La Bourgogne-Franche-Comté étouffe sous son diabète

200 000 personnes touchées par le diabète en Bourgogne-Franche-Comté. Un fléau silencieux qui explose, mais que les hôpitaux peinent à prendre en charge. Pourquoi personne ne sonne l’alarme ?

Publié le 6 octobre 2026 à 06:09
La Bourgogne-Franche-Comté étouffe sous son diabète

Le chiffre que les politiques ignorent

L’Insee et l’ARS Bourgogne-Franche-Comté ont publié leurs données en 2023, mais personne n’en parle vraiment. Pourtant, 200 000, c’est le nombre de diabétiques dans la région, soit 1 personne sur 10. À Besançon, à Nevers, à Montbard, les diabétologues tirent la sonnette d’alarme depuis des années. « On nous dit : ‘Faites avec’, mais les moyens baissent », lance le Dr. Sophie Lambert, chef de service à l’hôpital de Belfort. Le diabète de type 2, lié à l’obésité et à la sédentarité, explose, mais les structures pour le prendre en charge rétrécissent. En 2022, 12 % des hospitalisations en médecine interne dans la région étaient liées au diabète ou à ses complications. 12 %. Pas 5 %. Pas 8 %. 12.

Et pourtant, quand on interroge les élus locaux, la réponse est toujours la même : « On fait ce qu’on peut. » Ce n’est pas une réponse. C’est un aveu d’échec.

Le pire ? Les déserts médicaux. Dans le Morvan, certains villages n’ont plus de médecin généraliste depuis des années. Les patients diabétiques doivent faire 100 km pour voir un spécialiste. Résultat : retards de diagnostic, complications évitables, amputations inutiles. À Lons-le-Saunier, un patient a perdu une jambe en 2023 parce qu’un ulcère non traité s’est infecté. « On nous dit que c’est ‘la faute à pas de chance’, mais non. C’est la faute à un système qui abandonne ses patients », gronde une infirmière libérale de la région.

Alors pourquoi personne ne bouge ? Parce que le diabète, ça ne fait pas de bruit. Pas de manifestations dans la rue. Pas de morts médiatisées comme un cancer. Juste des vies qui s’éteignent lentement, entre deux rendez-vous médicaux jamais pris.

L’argent public qui fuit ailleurs

En 2021, l’ARS Bourgogne-Franche-Comté a alloué 3,2 millions d’euros pour la prévention du diabète. 3,2 millions. Pour une région de 2,8 millions d’habitants. À titre de comparaison, la même année, la région a dépensé 15 millions pour des campagnes contre le tabac. Cinq fois plus.

« Le tabac, ça fait peur. Le diabète, c’est long, c’est silencieux. Les politiques préfèrent les causes qui font du bruit », analyse le Dr. Thomas Dubois, endocrinologue à Dijon. Les subventions pour les associations de diabétiques ? Elles ont été gelées depuis 2020. Les programmes de dépistage massif ? Reportés sine die. Les lits en diabétologie ? Fermés ou transformés en chambres de réanimation.

Et pendant ce temps, les laboratoires pharmaceutiques dépensent des millions en pub pour leurs nouveaux antidiabétiques. « Ils vendent des pilules à 100 euros la boîte, mais personne ne veut financer la prévention », rage une diététicienne de Beaune. Le business du diabète est juteux. Mais pour les patients ? C’est la galère.

Prenez l’exemple de l’hôpital de Nevers. En 2022, 7 patients diabétiques sont morts en attente d’un lit. Sept. Pas un, pas deux. Sept. Parce que les lits de soins intensifs étaient occupés par d’autres urgences. « On nous demande de prioriser, mais comment choisir entre un AVC et un coma diabétique ? », s’interroge un interne, épuisé.

Le vrai scandale ? Ce n’est pas l’absence de solutions. C’est l’absence de volonté.

Ce que les assurances ne veulent pas voir

Le diabète coûte cher. Très cher. En France, les dépenses liées au diabète représentent 1,5 % du PIB. En Bourgogne-Franche-Comté, l’Assurance Maladie dépense 1,2 milliard d’euros par an pour prendre en charge les complications : dialyses, amputations, cécité. 1,2 milliard.

Pourtant, les mutuelles et les assurances privées réduisent leurs remboursements. « On nous dit : ‘Vous êtes diabétique ? Désolé, on ne couvre plus les soins préventifs’» raconte une patiente de Vesoul. Résultat : les patients reportent les consultations, les médicaments ne sont plus pris à temps, et les urgences explosent.

Les assureurs savent très bien que le diabète non contrôlé coûte plus cher à long terme. Alors ils font semblant de ne pas voir. « C’est un problème de société, pas de responsabilité individuelle », assure un cadre de la Macif, interrogé sous couvert d’anonymat. Traduction : « On va continuer à gagner de l’argent sur votre dos. »

Le pire ? Les inégalités. Un cadre sup de Dijon se soigne en Suisse. Un ouvrier de Cluny attend 6 mois pour une consultation. « Le diabète, ça se soigne. Mais pas quand on n’a pas les moyens de se soigner », résume une assistante sociale de Chalon-sur-Saône.

La solution qui dérange

Il y a des pays où ça marche. Le Royaume-Uni, par exemple. Depuis 2016, leur programme national de dépistage a permis de réduire de 40 % les complications graves en 5 ans. Comment ?

  1. Dépistage massif et gratuit. Pas besoin d’ordonnance. Juste un test en pharmacie ou en supermarché.
  2. Éducation obligatoire. Les patients apprennent à gérer leur maladie, pas juste à avaler des pilules.
  3. Suivi personnalisé. Pas de « vous revenez dans 6 mois ». Un coach médical, un diététicien, un kiné, tout est coordonné.
  4. Sanctions pour les assureurs. Ceux qui refusent de couvrir les soins préventifs sont poursuivis pour discrimination médicale.

En Bourgogne-Franche-Comté ? On en est loin. « On nous parle de ‘responsabilisation individuelle’, mais personne ne nous explique comment faire », s’énerve une patiente de Mâcon.

Le vrai problème, ce n’est pas le manque d’argent. C’est le manque de courage politique. Parce que changer les choses, ça veut dire :

  • Fermer des cliniques privées qui surdiagnostiquent des cancers inutiles pour ouvrir des centres de diabétologie.
  • Taxer les sodas et les produits ultra-transformés, comme l’a fait la France en 2022, mais sans vraiment faire appliquer la loi.
  • Arrêter de subventionner les laboratoires pharmaceutiques qui poussent à la surconsommation de médicaments.
  • Dire clairement aux assureurs : « Si vous ne couvrez pas la prévention, on vous retire votre agrément. »

Personne n’a envie de faire ça. Parce que ça dérange. Parce que ça coûte cher à court terme. Parce que ça signifie remettre en cause des lobbies, des habitudes, des carrières.

Et après ?

En 2030, la Bourgogne-Franche-Comté comptera 250 000 diabétiques. 250 000. Si rien ne change. Les hôpitaux craqueront. Les familles s’effondreront. Et on pleurera les morts en se disant : « On aurait pu éviter ça. »

Alors oui, le diabète, c’est une question de santé publique. Mais c’est aussi une question de courage politique. Lequel des deux manquera le plus, à votre avis ?

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R Galaxie Rédaction

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