Pourquoi personne ne parle de la vraie question : la qualité, bordel
Le Landerneau littéraire a réagi comme un seul homme. D’abord, les médias ont sorti le grand jeu du racisme : Orélien est noir, son éditeur est blanc, son livre parle de la condition postcoloniale, donc évidemment, c’est une attaque raciste. Sauf que non. Le vrai problème, c’est que Les Ombres de la Seine se lit comme un CV d’étudiant en lettres qui a trop bu de café et pas assez lu. Des phrases alambiquées pour rien, des métaphores qui tombent à plat, un style qui oscille entre le lyrisme de pacotille et le jargon sociologique recyclé. Un livre qui se vend bien parce qu’il a un auteur photogénique et un titre qui fait influenceur, pas parce qu’il mérite d’être lu.
Et là, vous vous dites : « Mais c’est normal, les premiers romans sont souvent boursouflés ! » Peut-être. Sauf que ce n’est pas un premier roman qui sort de nulle part. C’est un livre édité par Gallimard, primé par L’Obs, encensé par les critiques. Un livre qui a coûté une fortune en droits d’auteur, en frais de promotion, en salaires d’éditeurs. Et si on regarde les chiffres, ça devient gênant : selon une étude de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) publiée en 2022, seulement 12% des Français lisent un livre pour le plaisir chaque semaine. Le reste ? Des best-sellers grand public, des polars, ou des pavés littéraires qu’ils achètent parce que leur copain en parle sur Instagram. La littérature, celle qui compte, celle qui se travaille, celle qui demande du temps et de l’effort ? Elle se noie.
Orélien n’est pas un cas isolé. En 2023, Le Point révélait que 30% des manuscrits soumis aux éditeurs français contenaient des traces d’IA, selon un sondage interne au Syndicat de la Librairie Française. Trente pour cent. Pas des rumeurs, des faits. Et les maisons d’édition ? Elles ferment les yeux. Pourquoi ? Parce que publier un livre, aujourd’hui, c’est avant tout un business. Un auteur qui se vend, c’est un auteur qui rapporte. Peu importe comment il a écrit. Peu importe si son texte tient debout. Ce qui compte, c’est le buzz.
L’IA, c’est le symptôme, pas la maladie
L’IA, c’est la cerise sur le gâteau pourri. Le vrai problème, c’est que la littérature française a perdu son âme depuis longtemps. Elle est devenue un produit comme un autre. Les éditeurs publient ce qui se vend, les critiques encensent ce qui fait du bruit, et les auteurs écrivent pour les algorithmes, pas pour la postérité. Orélien n’a pas triché parce qu’il est malin. Il a triché parce que personne ne vérifie plus.
Prenez les prix littéraires. Le Goncourt, le Renaudot, le Femina… Ces prix, aujourd’hui, récompensent souvent des livres qui ressemblent à ce qu’on attend d’un livre primé. Des histoires lourdes, des styles prétentieux, des thèmes engagés qui font joli dans les débats télé. Pas des livres qui bougent, qui dérangent, qui forcent à réfléchir. En 2021, une enquête de Mediapart montrait que 40% des lauréats du Goncourt depuis 2010 avaient déjà été publiés dans des collections grand public avant leur prix, comme si le jury récompensait moins un talent qu’une stratégie éditoriale. La littérature est devenue un concours de communication.
Et l’IA dans tout ça ? Elle accélère juste le processus. Au lieu d’écrire un livre en trois ans, avec des nuits blanches et des relectures à l’infini, hop : trois mois, un prompt bien tourné, et voilà. Un texte qui a l’air littéraire, mais qui n’a aucune épaisseur. Sauf que les éditeurs s’en foutent. Parce qu’un livre généré par IA, ça se vend. Ça se médiatise. Ça fait des clics. Et ça évite de prendre des risques.
Le vrai scandale, c’est qu’on s’en fiche
Le plus drôle dans cette histoire, c’est la réaction des intellectuels. Les mêmes qui passent leur temps à geindre sur « la fin de la culture » ou « la mort du livre » se sont empressés de défendre Orélien. Pas parce qu’ils croient en son talent, mais parce qu’ils ont peur. Peur que si on commence à gratter, on découvre que la moitié des auteurs à la mode fonctionnent comme ça. Peur que les lecteurs, déjà peu nombreux, se détournent encore plus. Peur que l’édition française, déjà en crise, s’effondre complètement.
Pourtant, la question devrait être simple : est-ce qu’un livre écrit avec une IA mérite d’être lu ? La réponse, c’est non. Pas parce que c’est immoral, mais parce que ça n’a aucun intérêt. Un livre, c’est une expérience unique. Celle d’un auteur qui a vécu quelque chose, qui a transformé sa colère, sa joie, son désespoir en mots. L’IA, elle, ne vit rien. Elle recrache des phrases qui ont déjà été dites, dans un ordre qui a déjà été testé. C’est de la littérature McDo.
Alors bien sûr, vous allez me dire : « Mais les classiques, eux, ils ont été écrits avec les moyens de leur époque ! » Oui, et aujourd’hui, on a des outils qui permettent de tricher bien plus facilement. Le problème, ce n’est pas l’outil, c’est l’usage qu’on en fait. Si un auteur utilise une IA pour pondre un roman entier sans y mettre un mot de lui, c’est de la fraude. Point. Pas une question de morale, une question de cohérence.
Ce qui va changer, et ce qui ne changera jamais
Alors, que va-t-il se passer ? Rien. Rien du tout.
Les éditeurs continueront à publier des livres qui se vendent, peu importe comment ils sont écrits. Les critiques continueront à encenser ce qui fait joli dans les dîners en ville. Les lecteurs continueront à acheter des livres parce qu’ils ont l’impression que ça les rend cultivés, sans jamais les ouvrir. Et les auteurs comme Orélien ? Ils feront semblant de s’excuser, ils sortirai un deuxième livre vraiment écrit cette fois (ou pas), et tout le monde oubliera.
Sauf que. Sauf qu’il y a un détail qui cloche.
Ce détail, c’est que les gens qui aiment vraiment lire savent reconnaître la merde. Ils sentent quand un texte est creux, quand une phrase a été générée par un algorithme, quand un auteur a triché. Et eux, ils ne sont pas près d’oublier. Ils sont juste en train de se dire : « On arrête les conneries. »
Déjà, les plateformes comme Kindle ou Kobo commencent à intégrer des détecteurs d’IA dans leurs algorithmes de recommandation. Résultat ? Les livres trop lisses, ceux qui sentent le prompt à 10 km, voient leurs ventes chuter. Parce que les lecteurs, eux, ils ont un nez.
Et puis, il y a les alternatives. Les petits éditeurs indépendants, les collectifs d’auteurs, les plateformes comme Anatoo ou Kowloon qui misent sur le vrai talent, pas sur les effets de mode. La littérature ne meurt pas. Elle se réinvente.
Alors oui, Orélien a merdé. Oui, Gallimard a merdé. Oui, les critiques ont merdé. Mais le pire, c’est que personne ne semble s’en soucier. Parce que dans ce monde, la seule chose qui compte, c’est l’image. Pas le fond. Pas la vérité. Juste le buzz.
Et ça, ça ne changera jamais.
Sauf si vous arrêtez d’acheter leurs livres.