Elon Musk relance les empires du XIXe siècle

Les promesses futuristes d'Elon Musk masquent une réalité : le retour des oligarques, des monopoles et des rêves d'un monde où tout se décide dans un cercle ultra-fermé. Voici pourquoi son ambition technologique nous ramène à l'ère des Rockefeller et des Carnegie, avec des outils bien plus dangereux.

Publié le 18 octobre 2026 à 10:09
Elon Musk relance les empires du XIXe siècle

En 2023, un rapport de l’OCDE révélait que 5% des entreprises technologiques mondiales contrôlaient désormais 40% des brevets en IA. Cinq ans plus tôt, ce chiffre était de 12%. La concentration est telle qu’on en oublie presque le nom des acteurs. Pourtant, l’un d’eux domine tout le reste : Elon Musk. Pas seulement parce qu’il possède SpaceX, Tesla ou X (ex-Twitter), mais parce qu’il incarne une tendance bien plus large. Celle d’un capitalisme technologique qui, sous couvert de révolutionner l’avenir, réinvente les vieux schémas du passé, avec des moyens bien plus brutaux qu’à l’époque des barons du pétrole ou des chemins de fer. Et le plus ironique ? C’est que cette régression vers un monde où tout se décide entre quelques mains se fait au nom même de l’innovation et de la démocratisation du progrès. Le futur, en somme, se construit en copiant le XIXe siècle, mais en pire.

Pourquoi Musk est-il le parfait héritier des robber barons ?

On nous vend l’image d’un visionnaire, d’un homme qui pense à 100 ans d’avance. En réalité, Musk est le dernier avatar d’une longue lignée de magnats qui ont bâti leur empire en contrôlant les infrastructures critiques de leur époque. Rockefeller avec le pétrole, Carnegie avec l’acier, Musk avec l’énergie, l’espace et l’information. La différence ? Aujourd’hui, ces infrastructures ne sont plus des pipelines ou des rails, mais des algorithmes, des satellites et des réseaux neuronaux. Et comme à l’époque, ceux qui les possèdent dictent les règles.

Prenez Neuralink. L’entreprise promet de révolutionner la médecine en connectant le cerveau humain à des interfaces numériques. Un projet ambitieux, sans doute. Mais regardez de plus près : Neuralink n’a pas de concurrent sérieux. Pas parce que la technologie est trop complexe, mais parce que Musk a absorbé ou étouffé les alternatives. En 2020, il a racheté Maxwell Technologies, un acteur clé dans les batteries pour véhicules électriques, juste après avoir annoncé des retards majeurs chez Tesla. Coïncidence ? Peut-être. Stratégie ? Sans doute. Le résultat ? Un marché où une seule entreprise fixe les prix, les délais et les standards, comme Standard Oil à son apogée.

Et puis il y a X (ex-Twitter), où Musk a transformé une plateforme sociale en un fief personnel. Les règles y sont les siennes, les modérateurs aussi. Les utilisateurs ? Des sujets, pas des clients. En 2023, une étude de l’Université du Michigan a montré que les tweets de Musk généraient 3 fois plus d’engagement que ceux de tous les autres dirigeants technologiques réunis. Pas parce qu’il a un message plus fort, mais parce qu’il contrôle l’espace où ce message circule. C’est le retour du monopole éditorial, mais en version numérique.

L’illusion de la démocratisation

Musk vend ses projets comme des outils pour « libérer l’humanité ». SpaceX pour coloniser Mars, Tesla pour sauver la planète, X pour donner une voix à chacun. Sauf que la liberté, dans son univers, a un prix.

Prenez les abonnements payants sur X. Avant son rachat, Twitter était (à peu près) gratuit. Aujourd’hui, pour accéder à des fonctionnalités basiques comme les liens cliquables ou les recherches avancées, il faut payer. 11 dollars par mois. Un détail ? Pas vraiment. Parce que Musk a aussi supprimé les comptes vérifiés gratuits, forçant les médias et les influenceurs à souscrire. Résultat : une barrière à l’entrée qui favorise ceux qui peuvent payer, c’est-à-dire, ceux qui ont déjà du pouvoir.

Même chose avec les voitures Tesla. Le discours officiel ? « Démocratiser l’électrique ». La réalité ? En 2024, le modèle d’entrée de gamme, la Model 3, coûte 42 000 euros en Europe, soit deux fois plus qu’une Renault Zoé. Et les batteries ? Propriété exclusive de Tesla. Impossible d’en acheter ailleurs, même si vous roulez en voiture concurrente. C’est du lock-in pur et dur.

