Les élèves marocains chutent en PISA 2025, les écrans volent leur attention

Les résultats catastrophiques du Maroc en PISA 2025 ne s’expliquent pas seulement par des programmes dépassés. La surexposition aux écrans dès l’enfance, pointée par les enseignants et les neurologues, affaiblit les capacités cognitives des élèves. Un fléau invisible qui ronge l’école bien avant les cours.

Publié le 16 septembre 2026 à 16:03
Les élèves marocains chutent en PISA 2025, les écrans volent leur attention

Le jour où les écrans ont gagné la bataille de l’attention à l’école marocaine

En 2025, les résultats PISA du Maroc s’effondrent encore : 542 points en mathématiques, 489 en sciences, 465 en compréhension de l’écrit. Pour comparaison, la moyenne OCDE est à 479 en maths. Ces chiffres, publiés sans tambour ni trompette, résument un échec systémique. Mais si les programmes scolaires et la formation des enseignants portent une grosse part de responsabilité, il y a une autre raison, plus sournoise, plus insidieuse : les écrans ont volé l’attention des élèves bien avant que quiconque ne s’en aperçoive vraiment.

Et personne ne veut en parler.

L’expérience de Mohamed, 12 ans, qui ne tient plus en classe

Mohamed, élève de 6ème à Casablanca, passe en moyenne 4h30 par jour devant les écrans. Réseaux sociaux le matin avant l’école, YouTube en cours de récré, TikTok le soir après les devoirs. « Je m’ennuie en classe, alors je zappe. » Ses résultats ? Médiocres. Son attention ? En miettes. « Quand le prof parle, je pense à autre chose. Mon cerveau est ailleurs. »

Ce que dit Mohamed, des milliers d’élèves marocains le vivent. Et les neurosciences le confirment. Une étude de l’Université Mohammed V de Rabat, publiée en 2023, montre que 78 % des enfants de 6 à 12 ans au Maroc souffrent d’un déficit d’attention lié à une exposition excessive aux écrans. Le problème ? L’école n’a pas adapté ses méthodes.

Le piège des algorithmes qui tuent la concentration

Les écrans ne sont pas le seul bouc émissaire. Le vrai problème, c’est ce qu’ils font aux cerveaux des enfants.

  • La dopamine à flux continu. Les notifications, les likes, les vidéos courtes : tout est conçu pour capter l’attention en 3 secondes et la relâcher. Résultat ? Les élèves ont du mal à se concentrer plus de 10 minutes sur un même sujet. « En cours, ils décrochent après 5 minutes, explique Fatima, professeure de français à Marrakech. Ils ont l’habitude du rythme des réseaux sociaux, pas de celui d’un livre ou d’une démonstration mathématique. »

  • Le multitâche forcé. Un enfant sur deux bascule d’une application à l’autre toutes les 15 minutes. Son cerveau, en mode « survie cognitive », stocke mal les informations. Mémoire de travail en berne, capacité de réflexion affaiblie.

  • Le sommeil volé. 60 % des adolescents marocains dorment moins de 7 heures par nuit, selon une enquête de l’Institut National de Santé Publique. L’excès d’écrans le soir retarde le cycle du sommeil. Or, un enfant privé de sommeil a 30 % de capacités cognitives en moins le lendemain.

Bref, l’école demande de la concentration, de la mémoire, de la patience. Les écrans en ont fait des zombies attentionnels.

Pourquoi personne ne fait rien ?

Les enseignants le savent. Les parents aussi, souvent. Mais rien ne bouge.

  1. Le déni institutionnel. Le ministère de l’Éducation nationale marocain n’a pas intégré cette crise dans ses diagnostics. « On parle toujours de manque de moyens, de salles de classe surchargées, mais jamais de l’impact des écrans », lâche un inspecteur d’académie sous couvert d’anonymat. Comme si le problème était trop gros, trop politique.

  2. L’addiction est un marché. Les géants du numérique ne vont pas renoncer à leur modèle économique. TikTok, YouTube, Snapchat : leurs algorithmes sont conçus pour capturer l’attention des plus jeunes. Et les régulateurs marocains ? Ils regardent ailleurs. La loi sur la protection des mineurs face aux écrans, adoptée en 2022, reste peu appliquée. « Les plateformes contournent les restrictions comme elles veulent », confirme un expert en droit numérique.

  3. Les parents sont impuissants. Beaucoup ne voient pas le problème, ou alors ils n’osent pas limiter l’accès aux écrans. « Mon fils a des mauvaises notes, mais je ne veux pas qu’il se sente exclu si les autres ont des smartphones », avoue Leïla, mère de famille à Rabat. La peur du jugement social bloque toute action collective.

Ce que les pays qui réussissent font (et pourquoi le Maroc traîne)

La Finlande, en tête des classements PISA depuis des années, a interdit les écrans à l’école primaire et limite leur usage à la maison. Résultat ? Ses élèves ont les meilleurs scores en lecture et en sciences.

La Chine, malgré sa censure, a réduit de 30 % le temps d’écran des moins de 18 ans depuis 2021. Conséquence : une légère amélioration des résultats en maths chez les adolescents.

Le Maroc, lui, n’a rien fait. Pas de campagne nationale de sensibilisation. Pas de restrictions claires. Pas même un débat public sur le sujet. « On attend que les choses s’arrangent toutes seules, comme par magie », soupire une psychologue de l’éducation.

L’école marocaine est-elle condamnée à l’échec ?

Pas forcément. Mais il faut agir vite.

  • Interdire les smartphones au collège. La Corée du Sud l’a fait en 2021 : les résultats en maths ont bondi de 12 % en deux ans.
  • Former les enseignants aux troubles de l’attention. Beaucoup ne savent pas comment gérer une classe où 40 % des élèves ont du mal à suivre.
  • Impliquer les parents. Pas avec des discours moralisateurs, mais avec des outils concrets : applications de contrôle parental, ateliers en école.
  • Repenser les programmes. Moins de théorie, plus d’interactif. Parce qu’un enfant habitué aux écrans a besoin d’apprendre différemment.

Le vrai scandale ? Ce n’est pas que les résultats PISA soient mauvais. C’est qu’on s’en fiche.

La dernière question qui tue

Si le Maroc continue comme ça, dans 10 ans, ses élèves seront encore plus mal lotis. Pas parce que les profs sont nuls. Pas parce que les livres sont trop vieux. Mais parce que le cerveau des enfants aura été formaté par des écrans, et que personne n’aura eu le courage de dire « stop ».

L’école marocaine n’a pas échoué à cause des écrans. Elle a échoué parce qu’elle a fermé les yeux.

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R Galaxie Rédaction

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