Diomaye promet des baisses de loyers, mais les propriétaires rigolent déjà

Le président sénégalais a ordonné à son gouvernement de s'attaquer à la flambée des loyers et des prix. Sauf que les mesures annoncées ressemblent à des vœux pieux. Entre promesses politiques et réalité économique, le fossé n’a jamais été aussi large. Voici pourquoi les Sénégalais ne doivent pas s’attendre à un miracle.

Publié le 3 septembre 2026 à 16:04
Diomaye promet des baisses de loyers, mais les propriétaires rigolent déjà

50 000 FCFA de plus pour un deux-pièces à Dakar, et personne ne bronche

Vous avez remarqué ? Depuis deux ans, les loyers à Dakar ont pris l’ascenseur. Un deux-pièces correct dans les quartiers comme Sacré-Cœur ou Point E ? Comptez 250 000 FCFA minimum. Il y a trois ans, c’était 200 000. Et encore, si vous trouvez. Parce que les propriétaires, eux, ne se gênent pas pour exiger un an de loyer d’avance. Un an. Comme si tout le monde avait 3 millions de FCFA à claquer sur un coup de tête.

Et ce n’est pas que Dakar. À Thiès, à Saint-Louis, à Ziguinchor, les prix grimpent aussi. Pourquoi ? Parce que la demande explose. Parce que les gens fuient les campagnes. Parce que les investisseurs étrangers achètent des terrains comme on achète des actions. Et parce que, soyons clairs, personne ne régule rien. Le marché immobilier sénégalais, c’est le Far West. Sauf qu’ici, ce ne sont pas des cow-boys qui tirent, ce sont des propriétaires qui dictent leurs lois.

Alors quand Diomaye Faye, le nouveau président, a annoncé en conseil des ministres qu’il fallait « s’attaquer à la cherté de la vie et à la hausse des loyers », beaucoup ont levé un sourcil. Vraiment ? Maintenant ? Après des années à laisser faire ?

Le gouvernement va « sensibiliser » les propriétaires. Sérieusement ?

Voilà ce qu’on sait des instructions de Diomaye : le gouvernement doit « sensibiliser » les propriétaires pour qu’ils baissent les loyers. Sensibiliser. Comme si les propriétaires étaient des enfants capricieux à qui il faut expliquer gentiment que voler, c’est mal.

Vous imaginez la scène ? Un fonctionnaire du ministère du Logement débarque chez un proprio : « Écoutez, monsieur, vous pourriez peut-être baisser un peu le loyer ? Pour le bien du pays. » Le proprio, lui, répond avec un sourire en coin : « Bien sûr, monsieur l’agent. Dès que l’État me remboursera mes impôts en nature. »

Parce que c’est ça, la réalité. Les propriétaires ne sont pas des philanthropes. Ils ont des crédits à rembourser, des familles à nourrir, des projets à financer. Et surtout, ils savent une chose : personne ne les forcera à baisser les prix. La loi ne les y oblige pas. Les régulateurs ferment les yeux. Et les locataires, eux, n’ont pas le choix. Alors pourquoi baisseraient-ils ?

Le gouvernement parle aussi de « renforcer les contrôles sur les prix des denrées ». Très bien. Mais quels contrôles ? Avec quels moyens ? Et surtout, contre qui ? Parce que si c’est pour envoyer deux inspecteurs vérifier les prix dans les marchés de Dakar, on est mal partis. Les commerçants ont plus d’un tour dans leur sac. Vous pensez vraiment qu’ils vont afficher des prix honnêtes parce qu’un type en costume leur a fait la leçon ?

Les vrais coupables, personne n’ose les nommer

Si les loyers explosent, ce n’est pas par magie. C’est parce que l’État a laissé le marché immobilier devenir une jungle. Pas de cadastre fiable. Pas de régulation des prix. Pas de sanctions pour les propriétaires qui abusent. Et surtout, pas de politique de logement social digne de ce nom.

Prenez le cas de la SICAP. Un programme censé offrir des logements abordables. Sauf que les appartements partent à des prix stratosphériques. Pourquoi ? Parce que les promoteurs privés ont pris le contrôle. Parce que les terrains sont vendus aux enchères. Parce que, au final, c’est toujours le même qui gagne : celui qui a les moyens.

Et les denrées ? Même combat. Le prix du riz, de l’huile, du sucre… Tout augmente. Parce que les importations coûtent cher. Parce que les taxes douanières sont mal gérées. Parce que les intermédiaires se gavent. Et parce que, encore une fois, personne ne tape du poing sur la table.

Le gouvernement pourrait agir. Vraiment. En instaurant un plafonnement des loyers dans les zones tendues. En sanctionnant les propriétaires qui exigent un an d’avance. En contrôlant sérieusement les prix dans les marchés. En investissant massivement dans le logement social. Mais est-ce que ça arrivera ?

Ce que Diomaye ne dit pas (et que tout le monde sait)

Derrière les annonces, il y a une vérité qui dérange : le nouveau président a les mains liées. Parce que l’économie sénégalaise repose sur des équilibres fragiles. Parce que les bailleurs de fonds internationaux surveillent chaque décision. Parce que toucher aux intérêts des propriétaires et des commerçants, c’est risquer une fronde.

Et puis, il y a la dette. Le Sénégal a emprunté des milliards pour financer ses grands projets. Des projets qui, soit dit en passant, ne profitent pas toujours aux Sénégalais de base. Alors quand Diomaye parle de baisser les loyers, c’est un peu comme si un médecin prescrivait un Doliprane pour soigner un cancer. Ça rassure, mais ça ne change rien.

Les Sénégalais le savent. Ils ne sont pas dupes. Ils voient bien que les promesses de campagne, une fois au pouvoir, se transforment en discours creux. Alors oui, ils écoutent. Ils hochent la tête. Mais au fond, ils n’y croient plus.

La seule mesure qui pourrait marcher (et que personne ne veut prendre)

Il existe une solution. Une seule. Radicalement simple. Terriblement efficace. Et politiquement explosive : instaurer un contrôle strict des loyers dans les zones urbaines.

Comment ? En fixant un plafond par mètre carré. En interdisant les hausses abusives. En sanctionnant les propriétaires qui contournent la loi. Et en créant un fonds public pour subventionner les loyers des ménages les plus modestes.

Est-ce que c’est faisable ? Oui. Est-ce que c’est souhaitable ? Sans doute. Est-ce que ça arrivera ? Non.

Pourquoi ? Parce que les propriétaires ont des relais au gouvernement. Parce que les promoteurs immobiliers financent les campagnes électorales. Parce que personne n’a envie de se mettre à dos une partie de l’électorat qui compte. Et parce que, au fond, les politiques préfèrent les solutions molles. Celles qui font joli dans les discours, mais qui ne changent rien.

Alors, on fait quoi ?

Vous, en tant que locataire, vous n’avez pas beaucoup d’options. Soit vous payez. Soit vous déménagez dans un quartier moins cher, plus loin, moins sûr. Soit vous vous entassez à dix dans un trois-pièces. C’est ça, la réalité.

Le gouvernement, lui, continuera à faire des annonces. À promettre des baisses. À « sensibiliser ». Et les prix, eux, continueront de monter. Parce que c’est comme ça. Parce que personne n’a le courage de taper du poing. Parce que, au Sénégal comme ailleurs, l’argent a toujours le dernier mot.

Alors oui, Diomaye a raison de s’inquiéter. Oui, il a raison de vouloir agir. Mais tant que les mesures resteront des vœux pieux, rien ne changera. Et les Sénégalais, eux, continueront de payer. Toujours plus. Toujours plus cher.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie