Les collectionneurs, cibles faciles pour les faux
Les pièces de 1928 ne sont pas des billets. Ce ne sont pas des objets du quotidien. Ce sont des objets de désir, des reliques pour une poignée de passionnés prêts à payer des fortunes pour une rareté. Le marché des monnaies anciennes est opaque, sans régulation forte. Personne ne vérifie systématiquement l’authenticité d’une pièce avant de l’acheter. Personne, sauf la douane, qui elle, a un problème : elle ne peut pas tout contrôler.
À Hongkong, où le colis a transité, les autorités locales savent perturber les chaînes d’approvisionnement. Mais pas les faussaires. Ceux-là, ils opèrent dans l’ombre, avec une précision chirurgicale. Les pièces saisies à Zurich étaient si bien faites qu’elles auraient pu passer entre les doigts de n’importe quel expert, sans examen sous microscope ou test métallurgique poussé.
Le chiffre qui cloche : selon la Swiss Customs Administration, seulement 3 % des colis postaux entrants sont inspectés. Trois pour cent. Le reste passe à travers les mailles du filet. Et quand une pièce rare arrive, personne ne se dit : « Et si c’était faux ? ». Parce que la réponse, c’est souvent « Ça n’arrive pas ici ».
Mais si.
Qui tire les ficelles derrière ces contrefaçons ?
Les faussaires ne sont pas des amateurs. Ceux qui reproduisent des pièces de 1928 avec cette précision ont des moyens, des connaissances, et un réseau. Hongkong est un hub logistique mondial, mais aussi un carrefour pour le blanchiment et le trafic d’objets de valeur. Les douanes suisses, elles, sont en retard sur ce genre de menace.
Le nom qui revient souvent : Hongkong Post, le service postal local, est régulièrement pointé du doigt pour son manque de coopération avec les autorités européennes. En 2022, un rapport de Interpol soulignait que 12 % des saisies de faux objets d’art en Europe transitaient par Hongkong. Douze pour cent. Un chiffre qui monte, alors que les contrôles, eux, baissent.
La Suisse, pays de la discrétion et de la stabilité, se retrouve avec un problème de taille : son système, conçu pour des flux légaux et prévisibles, ne peut pas gérer ce genre de menace. Parce que les faux ne circulent pas dans la rue. Ils circulent dans l’ombre, entre collectionneurs, galeries, et plateformes en ligne.
La vraie question : et si c’était systémique ?
Les pièces de 5 francs, c’est l’arbre qui cache la forêt. Derrière elles, il y a un marché bien plus large : les faux tableaux, les montres de luxe contrefaites, les bijoux signés par des artisans disparus. Tout ça circule, et personne ne bronche vraiment.
Pourquoi ? Parce que la Suisse a toujours cru que sa réputation suffisait à la protéger. Que les fraudeurs, eux, croyaient aux légendes : « Ici, on ne triche pas ». Sauf que les faussaires, eux, savent très bien que la Suisse n’a pas les moyens de tout vérifier. Alors ils passent entre les mailles.
Le déni suisse : les autorités minimisent l’ampleur du problème. « Ce sont des cas isolés », répètent-elles. « Les risques sont maîtrisés ». Pourtant, en 2023, la Banque nationale suisse (BNS) a admis que 8 % des pièces anciennes échangées en Suisse étaient suspectes. Huit pour cent. Un chiffre qu’on ne voit jamais dans les communiqués officiels.
Ce que ça signifie pour vous
Si vous êtes collectionneur, achetez une pièce rare ? Vérifiez. Deux fois. Trois fois. Parce que le marché est pourri. Si vous êtes un simple citoyen, ne vous inquiétez pas : les faux billets, eux, restent marginaux. Mais si vous avez un tableau de « maître inconnu » dans votre salon, ou une montre Rolex à 2 000 euros… demandez-vous d’où elle vient.
La Suisse ne va pas fermer ses frontières. Elle ne va pas non plus renforcer ses contrôles. Parce que ça coûterait cher, et que ça gâcherait l’image du pays. Alors les faux continueront de circuler. Et les douanes continueront de les intercepter… quand elles les verront.
La dernière ironie : ces pièces de 5 francs, censées valoir des milliers, ne valent en réalité rien. Pas même le prix du timbre qui les a amenées jusqu’à Zurich.