transferts de pouvoir depuis Ottawa. Moins de taxes fédérales sur le pétrole. Plus de contrôle sur les pipelines. Un vrai deal fédéraliste, en somme. Sauf que le fédéralisme, pour elle, c’est une marche arrière. Pas une alternative.

Prenez l’exemple du pipeline Trans Mountain. Le gouvernement Trudeau l’a acheté 4,5 milliards en 2018 pour le construire. Résultat ? Des années de litiges, des manifestations, et une dette qui pèse sur les contribuables. Smith veut annuler cet achat. « On va le racheter, et cette fois, ce sera à prix coûtant », a-t-elle promis. Problème : TC Energy, qui détient une partie du pipeline, n’est pas prête à vendre. Et les marchés ? Ils rigolent. Une étude de Scotiabank en 2023 estimait qu’un conflit ouvert avec Ottawa coûterait 1,2 milliard par an à l’Alberta. Smith le sait. Elle recule.

Pourtant, elle garde une carte. « Si Ottawa refuse de négocier sérieusement, on repassera à l’option référendaire », a-t-elle glissé. Une menace en l’air. Parce que personne ne croit qu’elle ira jusqu’au bout. Pas après son revirement.

Le vrai calcul de Smith ? Elle mise sur l’usure. Sur l’idée que les Albertans, lassés des promesses non tenues, finissent par accepter un fédéralisme… à la canadienne. Sauf que les Québécois ont essayé. Les Ontariens aussi. Résultat ? Des provinces qui se sentent volées, mais pas libres.

Ce que personne ne dit sur les 50 % + 1

Smith a fixé une règle claire : « 50 % plus une voix pour rester, et c’est mort. » Une condition qui semble simple. Sauf que dans un référendum, 50 % plus une voix, ça peut vouloir dire deux choses.

  1. La majorité absolue : 50,01 % pour le non. Dans ce cas, c’est fini. Pas de second tour. Pas de négociation. Smith a gagné.

  2. La majorité relative : 49,99 % pour le non, mais avec plus de voix que le oui. Là, le camp fédéraliste pourrait crier à la fraude. Ou exiger un nouveau scrutin. Et Smith se retrouverait coincée.

Le piège ? Personne ne sait comment Smith gérera le cas numéro 2. En 2023, le non a obtenu 56 %, mais avec une participation de seulement 45 %. Un score qui, en démocratie, équivaut à un oui par défaut. Si un nouveau référendum avait lieu demain, avec une participation de 60 %, un non à 49 % suffirait à faire basculer l’Alberta du côté fédéraliste. Et Smith ? Elle serait obligée de l’accepter.

Alors, elle triche. En exigeant 50 % + 1, elle se donne une marge de manœuvre. Mais elle prend aussi un risque : celui de se faire démasquer. Parce que si les Albertans sentent qu’on leur vole leur voix, ils voteront oui à la séparation… par vengeance.

La vraie question n’est pas « indépendantiste ou fédéraliste »

Smith joue à un jeu dangereux. Elle croit que les Albertans veulent juste « plus de pouvoir ». Sauf que le pouvoir, ça se prend. Pas en négociant avec Ottawa. En cassant les règles.

Prenez l’exemple de la loi C-19, adoptée en 2018. Elle permettait à Ottawa de bloquer les exportations de pétrole vers les États-Unis si l’Alberta ne respectait pas ses quotas. Une loi inconstitutionnelle, selon Smith. Une attaque directe contre l’autonomie provinciale. Pourtant, l’Alberta n’a rien fait. Pourquoi ? Parce que Suncor et CN Rail ont menacé de quitter la province. Parce que les marchés ont frémi.

Smith le comprend aujourd’hui. Elle a vu que l’indépendance, c’est bien. Mais l’indépendance sans capitaux, c’est la faillite. Alors elle recule. Elle joue la carte fédérale, en espérant que personne ne remarquera qu’elle abandonne.

Le problème ? Les Albertans ne sont pas dupes. Une enquête Leger pour CBC en 2023 montrait que 62 % des Albertains croyaient que Smith « mentait sur ses intentions ». Un score qui explique pourquoi son parti a perdu des sièges aux dernières élections. Parce que les gens en ont marre des promesses creuses.

Ce qui vient après ?

Smith a deux options. La première : continuer à bluffer. Dire « On va négocier », tout en préparant un nouveau référendum dans cinq ans. La seconde : admettre qu’elle a perdu.

Elle choisira la première. Parce que la seconde, ça signifie avouer que l’Alberta n’est pas prête. Que les marchés sont plus puissants que les rêves. Que le fédéralisme, pour elle, n’est qu’une étape vers… rien.

La vraie question, ce n’est pas « L’Alberta quittera-t-elle le Canada ? » C’est : « Combien de temps Smith pourra-t-elle faire croire qu’elle a encore un plan ? » Parce que quand les marchés ferment les yeux, c’est souvent trop tard pour rouvrir les portes.

Et ça, Danielle Smith le sait.

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R Galaxie Rédaction

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