En 2023, le Canada a accordé la résidence permanente à 431 000 personnes. Parmi elles, 11 000 étaient des demandeurs d’asile. Un chiffre modeste, mais suffisant pour que les conservateurs en fassent un épouvantail. Marc-Olivier Duhaime, chef adjoint du Parti conservateur, a encore une fois sorti son argument préféré : ces demandeurs seraient majoritairement des « faux ». Sauf que La Vérif de Radio-Canada vient de lui clouer le bec avec des preuves accablantes. Et ça ne change rien à sa stratégie : la peur marche toujours, même quand elle repose sur du vent.
Les « faux demandeurs » n’existent pas (ou presque)
La Vérif a passé au crible les données officielles. Résultat : sur 10 000 demandes d’asile examinées entre 2019 et 2023, seulement 1,2 % ont été rejetées pour fraude. 1,2 %. Un taux infime. Pourtant, Duhaime et ses collègues en parlent comme si c’était la norme. Pourquoi ? Parce que ça fait peur. Parce que ça permet de diaboliser un groupe déjà fragilisé. Parce que les conservateurs ont tout intérêt à ce que les Canadiens croient que leur système est inondé par des « profiteurs ».
Le problème, c’est que les chiffres ne mentent pas. En 2022, l’UNHCR estimait que 80 % des demandeurs d’asile au Canada avaient des motifs valables à leur fuite. Des Syriens fuyant la guerre, des Afghans échappant aux talibans, des Haïtiens fuisant l’insécurité. Des gens qui risquent leur vie, pas des « touristes malins » comme le laisse entendre Duhaime.
Mais peu importe. La rhétorique du « faux réfugié » est un classique de l’extrême droite. En Europe, aux États-Unis, au Canada : le scénario est toujours le même. On sort un chiffre gonflé, on l’assène comme une vérité, et on attend que l’opinion publique avale. Sauf que cette fois, Radio-Canada a cassé le code.
Pourquoi les conservateurs s’entêtent-ils ?
Parce que ça marche. Même quand on vous prouve que vos affirmations sont fausses, une partie de l’électorat reste convaincue. La désinformation a ses propres règles. Une fois qu’une idée a été plantée dans les esprits, « les demandeurs d’asile, ce sont des fraudeurs », la démentir devient un combat d’arrière-garde.
Duhaime n’est pas un idiot. Il sait très bien que ses chiffres sont bidons. Mais il s’en fiche. Parce que son but n’est pas l’exactitude, c’est la polarisation. Un électorat en colère est un électorat facile à mobiliser. Et puis, il y a toujours des médias complaisants pour relayer ses propos sans les vérifier. La Vérif est une exception.
Ce que ça révèle sur le débat immigration au Canada
Le vrai problème, c’est que le débat sur l’immigration est souvent mené à coups de slogans et de peurs. Personne ne parle vraiment des solutions. Personne ne propose de renforcer les contrôles pour les vrais fraudeurs, parce qu’il y en a, mais en très petit nombre, sans diaboliser l’ensemble des demandeurs.
Prenez le cas des « demandeurs en transit ». Des gens qui passent par le Canada pour aller aux États-Unis, mais qui restent ici en attendant une réponse. Le gouvernement Trudeau a durci les règles en 2023, mais les conservateurs continuent de les présenter comme une menace. Sauf que ces personnes ne représentent que 3 % des demandes d’asile. 3 %. Un détail ? Non, une cible facile.
La machine à peur tourne à plein régime
Duhaime n’est pas le seul à jouer ce jeu. À droite comme à l’extrême droite, la stratégie est la même : exagérer les chiffres, mélanger les réalités, et faire croire que le système est « hors de contrôle ». Le but ? Faire croire que l’immigration est un problème de sécurité, pas une question humaine.
Pourtant, les vraies crises sont ailleurs. En 2023, le Canada a accueilli 500 000 nouveaux résidents permanents. Une partie d’entre eux ont besoin d’aide pour s’intégrer. Une autre partie a besoin de logements. Mais personne ne parle de ça. Parce que parler de solutions, c’est compliqué. Parler de menace, c’est simple.
Alors, que faire ?
Si vous voulez vraiment comprendre l’immigration au Canada, ne vous fiez pas aux discours politiques. Regardez les chiffres. Parlez aux travailleurs sociaux. Allez voir dans les centres d’accueil. Là , vous verrez des familles épuisées, des enfants traumatisés, des gens qui ont tout perdu.
Et puis, demandez-vous pourquoi personne ne propose de vraies solutions. Parce que la peur est un business. Et Duhaime en est un des principaux actionnaires.
La prochaine fois qu’on vous sortira le « faux réfugié », souvenez-vous : les preuves sont là . Et elles ne mentent pas.