Le 14 octobre 2026, le rectorat de l’UNIKIS a signé un arrêté sec : plus de stages cliniques pendant 30 jours. Pas de négociation. Pas de débat. Juste un point final, comme si on éteignait une lumière. Les étudiants en médecine de Kisangani, eux, se retrouvent avec un calendrier en miettes et une question qui claque : à quoi bon étudier si l’hôpital vous ferme ses portes quand il faut apprendre ? La résurgence d’Ebola dans la Tshopo justifie la mesure. Mais derrière ce communiqué lisse, il y a autre chose : un système qui recule quand il devrait anticiper, et des vies en attente, suspendues comme les stages eux-mêmes.
Pourquoi 30 jours ? Personne ne sait vraiment
Le chiffre est arbitraire. 30 jours, c’est le temps qu’il faut pour que les choses se calment ? Pour que les autorités respirent ? Pour que les médias passent à autre chose ? Officiellement, c’est la prudence. Inofficiellement, c’est l’admission que personne n’a de plan B.
En 2022, la RDC a enregistré 119 cas confirmés d’Ebola dans la province du Nord-Kivu, selon l’OMS. Trois ans plus tard, le virus resurgit à Kisangani, et la réponse reste la même : on coupe, on isole, on attend. Pas de stratégie de dépistage massive. Pas de formation accélérée du personnel soignant. Juste l’arrêt des stages, comme si les étudiants étaient des variables d’ajustement dans une équation sanitaire déjà pourrie.
Et puis, il y a le détail qui saute aux yeux : les cliniques universitaires continuent d’accueillir des patients. Alors pourquoi les stages ? Parce que les étudiants, eux, ne sont pas équipés comme des soignants confirmés. Parce qu’on ne peut pas leur dire : « Désolé, mais vous allez devoir voir des malades sans protection, c’est comme ça. » Non. On préfère les envoyer chez eux, avec un certificat de suspension et l’espoir que le virus ait disparu dans un mois.
L’UNIKIS joue les pompiers pyromanes
La décision de l’UNIKIS est à la fois logique et stupide. Logique, parce que le risque est réel. Stupide, parce que ça ne règle rien.
Prenez le cas des Cliniques universitaires de Kisangani. Elles restent ouvertes, mais qui va soigner les patients si les étudiants ne peuvent pas y mettre les pieds ? Les professeurs ? Les infirmiers ? La réponse est simple : non, ça ne marche pas. Un hôpital sans étudiants en médecine, c’est comme une voiture sans roues. Ça peut rouler un moment, mais tôt ou tard, ça cale.
Et puis, il y a la question que personne ne pose : pourquoi les stages reprennent-ils après 30 jours ? Parce que le virus aura disparu ? Parce que les autorités auront enfin un plan ? Ou parce que l’UNIKIS aura décidé que le risque était « acceptable » ?
Le vrai problème, c’est que personne ne mesure l’impact de cette suspension. Combien d’étudiants vont rater des semestres ? Combien vont abandonner, las de voir leur formation sans cesse perturbée par des crises qu’on ne parvient pas à anticiper ? L’UNIKIS répond aux urgences, mais elle ne prépare pas l’avenir. Et ça, c’est une faute bien plus grave que la propagation d’un virus.
Le vrai scandale : on sait depuis des années que ça allait arriver
En 2018, l’OMS avait tiré la sonnette d’alarme : la RDC était le pays le plus à risque d’épidémie d’Ebola en Afrique. Pourquoi ? Parce que les infrastructures sanitaires sont défaillantes, parce que les populations sont méfiantes envers les campagnes de vaccination, et parce que les universités de médecine forment des générations de soignants sans leur donner les moyens d’affronter les crises.
À Kisangani, l’UNIKIS n’est pas une exception. Elle est le symbole d’un système qui réagit toujours après le drame, jamais avant. Les stages suspendus ? Une mesure d’urgence. Les étudiants perdus ? Un dommage collatéral. Les patients qui manquent de soins ? « C’est la guerre. »
Mais la guerre, justement, ça se prépare. Et là , on voit bien que personne n’a préparé grand-chose.
Prenez l’exemple des Cliniques universitaires. Elles disposent-elles de protocoles renforcés pour les périodes d’épidémie ? Les étudiants sont-ils formés aux gestes barrières avant même d’entrer en stage ? Les réponses, si elles existent, sont gardées secrètes. Parce que parler de ces lacunes, ça voudrait dire admettre que l’UNIKIS et les autorités sanitaires ont échoué à se doter des outils nécessaires.
Ce que ça signifie pour les étudiants : une formation à géométrie variable
Pour un étudiant en médecine à Kisangani, la suspension des stages, c’est un coup dans les dents. Pas seulement parce que ça retarde son diplôme, mais parce que ça envoie un message clair : « Ton éducation dépend des caprices d’une épidémie. »
Imaginez : vous passez trois ans à étudier l’anatomie, la pharmacologie, les maladies infectieuses… pour vous retrouver un jour avec l’ordre de rentrer chez vous parce qu’un virus a décidé de faire des siennes. Ça n’a aucun sens.
Et puis, il y a l’injustice. Ceux qui ont déjà validé quelques stages se retrouvent lésés deux fois : une fois par la suspension, une autre fois parce que leurs pairs, moins avancés, vont pouvoir rattraper leur retard. Le système ne compense pas. Il punit.
L’UNIKIS pourrait, au moins, proposer des modules de formation en ligne sur les maladies infectieuses. Des simulations. Des études de cas. Rien. Pas un mot. On suspend, et on attend que les choses reviennent à la normale. Comme si la normale, c’était un monde sans Ebola.
La vraie question : et après les 30 jours ?
Le 14 novembre 2026, les stages reprendront. Ou pas. Parce que si Ebola est toujours là , l’UNIKIS n’aura pas d’autre choix que de prolonger la suspension. Et si le virus a disparu ? Eh bien, les étudiants devront rattraper le retard, et personne ne leur garantit que ça ne recommencera pas dans six mois.
Le problème, c’est que personne ne se pose la bonne question : « Comment éviter que ça recommence ? »
Au lieu de ça, on se contente de gérer l’urgence. On ferme les stages. On espère que le virus s’en ira. On fait semblant de croire que 30 jours de pause suffiront à tout régler.
Mais la réalité, c’est que l’UNIKIS et les autorités sanitaires jouent à un jeu dangereux. Celui où on croit que les crises sont des accidents, pas des symptômes d’un système malade.
La leçon de Kisangani : quand l’impréparation devient une politique
L’histoire de cette suspension de 30 jours, vous la reverrez. Pas à Kisangani, peut-être, mais ailleurs. Parce que l’Afrique centrale, et la RDC en particulier, sont des laboratoires à ciel ouvert où l’on teste des réponses inadaptées à des crises évitables.
Le vrai scandale, ce n’est pas Ebola. C’est qu’on laisse des universités comme l’UNIKIS former des générations de soignants sans leur donner les moyens d’agir. C’est qu’on préfère suspendre des stages plutôt que de construire des hôpitaux résilients. C’est qu’on attend toujours que le feu prenne avant d’allumer les pompes.
Alors oui, les stages sont suspendus. Mais ce qui est vraiment en pause, c’est la volonté de changer les choses avant qu’il ne soit trop tard.