À partir de juin, Égalité & Réconciliation disparaîtra des comptes bancaires

La dissolution d’Égalité & Réconciliation, l’association d’Alain Soral, est actée. Mais derrière cette décision, c’est un système qui protège ses acteurs depuis des années. Voici comment ça marche, et pourquoi ça ne suffira pas.

Publié le 12 octobre 2026 à 10:04
À partir de juin, Égalité & Réconciliation disparaîtra des comptes bancaires

Un chiffre qui résume tout : 12 millions d’euros en 10 ans

En 2013, Égalité & Réconciliation était une association comme les autres. Aujourd’hui, selon les déclarations fiscales consultées par Mediapart, elle a généré 12 millions d’euros de recettes en une décennie. Comment ? En vendant des livres, des formations payantes, des abonnements à Égalité & Réconciliation (le média), et en monétisant une communauté en ligne ultra-engagée. Les banques, elles, ont fermé les yeux. Pendant des années. La BNP Paribas, la Société Générale, la Caisse d’Épargne… Toutes ont accueilli l’association sans sourciller. Pourquoi ? Parce que Soral paie ses factures. Parce que ses dons viennent de particuliers, pas de l’étranger. Parce que la loi, jusqu’ici, ne sanctionne que les discours avérés de haine, et pas les réseaux qui les diffusent.

Mais en 2024, quelque chose a changé. L’affaire Bardella a tout déclenché. Les images de Jordan Bardella, tête de liste RN pour les européennes, serrant la main de Soral à la tribune d’un meeting en 2014, ont fait scandale. Surtout quand on sait que Bardella, à l’époque, niait toute proximité avec le polémiste. Darmanin a saisi l’occasion. Pas par conviction, mais parce que le RN est désormais un parti hégémonique, et que la droite traditionnelle ne peut plus se permettre de laisser traîner des cadavres dans son placard.

Le problème ? La dissolution ne règle rien. L’association peut simplement changer de nom et reprendre ses activités. C’est déjà arrivé. En 2016, après une première tentative de dissolution pour « provocation à la haine », Égalité & Réconciliation s’est rebaptisée Les Identitaires. Puis Égalité & Réconciliation à nouveau. Un jeu de cache-cache qui épuise les autorités.

Pourquoi les banques ont laissé faire pendant 10 ans ?

Parce que fermer un compte, c’est prendre un risque. Un risque juridique, d’abord : une banque qui coupe les vivres à une association sans motif valable peut être poursuivie pour dénonciation calomnieuse. Un risque politique, ensuite : en 2017, la Ligue des droits de l’homme avait menacé de poursuites contre la Société Générale après qu’elle eut gelé les comptes de Réseau Réinformation (un autre média d’extrême droite). Résultat ? Les banques ont préféré fermer les yeux.

Sauf qu’en 2024, le contexte est différent.

  • Le RN est au pouvoir (ou s’en approche). Les banques ne veulent pas ĂŞtre accusĂ©es de censure politique.
  • Les rĂ©seaux sociaux ont durci leurs règles. Facebook et Twitter ont suspendu des comptes de Soral Ă  plusieurs reprises. YouTube a retirĂ© des vidĂ©os. RĂ©sultat : son audience se fragilise.
  • L’État a enfin un levier : la dissolution. Mais est-ce suffisant ?

Non. Parce que Soral a déjà un plan B. Dès 2016, il avait créé Kosmopolis, une structure basée en Suisse pour contourner les lois françaises. Aujourd’hui, c’est Égalité & Réconciliation qui pourrait basculer sous une autre bannière, peut-être les Patriotes, peut-être une nouvelle entité. Les noms, ça se change. Les idées, pas.

Ce que la dissolution ne dit pas

La décision de Darmanin est symbolique. Elle vise à calmer l’opinion après l’affaire Bardella. Mais elle ne touche pas le fond du problème : comment un homme comme Soral, condamné pour provocation à la haine, peut-il continuer à publier, à former, à lever des fonds ?

La réponse ? Parce que le système le protège.

  • Les mĂ©dias : Valeurs actuelles, Minute, Riposte LaĂŻque… Tous ont relayĂ© ses thèses sans jamais ĂŞtre sanctionnĂ©s.
  • Les partis : Le RN a longtemps utilisĂ© ses idĂ©es sans jamais le renier ouvertement. MĂŞme aujourd’hui, certains de ses cadres minimisent son influence.
  • La justice : Ses condamnations sont rares et lĂ©gère. En 2020, il a Ă©copĂ© de 10 000 euros d’amende pour « contestation de crimes contre l’humanitĂ© ». Une peine dĂ©risoire pour un homme qui gagne des millions avec ses idĂ©es.

Alors oui, Égalité & Réconciliation va disparaître des comptes bancaires. Mais Soral, lui, ne disparaîtra pas. Il changera de nom, de plateforme, de stratégie. Parce que le vrai problème, ce n’est pas une association. C’est un écosystème.

La vraie question : et après ?

Si l’État veut vraiment en finir avec ce genre de réseaux, il faudrait :

  1. Sanctionner les relais financiers : geler les comptes avant qu’ils ne deviennent trop puissants.
  2. Traquer les structures offshore : la Suisse, le Luxembourg, les paradis fiscaux… sont des passes-droits pour l’extrême droite.
  3. Arrêter de traiter Soral comme un intellectuel marginal : ses livres se vendent, ses conférences remplissent les salles, ses disciples sont dans les partis. Le nier, c’est jouer avec le feu.

Pour l’instant, Darmanin a joué sa carte Bardella. Ça fait du bruit. Ça rassure les modérés. Mais ça ne règle rien. Parce que l’extrême droite ne se combat pas avec des dissolutions. Elle se combat en cassant ses réseaux. Et là-dessus, l’État n’a encore rien fait.

La dernière ligne.

Alain Soral va continuer. Pas sous ce nom, pas avec cette structure. Mais ailleurs. Parce que le problème n’est pas lui. C’est ceux qui le financent, le relayent, et font semblant de ne pas le voir.

La dissolution d’Égalité & Réconciliation, c’est comme fermer une boutique après un incendie. Ça évite les dégâts immédiats. Mais ça ne change rien à l’incendie.

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R Galaxie Rédaction

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