Pourquoi voter avant, c’est presque devenu la norme
En 2018, 18,5 % des électeurs avaient voté par anticipation. Quatre ans plus tard, le chiffre a bondi de près de 7 points. Pas parce que les Québécois sont soudainement devenus plus démocrates. Mais parce que voter avant, c’est plus simple. Moins de files d’attente, pas de pression du dernier jour, et surtout, pas besoin de justifier sa présence devant son patron. Le DGEQ a même élargi les horaires cette année : certains bureaux restent ouverts jusqu’à 20h, comme si on faisait une faveur aux travailleurs. Pourtant, le vrai changement, c’est ailleurs : dans les têtes. Voter avant, c’est un peu comme commander sa pizza en ligne. On s’y fait. Et après, on ne veut plus revenir en arrière.
Mais attention : ce n’est pas tout le monde qui en profite. Les jeunes, par exemple, votent moins souvent en avance. Selon une étude de l’Université de Montréal publiée en 2023, seulement 15 % des 18-24 ans avaient utilisé ce système en 2022. Pourquoi ? Parce que les jeunes votent moins, point. Et quand ils votent, c’est souvent par habitude, pas par calcul. Le vote par anticipation, c’est un luxe pour ceux qui ont déjà l’habitude de voter. Ceux qui ne le font pas depuis des années ? Ils ne voient pas l’intérêt.
Le vrai problème, c’est que ça ne change pas grand-chose.
Les partis politiques, eux, s’en réjouissent. Moins de concentration des votes le jour J, moins de risques de désordre. Moins de surprises, aussi. Parce que quand la majorité des gens votent avant, les sondages d意見調査 deviennent encore plus fiables. Les partis ajustent leur discours en conséquence. Résultat : le jour du scrutin, il ne reste souvent que ceux qui n’avaient pas le choix, ou ceux qui veulent faire un coup d’éclat. En 2022, le taux de participation global était de 71,8 %. Un bon score. Mais si on enlève les votes par anticipation, le chiffre chute. Et ça, personne n’en parle.
Ce que les partis ne disent pas sur ce vote anticipé
La Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti Québécois (PQ) misent sur ce système. Pourquoi ? Parce que ça leur donne plus de temps pour mobiliser leurs troupes. Pas besoin de tout faire en une journée. Les meetings peuvent s’étaler sur une semaine. Les appels téléphoniques, les messages texte, les visites de porte-à-porte, tout ça se fait en amont. Et après, le jour J, il ne reste que les indécis. Ceux qui n’ont pas encore choisi leur camp. Ceux que les partis veulent absolument convaincre.
Mais il y a un hic. Les bureaux de vote par anticipation ne sont pas partout. À Montréal, oui. Dans les petites villes, parfois. Mais dans les régions éloignées ? Souvent, il faut prendre le bus ou faire des kilomètres. En 2022, le DGEQ a reçu des plaintes de citoyens des Laurentides et de la Gaspésie qui devaient se déplacer exprès pour voter avant. Résultat : certains attendent le jour officiel. Parce que sinon, c’est trop compliqué.
Et puis, il y a la question de la transparence.
Quand la majorité des votes arrivent avant le scrutin, les observateurs internationaux, comme ceux de l’Organisation des États américains (OEA), commencent à poser des questions. Est-ce que ça fausse le jeu ? Est-ce que les partis utilisent des pressions informelles pour pousser leurs électeurs à voter tôt ? En 2022, des rumeurs ont circulé sur des militants qui appelaient les électeurs pour leur rappeler de voter avant, avec des arguments du style « Si tu votes maintenant, t’es sûr de pas oublier ». Officiellement, rien à voir avec du harcèlement. Mais dans les faits, ça ressemble à une stratégie.
Le jour J, il ne reste que les marginaux
Le 2 octobre, quand les bureaux de vote par anticipation auront fermé, il ne restera plus que ceux qui votent le jour même. Les indécis. Les protestataires. Ceux qui veulent faire un geste politique. En 2022, la participation ce jour-là était de 47,2 %. Un chiffre en baisse constante depuis 2014. Parce que les gens votent quand ça leur arrange. Pas quand c’est compliqué.
Le pire ? Les partis s’en accommodent. La CAQ et le PQ savent très bien que ceux qui votent le jour J sont souvent plus radicaux. Plus critiques. Plus difficiles à convaincre. Alors ils les ignorent. Ils misent sur le vote anticipé, où leurs bases sont déjà acquises. Et après, ils font semblant de s’étonner quand les sondages ne collent pas à la réalité.
Le vote par anticipation, c’est le symptôme d’un problème plus large.
Les Québécois ne vont plus aux urnes parce que c’est une obligation. Ils y vont parce que c’est pratique. Parce que c’est comme commander une pizza. Pas parce que ça compte vraiment. Et les partis, eux, en profitent. Ils savent que leurs électeurs votent tôt, alors ils adaptent leur discours. Résultat : le jour J, il ne reste que les perdants du système. Ceux qui n’ont pas les moyens de voter quand ça leur chante. Ceux qui n’ont pas les codes.
Ce que ça dit de nous
En 2022, le premier ministre François Legault a célébré le record de participation. « Les Québécois se mobilisent, c’est une bonne nouvelle », a-t-il dit. Sauf que non. Ce n’est pas une mobilisation. C’est une habitude. Une routine. Voter avant, c’est comme aller chercher son pain le matin en passant devant la boulangerie. On le fait parce que c’est là, pas parce que c’est important.
Le vrai problème, c’est que le vote anticipé ne change rien à l’essentiel. Les partis gagnent quand même. Les électeurs votent quand même comme d’habitude. Et les indécis, eux, restent sur le carreau.
Alors oui, les bureaux ouvrent ce dimanche. Les gens iront voter. Mais derrière ce chiffre record, il y a une question qui dérange : et si, au fond, on s’en foutait un peu ?