Pourtant, personne ne s’en offusque vraiment. Pourquoi ? Parce que Musk a réussi un tour de force : il a fait croire que son monopole était une révolution.

Le vrai danger : quand l’innovation devient un outil de contrôle

Le problème avec Musk, ce n’est pas qu’il soit riche ou ambitieux. C’est qu’il utilise les technologies les plus avancées pour recréer les pires mécanismes du capitalisme industriel, mais en les rendant impossibles à réguler.

Prenez l’IA. Musk en est un des grands promoteurs, via ses investissements dans des startups comme xAI. Mais l’IA, c’est aussi un outil de surveillance de masse, de manipulation algorithmique, de concentration des données entre quelques mains. En 2022, une enquête de l’UE a révélé que 90% des données utilisées pour entraîner les modèles d’IA provenaient de… trois entreprises : Google, Microsoft et Meta. Trois entreprises qui, comme par hasard, sont aussi celles qui financent les lobbies contre la régulation de l’IA. Le cercle est bouclé.

Et puis il y a la question de la propriété. Quand Musk parle de « civilisation multiplanétaire », il oublie de préciser que cette civilisation sera probablement propriétaire de ses membres. Grâce à Neuralink, il pourrait un jour contrôler, littéralement, ce que vous pensez. Grâce à Starlink, il maîtrise déjà une partie des communications mondiales. Grâce à Tesla, il dicte les standards de la mobilité électrique. Tout cela sous couvert de « progrès ».

Le pire ? Personne ne semble s’en soucier. Les régulateurs ferment les yeux, les médias adorent les histoires de fusées et de voitures futuristes, et le public, lui, est trop occupé à scroller sur X pour remarquer que le jeu est truqué.

Pourquoi personne ne bronche ?

Parce que Musk a réussi à confondre innovation et pouvoir. Quand Rockefeller vendait du pétrole, on pouvait boycotter Standard Oil. Quand Carnegie construisait des aciéries, on pouvait grèves ou manifester. Aujourd’hui ? Vous ne pouvez pas boycotter l’intelligence artificielle. Vous ne pouvez pas manifester contre les satellites. Et vous ne pouvez pas choisir une autre interface cerveau-machine que celle de Neuralink, parce qu’il n’y en a pas d’autre.

Il y a aussi l’effet « trop gros pour tomber ». Même si Musk échoue (et pour l’instant, il ne semble pas près de le faire), ses entreprises sont devenues des infrastructures critiques. SpaceX transporte des satellites pour l’armée américaine. Tesla dépend de subventions publiques. X est le principal réseau d’information pour des millions de gens. Les fermer ? Impossible. Les réguler ? Compliqué. Donc on fait semblant de ne rien voir.

Et puis, il y a la mythologie personnelle. Musk a construit son image sur celle du génie solitaire, de l’outsider qui défie les systèmes. Sauf qu’il est devenu le système.

En 2023, sa fortune était estimée à 200 milliards de dollars par Forbes. Pour comparaison, la fortune combinée des 100 plus grandes fortunes de France ne représentait que 180 milliards. Un seul homme pèse plus lourd que tout un pays. Et ce n’est pas un hasard s’il choisit de vivre dans un bunker high-tech plutôt que dans un palace. Parce qu’un bunker, ça se défend. Un palace, ça s’assiège.

L’avenir, c’est le retour en arrière

Le paradoxe de Musk, c’est qu’il incarne à la fois le futur et le passé. Il utilise les outils les plus modernes pour recréer les pires excès du capitalisme industriel. Sauf que cette fois, il n’y a pas de sortie.

À l’époque des robber barons, on pouvait encore imaginer un monde sans pétrole, sans acier, sans chemins de fer. Aujourd’hui ? On ne peut pas imaginer un monde sans IA, sans satellites, sans voitures électriques. Parce que ces technologies sont devenues indispensables. Et parce que Musk, et ceux qui jouent son jeu, les contrôlent.

Le pire ? Personne ne semble s’en rendre compte. On parle de ses échecs (les fusées qui explosent, les tweets absurdes), mais rarement de ce qu’il construit en silence : un empire où tout se décide entre quelques mains, où l’innovation sert à verrouiller les choix plutôt qu’à les élargir.

Alors oui, Musk regarde vers l’avenir. Mais il y ramène surtout le passé, et cette fois, il n’y aura pas de révolution pour le renverser.

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R Galaxie Rédaction

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