Un chiffre qui résume tout : 67 % de taux de pauvreté en 2023
Diagane Barka, c’est d’abord ça : un déséquilibre criant. Selon les dernières données de la Banque mondiale (rapport Pauvreté rurale au Sénégal, 2023), près de deux tiers des ménages vivent avec moins de 2,15 dollars par jour. Le maire le sait. Il l’a rappelé, sans sourciller, lors de la cérémonie de clôture du tournoi : « On ne développera rien sans stabilité. » Traduction : sans que les communautés ne s’entretuent pour des terres, des ressources, ou des querelles de clocher. Mais comment concilier cette paix tant invoquée avec la réalité ?
Prenez l’exemple des conflits fonciers. En 2022, trois villages de la commune ont vu leurs terres disputées par des investisseurs étrangers. Résultat ? Des familles expulsées, des cultures brûlées, et des promesses de compensation jamais versées. Le maire a-t-il mentionné ces cas lors de son discours ? Non. Pourtant, c’est là, dans ces braises, que la paix se joue. Et là aussi que ses discours sonnent creux.
Pourtant, l’idée est simple : sans cohésion, pas de projets. Sans projets, pas de crédits. Sans crédits, pas de routes, pas d’écoles, pas d’eau potable. Le cercle vicieux. Diallo le répète comme une évidence. Mais les habitants, eux, voient autre chose : des promesses qui traînent depuis des années. Le centre de santé promis en 2018 ? Toujours en chantier. Le forage annoncé pour 2020 ? Abandonné après trois mois de travaux. « On nous parle d’union sacrée, mais où est-elle, cette union ? » lance un commerçant du marché de Diagane, les poings serrés sur son étal.
L’union sacrée, ou l’art de ne rien faire avancer
Diallo mise sur deux piliers : la paix et la solidarité. En théorie, c’est imparable. En pratique, c’est plus compliqué. Parce que la solidarité, à Diagane Barka, se mesure d’abord à l’aune des dons des notables. Les cérémonies ? Généreuses. Les distributions de vivres ? Régulières. Mais les infrastructures ? Toujours en stand-by. « On nous donne des poissons, mais pas la pêche », grogne un jeune du quartier de Ndiaye.
Le maire assume cette approche. « La paix, ça se construit au quotidien. Pas avec des discours, mais avec des actes. » Sauf que les actes, justement, se font attendre. Prenez le cas de l’école de Thiaroye. Fermée depuis 2021 pour « travaux de rénovation », elle abrite désormais des cours improvisés sous des tentes. Personne ne sait quand elle rouvrira. « On nous parle de développement, mais nous, on voit surtout des trous dans le sol », lance une enseignante, exaspérée.
Pourtant, Diallo a des arguments. La commune manque de moyens. Les subventions de l’État ? Rarement versées à temps. Les partenariats privés ? Peu enclins à investir dans une zone aussi instable. « On fait avec ce qu’on a », répète-t-il. Sauf que « faire avec », dans le langage local, ça signifie souvent « attendre que ça passe ». Et pendant ce temps, les jeunes s’en vont. Vers Dakar, vers l’Europe, vers n’importe où plutôt que de rester dans une commune où les promesses se transforment en mirages.
Le vrai problème : personne ne contrôle personne
Le discours du maire est clair : « Sans paix, pas de développement. » C’est une évidence. Sauf que la paix, à Diagane Barka, n’est pas un état naturel. Elle est le résultat d’un équilibre précaire, maintenu par des chefs de village qui jouent les arbitres, des imams qui prêchent la modération, et des notables qui distribuent des faveurs pour acheter la tranquillité.
Mais cet équilibre est fragile. Parce que quand les tensions montent, et elles montent, régulièrement, personne ne peut vraiment les endiguer. Les forces de l’ordre ? Peu présentes. Les institutions ? Distantes. Les élites locales ? Trop occupées à se partager les miettes des projets. « Ici, la paix, c’est comme l’eau : ça coule quand on a creusé le canal. Sinon, ça s’évapore », résume un ancien conseiller municipal, aujourd’hui en disgrâce.
Et puis, il y a cette question qui ne sera jamais posée : et si la paix n’était pas la solution, mais le symptôme d’un problème plus profond ? Diagane Barka étouffe. Pas seulement à cause des conflits, mais parce qu’on lui demande de se contenter de peu. « On nous dit : soyez unis, et tout ira mieux. Mais unis pour quoi ? Pour continuer à survivre ? » La question reste sans réponse.
Le pari risqué de Diallo : miser sur l’immobilisme
Mabousso Diallo joue un jeu dangereux. Celui de l’homme qui mise sur l’inaction pour éviter l’effondrement. « La paix d’abord, le reste viendra », dit-il. Sauf que le reste, justement, ne vient pas. Les investisseurs fuient, les jeunes partent, et les tensions, elles, couvent.
Pourtant, le maire a un atout : il est connu pour sa fermeté. Pas de demi-mesures avec lui. Pas de promesses en l’air. « Je ne fais pas de vœux pieux. Je fais des plans. » Sauf que les plans, à Diagane Barka, ressemblent souvent à des croquis sur des nappe en papier. Effacés par la première pluie de critiques.
Son dernier coup de poker ? Le tournoi qu’il a parrainé. Un événement sportif, oui, mais aussi un outil de cohésion. « Quand les gens jouent ensemble, ils oublient leurs querelles », explique-t-il. C’est vrai. Pour trois jours. Ensuite, la réalité reprend ses droits. Les terres sont toujours disputées, les écoles toujours en ruine, et les promesses toujours en retard.
Ce que personne ne dit : et si la paix était un leurre ?
Voilà le vrai sujet. Diagane Barka ne manque pas de paix. Elle manque de développement. Et la paix, dans ce contexte, n’est qu’un leurre. Un écran de fumée derrière lequel on cache l’échec des politiques publiques, l’absence d’investissements, et la résignation des habitants.
Diallo a raison sur un point : sans paix, pas de développement. Mais l’inverse est tout aussi vrai : sans développement, la paix ne sera jamais qu’une trêve passagère. Et dans une commune où les jeunes n’ont plus rien à perdre, les trêves ne durent jamais longtemps.
Le maire le sait. Il le dit, d’ailleurs, entre les lignes : « On ne peut pas développer une commune qui se déchire. » Sauf que la déchirure, justement, vient souvent de ceux qui prétendent la réparer. Les mêmes qui promettent des écoles, des hôpitaux, des routes… et qui, au final, ne livrent que des discours.
Alors oui, la paix est nécessaire. Mais elle ne suffira pas. Parce que Diagane Barka a besoin de bien plus que de l’union sacrée. Elle a besoin de résultats. Et ceux-là, personne ne semble prêt à les lui donner.