Pourquoi l’Europe a laissé ses réservoirs à sec ?
Le 15 septembre 2023, la Commission européenne publie un rapport. Titre : « Stratégie de stockage du gaz pour l’hiver 2023-2024 ». Sous-titre implicite : « On va gérer, ne vous inquiétez pas ». Sauf que les chiffres mentent. Les stocks européens devraient être à 85 % de leur capacité en novembre. Ils sont à 72 %. En Allemagne, à 68 %. En France, à 70 %. Personne n’a rempli les cuves à temps.
Pourquoi ? Parce que Bruxelles a cru à la bonne foi des États. Parce que les lobbies du gaz ont poussé à vider les réserves l’été dernier pour « optimiser les coûts ». Parce que personne n’a osé dire que la Russie, en réduisant ses livraisons, jouait avec le feu. Et parce que les marchés, eux, parient toujours sur la prochaine crise pour faire grimper les prix.
Le résultat ? Les industriels paient le double pour chauffer leurs usines. Les particuliers voient leurs factures d’électricité bondir. Et les gouvernements ? Ils improvisent. La France annonce des « chèques énergie » en urgence. L’Allemagne relance ses centrales à charbon. L’Italie menace de nationaliser les prix. Trop peu, trop tard.
Le kérosène à 100 % : qui en profite vraiment ?
À l’aéroport de Paris-Orly, un avion décolle toutes les 45 secondes. Chaque vol brûle 3 000 litres de kérosène. À 1,50 € le litre, contre 0,70 € il y a un an, le coût du carburant a doublé. Les compagnies aériennes grognent, mais pas assez fort.
Air France-KLM a annoncé un bénéfice record en 2023 : +1,8 milliard d’euros. Ryanair, +1,5 milliard. Elles ont répercuté une partie des hausses sur les billets. Sauf que les passagers, eux, n’ont pas les moyens de payer. Résultat : les réservations en classe économique chutent de 20 % sur les trajets intra-européens. Les compagnies gagnent, les voyageurs perdent. Et l’État ? Il regarde ailleurs.
La Commission européenne a bien proposé un « mécanisme de solidarité » pour limiter les prix du kérosène. Sauf que ce mécanisme, c’est du vent. Les lobbies des compagnies pétrolières ont bloqué toute régulation sérieuse. Le kérosène reste une zone de non-droit.
Et puis, il y a le vrai problème : l’Europe dépend encore à 90 % du pétrole importé. La guerre en Ukraine a accéléré la recherche de alternatives, mais les biocarburants et l’électrique ne suffiront pas à court terme. On est en train de payer le prix de l’inertie.
Le gaz à 150 % : la faute à qui ?
À Amsterdam, le 10 octobre, un trader du marché à terme du gaz naturel rigole presque. 150 % de hausse en un an ? Pour lui, c’est une aubaine. Pour les PME néerlandaises, c’est la ruine. Le gaz, c’est le carburant des usines, des hôpitaux, des serres agricoles.
Prenez la région de la Ruhr, en Allemagne. 30 % des usines métallurgiques menacent de fermer parce qu’elles ne peuvent plus payer l’énergie. 30 %. Et personne ne bouge. Pourquoi ? Parce que les gouvernements européens ont une peur bleue des « chocs économiques ». Parce qu’ils croient encore que « le marché va se réguler tout seul ». Spoiler : il ne se régule pas.
Le vrai problème, c’est la spéculation. Les fonds d’investissement achètent du gaz comme on achète des actions. Ils parient sur la pénurie. Ils vendent quand les prix montent. Et les États ? Ils ferment les yeux. Parce que taxer ces fonds, ça fait peur. Parce que ça pourrait déclencher une crise financière. Alors on laisse faire.
Résultat : vos factures explosent, les usines ferment, et les traders s’en mettent plein les poches. C’est ça, le capitalisme.
Et maintenant, on fait quoi ?
À Bruxelles, les commissaires européens se réunissent en urgence. Ils parlent de « diversification des approvisionnements ». Traduction : « On va essayer d’acheter du gaz ailleurs. » Sauf que c’est trop tard.
L’Algérie et le Qatar ne peuvent pas combler le trou. La Norvège, oui, mais à quel prix ? Le gaz norvégien coûte déjà 30 % plus cher que le russe. Et puis, il y a le transport. Les terminaux de GNL sont saturés. Les bateaux mettent des semaines à arriver. On est en train de payer le prix de l’irresponsabilité.
La vraie solution ? Taxer massivement les profits des énergéticiens. Obliger les États à remplir les stocks avant l’hiver. Arrêter de croire aux miracles du marché.
Sauf que personne n’a envie de faire ça. Parce que ça coûterait cher. Parce que ça fâcherait les lobbies. Parce que ça remettrait en cause des décennies de libre-échange sauvage.
Alors on attend. On attend que les prix montent encore. On attend que les usines ferment. On attend que les citoyens se révoltent. Et après ? On fera semblant de s’en soucier.
Votre facture va encore monter. Voici pourquoi.
Parce que personne ne veut réguler les prix. Parce que les lobbies du pétrole et du gaz sont plus puissants que jamais. Parce que l’Europe a cru pouvoir ignorer la crise jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Le diesel va continuer à monter. Le kérosène aussi. Le gaz ? Il va encore exploser.
Et vous, vous allez payer.
Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : l’Europe a choisi son camp. Ce n’est pas le vôtre.