Le minerval, c’est l’impôt invisible des universités riches
Les chiffres sont là, mais personne ne les commente. Pourtant, ils résument tout : l’État et les universités savent très bien que les étudiants ne peuvent plus payer. Le rapport 2023 de la Conférence suisse des recteurs des universités (CSRU) le confirme : 30 % des étudiants suisses vivent sous le seuil de pauvreté, avec moins de 2000 francs par mois après loyer. Pourtant, les minervaux augmentent, les frais de scolarité aussi, et les bourses stagnent. À l’EPFL, par exemple, le minerval est resté stable à 800 francs, mais les frais annexes (assurances, matériel, stages non rémunérés) ont explosé. Résultat : un étudiant en master doit souvent cumuler deux jobs pour survivre, et même comme ça, il triche sur les factures ou se loge dans des chambres insalubres.
Et puis il y a LeTec. Obligatoire pour tous les étudiants, quel que soit leur lieu de résidence, l’abonnement est un coup de poignard dans le dos. À Neuchâtel, où le loyer moyen d’un studio est de 1200 francs, un étudiant paie 550 francs par an pour LeTec. À Fribourg, où les loyers sont moins chers, l’abonnement coûte 480 francs. La logique ? Plus vous êtes pauvre, plus vous payez cher pour vous déplacer. Parce que LeTec ne distingue pas entre un étudiant qui habite à 5 minutes du campus et un autre qui doit faire 45 minutes de bus pour rejoindre son cours. C’est absurde. Et c’est calculé.
Les universités jouent avec le feu, mais les étudiants brûlent
Pourquoi personne ne réagit ? Parce que les universités ont un plan. Elles savent que les étudiants ne peuvent plus payer, mais elles préfèrent attendre que la crise éclate.
Prenez l’Université de Genève (UNIGE). En 2020, elle a lancé un plan de réduction des coûts pour les étudiants, mais en réalité, elle a juste réalloué une partie des économies réalisées sur le dos du personnel. Les professeurs et le personnel administratif voient leurs salaires gelés depuis cinq ans, tandis que les minervaux augmentent. Le message est clair : les étudiants paieront, les autres serrent les dents.
Et puis il y a les Hautes écoles spécialisées (HES). Là, la situation est encore pire. À la HES-SO Valais, le minerval est passé de 300 à 500 francs en deux ans. Pourquoi ? Parce que les cantons veulent rentabiliser leurs investissements. Les étudiants ne sont plus des étudiants, mais des clients. Des clients qu’on peut saigner sans que ça fasse de vagues.
LeTec : quand le transport devient un luxe
LeTec, c’est l’exemple parfait de ce qui ne va pas. Un système conçu pour les travailleurs, pas pour les étudiants.
- À Lausanne, un étudiant qui habite à Renens (où les loyers sont moins chers) paie 680 francs par an pour LeTec. Le même étudiant qui habite à Pully (où les loyers sont trois fois plus chers) paie le même prix. C’est n’importe quoi.
- À Bâle, où les loyers sont parmi les plus élevés de Suisse, l’abonnement LeTec coûte 720 francs. Pourquoi ? Parce que le canton veut maximiser ses recettes.
- À Sion, où les transports sont moins chers, l’abonnement coûte 420 francs. Mais les loyers y sont aussi moins chers. Coïncidence ? Non. C’est une politique.
Le pire ? Les étudiants n’ont pas le choix. Si vous refusez LeTec, vous êtes blacklisté. Pas de transport, pas de cours. C’est du chantage pur.
La précarité étudiante, c’est le nouveau business
Derrière ces chiffres, il y a une réalité : les universités et les cantons misent sur la précarité étudiante.
- Les minervaux augmentent parce que les budgets des universités sont serrés. Mais les salaires du personnel ne suivent pas.
- Les abonnements LeTec montent parce que les cantons veulent rentabiliser leurs investissements. Mais personne ne se soucie de savoir si les étudiants peuvent payer.
- Les loyers explosent parce que les villes universitaires attirent une main-d’œuvre jeune et pauvre. Mais les politiques du logement ? Elles ne changent pas.
Le résultat ? Les étudiants s’endettent, abandonnent leurs études, ou se tournent vers des formations moins chères (et moins bien payées).
Et les universités ? Elles ferment les yeux. Parce que tant que les étudiants paient, tout va bien. Même si ça les pousse à la ruine.
Ce qui va se passer maintenant
Les grèves étudiantes de 2023 ont montré que les étudiants ne sont plus prêts à se taire. Mais les universités et les cantons ne bougeront que sous la pression. Et cette pression, elle ne viendra pas des communiqués officiels.
- Les minervaux continueront d’augmenter, mais les bourses ne suivront pas.
- LeTec restera un outil de pression, avec des tarifs qui ne correspondent à aucune logique sociale.
- Les loyers exploseront, et les étudiants devront choisir entre manger et payer leur abonnement.
La seule issue ? Que les étudiants arrêtent de payer. Pas en masse, pas de manière désorganisée, mais en refusant collectivement de financer un système qui les broie. Parce que si personne ne paie, les universités ne pourront plus ignorer le problème.
Et ça, les recteurs et les conseillers d’État le savent très bien.