Le diesel, ce poison qui fait monter les prix et les cadavres
En France, c’est la 12ème nuit de barricades. À Paris, les pompiers éteignent des voitures brûlées devant les stations-service. À Lyon, les CRS chargent des manifestants qui hurlent « On crève, on crève ! ». Le gouvernement parle de « tensions sociales ». Les syndicats parlent de « trahison ». Les prix du diesel ? Ils ont grimpé de 30 % en un an (source : Ministère de la Transition écologique, rapport 2023).
Mais la France, c’est rien à côté du Guatemala. Là-bas, en octobre dernier, des émeutes ont fait six morts après que le président Alejandro Giammattei ait osé augmenter les taxes sur les carburants de 24 % en une semaine. Les gens ont bloqué les routes, pillé des supermarchés, brûlé des pneus devant le palais présidentiel. Résultat ? Le gouvernement a reculé. Comme en France, comme en Syrie, où les prix du diesel ont doublé depuis 2020 (Banque mondiale, Global Fuel Prices Report), et où les habitants des quartiers pauvres passent leurs nuits à faire la queue devant les stations, priant pour que le réservoir ne soit pas vide au matin.
Pourquoi le diesel, ce carburant gris et terne, devient-il le symbole d’une colère bien plus large ?
Pas parce qu’il est cher. Parce qu’il est invisible. On ne le voit pas, ce diesel. Pas comme l’essence, qui brille au soleil dans les stations-service. Le diesel, lui, coule dans les camions, les bus, les tracteurs. Il fait tourner l’économie sans qu’on s’en aperçoive. Jusqu’à ce que le prix explose. Et là, tout le monde réalise : « Sans ça, rien ne bouge. »
Ce que les gouvernements ne vous disent pas sur les taxes
En France, Emmanuel Macron a sorti son « c’est le marché » et son « il faut payer le vrai prix de l’énergie ». Traduction : « Vous allez souffrir, mais c’est pour votre bien. » Sauf que le « vrai prix », comme on nous le vend, c’est une blague.
Prenez la Taxe Intérieure sur la Consommation des Produits Énergétiques (TICPE). En 2023, elle représente 60 % du prix à la pompe pour le diesel (source : DGEC, données fiscales). Officiellement, c’est pour « décarboner ». Officieusement ? Pour remplir les caisses de l’État. Sauf que les recettes ne servent même pas à grand-chose : seulement 12 % des fonds collectés via la TICPE sont réinvestis dans les transports propres (Cour des comptes, Rapport 2022). Le reste ? Ça part dans le trou noir des dépenses publiques.
Au Guatemala, c’est pire. Le gouvernement a augmenté les taxes « pour lutter contre la corruption ». Traduction : « On va vous saigner un peu plus pour que les politiques puissent se payer des villas à Miami. » Résultat ? Les prix du diesel ont atteint 1,80 dollar le litre (contre 1,20 avant la hausse). Les bus ont augmenté leurs tarifs de 40 %. Les paysans, qui dépendent des camions pour exporter leurs récoltes, ont vu leurs coûts exploser. Et les gens, eux, n’ont plus un sou.
En Syrie, c’est la guerre qui fait monter les prix. Mais pas seulement. Le régime de Bachar al-Assad a gelé les subventions sur le diesel en 2022, sous pression de la Banque mondiale. Résultat ? Le litre est passé de 0,10 dollar à 0,50 dollar en six mois (rapport Syrian Center for Policy Research). Les hôpitaux manquent de carburant pour les générateurs. Les boulangeries ferment faute de farine livrée à temps. Et les Syriens, déjà à genoux après douze ans de guerre, doivent maintenant choisir entre manger et faire tourner leur voiture.
Le diesel, c’est le miroir grossissant des inégalités.
Les marchés ferment les yeux, les régulateurs regardent ailleurs
Pourquoi personne ne bronche ? Parce que le diesel, c’est l’or noir des temps modernes. Les géants du pétrole adorent ça.
Prenez TotalEnergies. En 2023, le groupe a réalisé 40 % de ses profits sur le diesel et le gazole (rapport annuel). Quand les prix montent, Total et ses copains se frottent les mains. Sauf que, cette fois, les consommateurs ne veulent plus jouer.
