Le gaz, ce poison silencieux qui fait tout basculer
EDF a prévenu : sans gaz, pas d’électricité. Et sans gaz à prix raisonnable, pas de facture raisonnable. Or, depuis l’invasion de l’Ukraine, le gaz a pris 150 % en un an. Pas une hausse, une explosion. Les centrales à gaz, censées servir de filet de sécurité quand le nucléaire ou l’hydraulique lâchent, coûtent une fortune à faire tourner. Résultat ? Le prix de l’électricité est indexé sur celui du gaz, et personne ne peut désaccoupler les deux.
Prenez l’Allemagne : elle a fermé ses centrales à charbon pour des raisons écologiques, et maintenant, elle rachète du gaz russe à prix d’or via la Belgique. 10 milliards d’euros par mois, selon la Bundesnetzagentur. La France ? Elle fait pareil, mais en plus bricolé. Au lieu d’investir dans des centrales à gaz modernes et efficaces, elle a gardé ses vieux réacteurs des années 1970, qui consomment du gaz comme des fous et polluent deux fois plus.
Et puis il y a Engie, le géant français de l’énergie. En 2021, ils ont fermé des centrales à gaz en France pour se concentrer sur… l’Allemagne. Résultat ? Aujourd’hui, quand le vent ne souffle pas et que les barrages sont vides, la France doit importer de l’électricité allemande, payée au prix fort, avec du gaz cher dedans.
Le chiffre qui claque : selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE), le coût du gaz dans le mix électrique français a doublé en six mois. Doublé. Pas augmenté de 10 %, non : doublé. Et comme l’État ne peut pas subventionner indéfiniment, une partie de cette hausse va directement dans votre poche.
Pourtant, le gouvernement parle encore de « bouclier tarifaire ». Traduction : on va vous voler un peu moins cher cette fois. Bravo.
Le nucléaire, ce fantôme qui ne revient pas
En 2022, 50 % de l’électricité française venait du nucléaire. Cette année ? 30 %. Pas parce qu’on a moins besoin d’électricité, mais parce que les réacteurs tombent en panne un à un. Maintenance, corrosion, vieillissement… EDF a accumulé les retards, et maintenant, ils courent après le temps perdu.
Prenez Flamanville 3, ce réacteur censé être le fleuron de la nouvelle génération. 15 ans de retard. Coût : 12 milliards d’euros. Résultat ? Il ne produira même pas assez pour compenser la fermeture de Fessenheim, et il est déjà dépassé par les normes environnementales.
Et puis il y a l’EPR de Taishan, en Chine, qui a dû être arrêté en 2021 à cause de problèmes de corrosion. Même problème que chez nous. Coïncidence ? Non. Même conception, mêmes matériaux. EDF a su depuis 2015 que les cuves des réacteurs EPR étaient fragilisées, mais ils ont continué à les construire. Aujourd’hui, 12 réacteurs français sont à l’arrêt pour des raisons similaires.
Le gouvernement promet des « relances ». Traduction : on va essayer de faire redémarrer quelques réacteurs en urgence, avec des équipes qui enchaînent les 72 heures. Sauf que :
- Les pièces détachées mettent 6 mois à arriver (délais chinois + pénurie mondiale).
- Les techniciens sont épuisés, et EDF refuse d’embaucher massivement par peur des grèves.
- Personne ne veut toucher aux vieux réacteurs sans être sûr que ça ne va pas exploser. Littéralement.
Résultat ? On va manquer d’électricité cet hiver. Pas une pénurie totale, non, mais assez pour que les prix explosent quand la demande sera forte. Et comme on ne peut pas stocker l’électricité, le marché va s’emballer.
L’hydraulique, cette variable folle que personne ne maîtrise
En temps normal, l’hydraulique couvre 10 à 15 % de nos besoins. Cette année ? 5 %. Pourquoi ? Sécheresse. Les barrages de la Rhône, du Rhône, de la Loire sont à sec. Le lac du Bourget, en Savoie, est au plus bas depuis 1976. Les centrales hydrauliques tournent au ralenti, et certaines ont dû être arrêtées.
Le problème ? Personne ne peut prédire quand la pluie va revenir. Les modèles climatiques parlent de canicules prolongées jusqu’en octobre. Si c’est le cas, l’hydraulique va tomber à 3 %. Et comme on ne peut pas remplacer ça par du nucléaire ou du gaz (qui manquent aussi), on va devoir importer de l’électricité. À quel prix ? Celui du marché, soit 2 à 3 fois plus cher qu’en temps normal.
Le gouvernement compte sur « l’efficacité énergétique ». Traduction : « Consommez moins, vous allez voir, ça ira mieux. » Sauf que :
- Les usines tournent à plein régime (métallurgie, chimie…). Elles ne peuvent pas réduire leur production sans licencier.
- Les data centers et les crypto-monnaies consomment plus que jamais. Google, Amazon, Binance… Ils sucent l’électricité comme des vampires.
- Vous, vous allez devoir payer la note. Parce que si l’industrie consomme plus, le prix de l’électricité monte pour tout le monde.
Le marché, ce monstre que personne n’ose tuer
Voilà le vrai problème : l’électricité en France est devenue un produit de marché. Depuis 2010, on a privatisé RTE (Réseau de Transport d’Électricité), on a ouvert les frontières pour laisser les énergéticiens étrangers jouer avec les prix, et maintenant, on est prisonnier du système.
