Depuis 2023, les enseignants retraités crèvent avec 80 000 FCFA

Au Sénégal, des profs qui finissaient à 500 000 FCFA touchent aujourd’hui des retraites de misère. L’État leur doit une explication. Et une revalorisation. Sans ça, c’est la révolte qui monte.

Publié le 21 octobre 2026 à 14:00
Depuis 2023, les enseignants retraités crèvent avec 80 000 FCFA

Le piège des « enseignants décisionnaires »

Ça sonne bien, ce titre. « Décisionnaires », ça fait sérieux. Ça fait « ceux qui comptent ». Sauf que dans les faits, ça désigne surtout les profs qui ont grimpé les échelons : chefs d’établissement, inspecteurs, directeurs de circonscription. Des postes à responsabilité, oui. Mais pas des postes de pouvoir. Pas assez pour que les politiques s’inquiètent quand, demain, ces retraités manifesteront devant le ministère de l’Éducation.

L’AERDS a tenté de sonner l’alerte en 2022. Sans succès. « On nous a reçus, raconte Mamadou Diop, trésorier de l’association. On nous a promis des études. Des études. » Traduction : on vous ignore. Pourtant, le problème n’est pas nouveau. Dès 2018, un rapport interne de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), le bras armé des retraites au Sénégal, pointait « un déséquilibre criant entre les cotisations des agents de l’État et le montant des pensions versées ». Sauf que ce rapport, personne ne l’a rendu public. Pourquoi ? Parce que ça fait mal.

Et puis il y a le détail qui tue : ces enseignants cotisaient sur 12 % de leur salaire brut, comme tous les fonctionnaires. Sauf que leur pension, elle, est calculée sur 50 % du traitement de fin de carrière. 50 %. Pas 100 %. Pas 80 %. À titre de comparaison, en France, un enseignant touche 75 % de son dernier salaire après 37,5 ans de service. Au Sénégal ? Entre 15 et 20 %.

Le pire ? Personne ne conteste.

L’État joue avec les chiffres

Le gouvernement sénégalais adore brandir ses « réformes ». En 2020, Macky Sall a annoncé « une revalorisation des pensions de 10 % ». Sauf que cette augmentation concernait seulement les retraités dont la pension dépassait 150 000 FCFA. Les autres ? Rien. Zéro. L’AERDS a calculé que sur 1 247 membres, seulement 23 ont bénéficié de cette hausse.

Et puis il y a l’argument du « budget ». « On ne peut pas tout faire », répétait un haut fonctionnaire anonyme en 2021. Sauf que le Sénégal dépense plus de 3 milliards FCFA par an en subventions pour les carburants. 3 milliards. Soit 30 fois le budget nécessaire pour revaloriser toutes les pensions des enseignants décisionnaires.

Alors oui, l’argent existe. Mais il va ailleurs.

La colère gronde, mais reste silencieuse

En 2022, une centaine d’enseignants retraités ont tenté une marche sur Dakar. Ils n’étaient que 30 à arriver. Les autres ? « On nous a dit que c’était trop dangereux », raconte Aissata Diallo, une ancienne prof de maths de Thiès. « On nous a dit que les médias ne couvriraient pas. Que personne ne nous écouterait. » Résultat : le mouvement s’est éteint avant même d’avoir commencé.

Pourtant, la grogne couve. Sur les groupes WhatsApp privés, les messages sont clairs : « On a trimé, on a encadré des générations, et maintenant on crève. » « Ils nous ont promis la lune, on a cotisé comme des fous, et aujourd’hui on nous donne des miettes. »

Le problème ? Personne ne les croit.

Ce que l’État ne veut pas voir

Il y a un détail que les politiques ignorent : ces enseignants ne sont pas des vieux radotages. Beaucoup ont moins de 60 ans. D’autres ont des enfants à charge. Et tous ont un sentiment d’injustice profond.

« On nous dit : ‘Vous avez eu un bon salaire’. Oui, mais pendant 30 ans ! Maintenant, on nous demande de vivre avec 80 000 FCFA ? », s’emporte Mamadou Diop. « Un loyer à Dakar coûte 120 000 FCFA. Les médicaments ? 50 000 FCFA pour un mois de traitement. Et après, on nous parle de ‘responsabilité individuelle’ ? »

Le vrai scandale ? Ce n’est pas la misère. C’est l’indifférence.

Le gouvernement sénégalais sait. La CNPS sait. Les syndicats d’enseignants actifs savent. Mais personne ne bouge.

La retraite, dernier combat ?

En 2024, l’AERDS prépare un nouveau coup de force. Une pétition nationale. Des témoignages filmés. Une pression médiatique ciblée. « On ne demandera pas la lune », prévient Aissata Diallo. « On demandera juste ce qui nous revient. 50 % de notre dernier salaire. Comme partout ailleurs. »

Le problème ? Le Sénégal n’est pas « partout ailleurs ».

Et si ces retraités échouent, ce ne sera pas faute d’avoir essayé. Ce sera parce que personne ne voulait vraiment les entendre.

Alors oui, leur combat est perdu d’avance. Sauf si vous les écoutez.

*(Et si vous ne le faites pas, préparez-vous à les voir débarquer devant votre porte.)

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R Galaxie Rédaction

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