Et les régulateurs ? Ils sont soit corrompus, soit aveugles. En France, Bruno Le Maire a bloqué une baisse de la TICPE malgré les émeutes. Pourquoi ? Parce que le gouvernement a besoin de ces recettes pour « sauver la Sécu ». Traduction : « On va vous serrer la vis encore plus, mais chut, ne le répétez pas. »
Au Guatemala, la Banque mondiale a exigé des hausses de taxes en échange d’un prêt de 1,3 milliard de dollars. « C’est pour la stabilité économique », disent-ils. « C’est pour que les riches gardent leur yacht », pensent les Guatémaltèques.
En Syrie, l’ONU ne lève même pas le petit doigt. Parce que le régime d’Assad est un allié géopolitique. Parce que la Russie et l’Iran lui vendent du pétrole à prix d’ami. Parce que, au fond, personne ne veut d’une nouvelle crise humanitaire.
Le diesel, c’est le carburant des hypocrites.
La vraie raison pour laquelle ça va empirer
Vous croyez que c’est fini ? Détrompez-vous.
D’abord, la demande en diesel ne va pas baisser. Les camions, les bus, les tracteurs, les bateaux… Tout dépend de ce carburant. Même avec les voitures électriques, le diesel restera roi des transports lourds. Et la production ne suit pas.
La Russie a réduit ses exportations de 30 % depuis 2022 (source : IEA, Oil Market Report). L’Arabie saoudite et les Émirats augmentent leurs prix. Et les États-Unis, malgré leur indépendance énergétique, ne veulent pas inonder le marché pour ne pas faire chuter leurs propres cours. Résultat ? Pénurie annoncée.
Ensuite, les gouvernements vont encore augmenter les taxes. Pourquoi ? Parce qu’ils ont besoin d’argent. Parce que les subventions, c’est trop cher. Parce que personne ne veut assumer le coût réel de la transition écologique. Alors on fait payer les citoyens.
Et enfin, les gens en ont marre. En France, les Gilets jaunes ont montré la voie. Au Guatemala, les émeutes de 2023 ont forcé le gouvernement à reculer. En Syrie, les manifestations contre le diesel sont les premières depuis des années qui ne parlent pas de la guerre, mais de survie économique.
Le diesel, c’est le nouveau pain. Et quand le pain manque, les gens se battent.
Ce qui nous attend si rien ne change
Imaginez.
Vous êtes un chauffeur-livreur en France. Votre patron vous dit : « Désolé, mais à partir de demain, je te paie en nature : 50 litres de diesel par semaine. » Parce que vous ne pouvez plus payer l’essence.
Vous êtes une mère au Guatemala. Vous devez choisir entre acheter du maïs pour vos enfants ou payer le bus pour aller à l’hôpital.
Vous êtes un Syrien qui tente de fuir vers l’Europe. Votre passeur vous demande 500 dollars de plus pour le carburant du camion. Vous n’avez pas l’argent. Alors vous restez. Vous crèvez. Vous mourrez.
Le diesel, ce n’est pas qu’un carburant. C’est une arme.
Une arme contre les pauvres. Une arme contre les démocraties fragiles. Une arme contre ceux qui n’ont pas les moyens de se rebeller.
Et le pire ? Personne ne veut en parler.
Les médias en font des « crises sociales ». Les politiques en font des « ajustements nécessaires ». Les économistes en font des « externalités positives ».
Mais dans la rue, on ne parle pas. On crie.
Et ça, ça fait peur.
La dernière question, celle qu’on n’ose pas poser
Pourquoi le diesel fait-il plus de mal que l’essence ?
Parce que l’essence, c’est pour les riches. Les 4x4, les SUV, les week-ends à la campagne. Le diesel, lui, c’est pour tout le monde.
C’est pour le boulanger qui livre le pain à 5h du matin. C’est pour l’infirmière qui fait des gardes de nuit. C’est pour le paysan qui doit exporter ses tomates avant qu’elles ne pourrissent.
Le diesel, c’est le sang de l’économie. Et quand on vous saigne, vous ne mourez pas tout de suite. Mais vous saignez à blanc.
Et après ? Après, vous vous levez. Vous prenez un cocktail Molotov. Vous allez manifester.
Parce que quand on n’a plus rien à perdre, on ne recule plus.
Et là, les gouvernements vont devoir choisir : soit ils écrabouillent les manifestants, soit ils lâchent l’argent.
Personne ne sait encore lequel des deux va gagner.
Mais une chose est sûre : la prochaine fois, ce ne sera pas que le diesel qui brûlera.