Comment ça marche ?
- Quand la demande est forte (hiver, canicule), les prix montent.
- Quand l’offre est faible (nucléaire en panne, hydraulique à sec), les prix montent encore.
- Comme EDF doit acheter de l’électricité pour revendre, ils paient le prix du marché. Et comme ils ne peuvent pas tout répercuter (à cause du bouclier tarifaire), ils perdent de l’argent. Résultat ? Ils réduisent les investissements dans les renouvelables.
Le gouvernement veut « recoupler » le prix de l’électricité du marché. Traduction : « On va vous voler un peu moins, mais on va garder le système qui fait exploser les prix. » Sauf que :
- Les marchés ne sont pas faits pour gérer les crises. Ils sont faits pour spéculer. Quand tout le monde panique, les prix s’envolent.
- Personne ne contrôle plus rien. Ni l’État, ni les régulateurs, ni même EDF. Les traders à Londres et Amsterdam parient sur la hausse, et comme ils ont plus de pouvoir que les gouvernements, ils gagnent.
Le dernier exemple en date : en février 2022, le prix du gaz a doublé en une semaine. Pourquoi ? Parce que des fonds spéculatifs ont misé sur la pénurie. Résultat ? Les factures ont explosé, et l’État a dû intervenir en urgence. Avec quel argent ? Le vôtre.
Ce que le gouvernement ne vous dit pas
Officiellement, Emmanuel Macron et Bruno Le Maire répètent : « On va limiter la hausse à 15 % pour les ménages. » Officieusement ? Ils savent très bien que ça va être bien plus.
Voici ce qu’ils ne disent pas :
- Les subventions coûtent cher. Le bouclier tarifaire de 2022 a coûté 10 milliards d’euros. Où va prendre cet argent ? Sur votre retraite ? Vos hôpitaux ? Vos routes ?
- Les renouvelables ne suffiront pas. Le solaire et l’éolien, c’est bien. Sauf que :
- Le vent ne souffle pas quand il fait froid.
- Le soleil ne brille pas la nuit.
- On n’a pas les réseaux pour transporter toute cette électricité (les lignes à haute tension mettent 10 ans à être construites).
- La France va devoir importer du charbon. Oui, vous avez bien lu. Du charbon. Parce que les centrales à gaz ne suffiront pas, et qu’on n’a pas le choix. EDF a déjà commandé des centrales à charbon en Allemagne pour pallier le manque. En 2023.
Le vrai choix, c’est entre deux mauvaises options :
- Laisser les prix exploser (et déclencher des émeutes).
- Nationaliser massivement (et faire fuir les investisseurs étrangers).
Le gouvernement a choisi la première option. Parce que la deuxième, ça veut dire des nationalisations, des conflits avec Bruxelles, et des années de blocages. Alors on fait semblant de gérer, on promet des boucliers, et on attend que la crise passe.
Sauf que cette fois, la crise ne passera pas.
Ce qui vous attend cet hiver
Voici le scénario le plus probable :
- Janvier-février : canicule tardive + demande industrielle forte = prix de l’électricité à 200-250 euros le MWh (contre 100-120 euros avant la crise).
- Mars-avril : redémarrage partiel du nucléaire, mais pas assez pour compenser. Importations massives d’électricité allemande (qui elle-même importe du gaz russe).
- Mai-juin : si la sécheresse persiste, l’hydraulique tombe à 2 %. Les prix restent élevés, même en été.
Résultat pour vous :
- Votre facture va augmenter de 30 à 50 % (selon votre consommation).
- Les industriels vont licencier pour réduire leurs coûts. Adieu les emplois en Lorraine, en Bourgogne, dans le Nord.
- Les renouvelables vont être sous-utilisées parce qu’on n’a pas les réseaux pour les raccorder. Des milliards d’euros gaspillés.
- L’État va encore emprunter pour payer les factures d’EDF. Votre dette va encore augmenter.
La bonne nouvelle ? Il n’y aura ni pénurie, ni black-out. La mauvaise ? Vous allez payer la note.
Alors, que faire ?
Rien. Absolument rien.
Le gouvernement n’a pas les moyens de faire autrement. Les marchés sont plus forts que lui. EDF est trop endetté pour investir massivement. Et vous ? Vous n’avez pas le choix.
Sauf si…
- Vous réduisez vraiment votre consommation. Pas « j’éteins la lumière en quittant une pièce », non : vous passez à 3 kWh/jour au lieu de 10. Vous achetez un radiateur d’appoint 1000 fois moins cher qu’une facture qui explose. Vous mangez moins de viande (l’élevage, c’est 20 % de la consommation électrique).
- Vous quittez la France. Pas pour aller en Espagne ou en Allemagne (même problème), mais au Portugal, en Grèce, ou en Turquie, où l’électricité est 3 fois moins chère.
- Vous attendez que ça s’effondre. Parce que si les prix restent comme ça, les Français vont se rebeller. Et quand le peuple se rebelle, les gouvernements changent.
Mais attention : si vous attendez, vous allez devoir payer la note jusqu’à la fin.
Alors ? Vous faites quoi ?
Moi, je vous le dis comme ça est : cette fois, le gouvernement ne peut rien pour vous. Pas vraiment. Alors soit vous vous adaptez, soit vous criez. Mais vous paierez.