À Dakar, la jeunesse et la sociĂ©tĂ© civile pointent les mensonges de la confĂ©rence sur l’eau

Alors que les reprĂ©sentants sĂ©nĂ©galais se prĂ©parent Ă  la confĂ©rence de l’ONU sur l’eau, les attentes de la sociĂ©tĂ© civile et des jeunes tranchent avec les promesses des États. Entre manque de moyens et stratĂ©gies floues, l’évĂ©nement risque de rester un théùtre d’illusions.

Publié le 21 octobre 2026 à 12:00
À Dakar, la jeunesse et la sociĂ©tĂ© civile pointent les mensonges de la confĂ©rence sur l’eau

Le 8 octobre 2023, Ă  Dakar, un atelier rĂ©unissait les futurs reprĂ©sentants du SĂ©nĂ©gal pour la confĂ©rence des Nations unies sur l’eau. Dans une salle climatisĂ©e du ministĂšre de l’Hydraulique, Cheikh Tidiane DiĂšye, le ministre, Ă©coutait. Mais ce qu’on lui disait ne devait pas le surprendre : la jeunesse, la sociĂ©tĂ© civile, et mĂȘme une partie du secteur privĂ©, ont les mĂȘmes constats. Et aucun ne ressemble Ă  ce qu’on entendra Ă  New York en mars 2024. Le problĂšme n’est pas l’eau. C’est la politique.

L’eau, on en parle depuis 30 ans. Les rĂ©sultats, jamais.

En 2023, 2,2 milliards de personnes vivent sans accĂšs Ă  l’eau potable, selon l’ONU. Un chiffre qui stagne depuis 2015. Pourtant, chaque confĂ©rence, chaque sommet, chaque rapport rĂ©pĂšte la mĂȘme litanie : « Il faut agir. » À Dakar, en 1992, on avait dĂ©jĂ  tout dit. À Johannesburg en 2002, aussi. À Istanbul en 2016, pareil. La diffĂ©rence cette fois ? Les jeunes ne veulent plus entendre parler de « solutions durables Ă  long terme ».

Un rapport de l’UNICEF publiĂ© en 2022 montre que 40 % des points d’eau au SĂ©nĂ©gal sont hors service. Pourquoi ? Parce que les pompes s’usent, parce qu’on ne forme pas assez de techniciens, parce que les budgets sont dĂ©tournĂ©s. Mais surtout, parce que personne ne vĂ©rifie. Les promesses se comptent en milliards. Les rĂ©alisations, en mĂštres cubes.

Le secteur privé joue les arbitres. Sans rÚgles.

À l’atelier de Dakar, un reprĂ©sentant de Veolia Ă©tait prĂ©sent. L’entreprise française, souvent pointĂ©e du doigt pour sa gestion des ressources en eau en Afrique, a Ă©tĂ© invitĂ©e Ă  participer aux discussions. ProblĂšme : ses intĂ©rĂȘts ne sont pas ceux des populations.

En 2020, une Ă©tude de l’ONG Public Services International rĂ©vĂ©lait que les contrats privĂ©s dans l’eau au SĂ©nĂ©gal gĂ©nĂ©raient des profits pour les actionnaires, mais pas d’amĂ©lioration pour les usagers. Pourtant, Ă  chaque confĂ©rence, les États et les multinationales serrent la main comme si tout allait bien.

Un jeune militant, qui a prĂ©fĂ©rĂ© rester anonyme, rĂ©sume : « On nous parle de partenariats public-privĂ© comme d’une solution miracle. En rĂ©alitĂ©, c’est juste une façon de privatiser les profits et de socialiser les pertes. » Personne ne le contredit.

La jeunesse sénégalaise veut du concret. Pas des discours.

À l’atelier, une Ă©tudiante en droit de l’environnement a sorti une carte. Dessus, en rouge, les zones sans accĂšs Ă  l’eau potable. En bleu, les projets annoncĂ©s. Le dĂ©calage est flagrant.

« On nous dit : ‘Attendez, on va rĂ©gler ça.’ Mais depuis combien de temps on attend ? » demande-t-elle. Sa question reste sans rĂ©ponse.

Le ministre DiÚye a promis des « engagements concrets ». Mais les jeunes savent une chose : les engagements, ça se signe sur du papier. Les réalisations, ça se boit.

Le vrai enjeu ? Qui contrîle l’eau. Et qui en paie le prix.

DerriĂšre les discours, il y a une guerre silencieuse. Celle des droits sur l’eau. Les États veulent garder le contrĂŽle. Les multinationales veulent en faire un marchĂ©. Les populations, elles, veulent simplement boire.

En 2010, la bataille de Rome pour l’eau avait opposĂ© les citoyens Ă  NestlĂ©. Aujourd’hui, Ă  Dakar, c’est la mĂȘme lutte. Sauf qu’ici, on ne crie pas. On nĂ©gocie.

Un responsable d’une ONG locale l’admet : « Les jeunes sont en colĂšre, mais ils n’ont pas les moyens de faire sauter les verrous. Alors ils essaient de les contourner. » Le problĂšme, c’est que les verrous sont partout.

New York en mars 2024. MĂȘme scĂ©nario ?

La confĂ©rence de l’ONU sur l’eau se tiendra du 22 au 24 mars. Les mĂȘmes acteurs. Les mĂȘmes promesses. Les mĂȘmes Ă©checs.

À Dakar, personne n’y croit plus. Sauf peut-ĂȘtre ceux qui ont quelque chose Ă  vendre.

La vraie question n’est pas « Comment gĂ©rer l’eau ? », mais « Qui dĂ©cide de sa gestion ? ». Et jusqu’à quand les populations devront-elles attendre ?

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R Galaxie Rédaction

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