Un mot d’ordre qui sent le coup de pression
Le 12 mars, Duhaime a convoqué son caucus pour une réunion de travail. Rien d’exceptionnel, sauf que cette fois, le ton était donné : « On se concentre sur l’essentiel. Pas de distractions. » Le message est clair : les conservateurs ne veulent plus être perçus comme un parti divisé, incapable de tenir une ligne droite. Sauf que, dans les coulisses, les murmures persistent. Certains députés, comme François Bonnardel, ont déjà fait des déclarations qui détonnent avec cette nouvelle ligne molle. « On ne peut pas abandonner le gaz de schiste comme ça, c’est une question d’emplois », a-t-il lancé il y a quelques semaines. Duhaime a dû serrer les dents.
Pourtant, le chef conservateur a une raison de jouer la carte du compromis. Les sondages. Selon un récent sondage Léger pour La Presse, les conservateurs traînent à 22 %, loin derrière le Parti libéral (40 %). Et les électeurs, eux, veulent des solutions, pas des clivages. Duhaime le sait : s’il veut regagner des parts de marché, il doit montrer qu’il est capable de gouverner, pas juste de critiquer.
Mais attention. Ce n’est pas parce qu’il adoucit son discours qu’il renonce à ses combats. Le troisième lien, par exemple, reste une épine dans le pied du gouvernement. « On ne lâchera pas ce dossier », a-t-il répété. Juste… un peu moins fort.
Le gaz de schiste, ce dossier qui pèse comme une pierre
Il y a deux ans, les conservateurs misaient gros sur l’exploitation des gaz de schiste. « Une révolution économique pour le Québec », clamait Bonnardel. Aujourd’hui, le vent a tourné. Le gouvernement Legault a freiné les projets, et Duhaime a dû faire marche arrière. « On cherchera des compromis », a-t-il concédé. Un revirement qui a fait grincer des dents dans son propre camp.
Pourquoi ce changement ? Parce que l’industrie elle-même a ralenti. Selon un rapport de l’Institut de la statistique du Québec (2023), les investissements dans les gaz de schiste ont chuté de 40 % en deux ans. Les promoteurs, comme Corridor Resources, ont réduit leurs ambitions. Duhaime a compris une chose simple : si l’industrie ne suit pas, le parti ne peut pas non plus.
Sauf que… les promesses électorale, ça se garde au chaud. Et dans l’ombre, certains députés grognent. « On abandonne nos valeurs pour des miettes ? », a lâché un proche du caucus, sous le couvert de l’anonymat. Duhaime a répondu par un sourire en coin : « On gagne d’abord, on débat après. »
Le troisième lien, ce serpent de mer qui ne veut pas mourir
Si Duhaime adoucit sa rhétorique sur le gaz de schiste, le troisième lien reste un dossier brûlant. « C’est une question de souveraineté », martèle-t-il. Pourtant, dans les couloirs du Parlement, on murmure que le projet est techniquement irréaliste. Les coûts ? « Exorbitants », selon une étude de l’Université Laval (2022). Les retombées économiques ? « Minimes », selon les mêmes experts.
Pourtant, Duhaime tient bon. Pourquoi ? Parce que le troisième lien, c’est bien plus qu’un projet de route. C’est un symbole. Un moyen de diviser le camp libéral, de montrer que les conservateurs sont les seuls à défendre « le Québec profond ». Même si ça coûte cher. Même si ça ne servira peut-être à rien.
Le problème ? Les électeurs ne sont pas dupes. « On a entendu ça des centaines de fois », soupire un électeur de la Montérégie. « Ils promettent la lune, mais au final, ils ne font rien. » Et pour l’instant, Duhaime n’a pas encore prouvé qu’il était différent.
La discipline, cette arme à double tranchant
Duhaime mise tout sur la discipline. « Pas de distractions », répète-t-il. Traduction : plus de déclarations intempestives, plus de divisions visibles. Juste une équipe soudée, prête à attaquer.
Sauf que la discipline, ça se commande, mais ça ne s’impose pas toujours. Déjà, certains députés, comme François Bonnardel, ont du mal à suivre. « Je dis ce que je pense », a-t-il rétorqué après une remarque de Duhaime sur son manque de « rigueur ». Et puis, il y a les lobbies. Ceux du gaz de schiste, ceux du troisième lien… Ils ne lâcheront pas leur proie sans combat.
Le vrai défi pour Duhaime ? Trouver un équilibre. Assez de compromis pour rassurer les électeurs, assez de fermeté pour ne pas décevoir sa base. Un exercice d’équilibriste qui, pour l’instant, ne lui réussit pas vraiment.
Et si tout ça ne servait à rien ?
Duhaime joue la carte du réalisme. Il adoucit son discours, il cherche des compromis, il serre les rangs. Mais une question reste en suspens : est-ce que ça suffira ?
Les sondages montrent que les Québécois sont fatigués des clivages. Ils veulent des solutions, pas des débats stériles. Duhaime le sait. Pourtant, ses prédécesseurs ont tenté la même stratégie, et ça n’a pas marché. Jean Charest, avant lui, avait aussi misé sur la modération. Résultat ? Une défaite cuisante en 2012.
Le piège ? Duhaime doit prouver rapidement qu’il est différent. Sinon, les électeurs finiront par le ranger dans la même catégorie : « Un autre politicien qui promet et qui ne tient pas. »
Pour l’instant, il n’a pas encore fait ses preuves. Et le temps, lui, ne joue pas en sa faveur.