Duralex vendue à un fonds chinois, ses usines françaises en suspens

Le groupe français Duralex, symbole du verre made in France, vient d’ĂȘtre rachetĂ© par un fonds chinois. RĂ©sultat : ses usines en Loiret et en Bourgogne restent sans repreneur clair, malgrĂ© des centaines d’emplois en jeu. Une vente qui pose une question simple : et si l’excellence industrielle française n’intĂ©ressait plus personne ?

Publié le 14 octobre 2026 à 16:08
Duralex vendue à un fonds chinois, ses usines françaises en suspens

Un verre, une usine, et un doute qui s’installe

Ce matin-lĂ , Ă  La Chapelle-Saint-Mesmin, prĂšs d’OrlĂ©ans, un salariĂ© de Duralex vĂ©rifie la rĂ©sistance d’un verre en verre borosilicate. Sous ses doigts, le matĂ©riau rĂ©siste, comme toujours. Pourtant, quelque part dans les bureaux de Hong Kong, une dĂ©cision vient d’ĂȘtre prise qui pourrait tout changer : le groupe français, connu pour ses verres indestructibles, vient d’ĂȘtre rachetĂ© par un fonds chinois. Officiellement, c’est une opĂ©ration financiĂšre classique. Officieusement, ça sent le dĂ©sengagement.

Duralex, c’est 1 200 salariĂ©s en France, deux sites industriels, l’un en Loiret, l’autre en Bourgogne, et une rĂ©putation mondiale. Depuis 1954, l’entreprise a bĂąti son empire sur un produit simple : un verre qui ne se brise pas. Sauf que maintenant, le verre tremble.

Le fonds chinois qui a tout acheté  sans rien garantir

Le nom du repreneur ? China National Chemical Corporation (ChemChina), un gĂ©ant de l’industrie chimique. Un groupe qui, en 2017, avait dĂ©jĂ  tentĂ© de racheter Syngenta, le gĂ©ant suisse des pesticides, avant d’y renoncer. Cette fois, pas de nĂ©gociation. Duralex est Ă  eux. Sauf que personne ne sait vraiment ce qu’ils comptent en faire.

Le problĂšme ? ChemChina a achetĂ© l’entreprise, pas les usines. Or, en France, une usine, ça ne se vend pas comme un stock de verres. Ça se transfĂšre, ça se modernise, ça se garde
 ou ça se ferme. Et lĂ , le silence est assourdissant. Les salariĂ©s, eux, attendent. Les sous-traitants aussi. Les collectivitĂ©s locales, qui misent sur ces emplois depuis des dĂ©cennies, commencent Ă  s’inquiĂ©ter.

« On nous a promis que rien ne changerait », lance un syndicaliste de la CGT, sous couvert d’anonymat. « Sauf que maintenant, on nous dit qu’il faut ‘rĂ©organiser’. Traduction : on va voir ce qu’on va voir. »

La Loiret et la Bourgogne, deux régions qui misent sur du vent

À La Chapelle-Saint-Mesmin, l’usine tourne encore. Pour l’instant. Mais les investissements ? Ils se rarĂ©fient. « Avant, on avait des projets pour automatiser certaines lignes, explique un cadre technique. LĂ , on nous demande de ‘faire avec’. »

CĂŽtĂ© Bourgogne, Ă  ChĂątillon-sur-Seine, c’est la mĂȘme histoire. L’usine, qui emploie 300 personnes, fabrique des verres techniques pour l’industrie. « On est un joyau, mais un joyau sans propriĂ©taire clair », rĂ©sume un responsable. « Les clients nous demandent des garanties. Comment leur en donner quand on ne sait mĂȘme pas qui va signer les chĂšques dans six mois ? »

Les rĂ©gions, elles, jouent les optimistes. « Nous restons en contact avec ChemChina », assure un Ă©lu local. « Ils ont l’obligation de maintenir l’activitĂ©. » Obligation ? Le mot est fort. En droit chinois, une promesse n’a pas la mĂȘme valeur qu’un contrat signĂ© devant un tribunal français. Et puis, qui va contrĂŽler ?

Le vrai problĂšme : personne ne veut de Duralex

VoilĂ  le paradoxe. Duralex, c’est une marque forte. Une marque française. Une marque qui, depuis des gĂ©nĂ©rations, incarne la robustesse Ă  la française. Alors pourquoi personne ne veut la reprendre ?

Les rumeurs courent. Certains murmurent que les actionnaires actuels ont trop attendu. D’autres que les banques, lassĂ©es des dettes, ont prĂ©fĂ©rĂ© vendre Ă  n’importe quel prix. « Ils ont cru que ça passerait tout seul », lĂąche un ancien cadre. « Sauf que non. »

Le pire ? ChemChina n’est pas un repreneur industriel. C’est un fonds. Un fonds qui achĂšte, dĂ©tient, et parfois revend. « Leur prioritĂ©, c’est le rendement Ă  court terme », analyse un consultant spĂ©cialisĂ© dans les rachats. « Pas l’emploi local. Pas la tradition. Juste le chiffre. »

Et si Duralex devenait un cas d’école ?

Ce qui se joue Ă  Duralex, c’est bien plus qu’une usine en difficultĂ©. C’est la question de savoir si la France peut encore se permettre de laisser filer ses fleurons industriels entre les mains de fonds Ă©trangers, sans contrepartie.

Prenez l’exemple de Saint-Gobain, qui a gardĂ© ses sites français en les modernisant. Ou ArcelorMittal, qui a su nĂ©gocier avec l’État pour sauver ses aciĂ©ries. Duralex, elle, n’a pas eu cette chance. Pas de plan de sauvetage. Pas de garanties. Juste une vente rapide, et un silence gĂȘnĂ©.

« On est en train de devenir un pays de sous-traitants, pas d’industriels », regrette un ingĂ©nieur de l’usine de Loiret. « Et ça, c’est une mauvaise nouvelle pour tout le monde. »

Le dernier verre avant la fin ?

Alors, que va-t-il se passer ? Deux scĂ©narios. Le premier : ChemChina dĂ©cide de garder Duralex, mais en externalisant la production. RĂ©sultat ? Les usines ferment, les emplois partent Ă  l’étranger, et la marque reste
 mais vidĂ©e de son sens.

Le second ? Personne ne veut vraiment de Duralex. Alors, dans six mois, on annonce la fermeture. « On ne peut pas laisser faire ça », tonne un député local. « Mais qui va nous entendre ? »

Une chose est sĂ»re : Ă  La Chapelle-Saint-Mesmin et Ă  ChĂątillon-sur-Seine, on ne croit plus aux promesses. On attend. Et on se demande : jusqu’à quand ?

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R Galaxie Rédaction

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