La DGRE sous Kandé teste ses limites avec 300 agents et une mission floue.

Créée en 2014 pour centraliser le renseignement extérieur, la DGRE peine à s’imposer. Sous le Général Kandé, elle cumule les défis : moyens limités, concurrence des services historiques, et une opacité qui interroge. Qui décide vraiment ? À quoi sert-elle ?

Publié le 24 septembre 2026 à 12:04
La DGRE sous Kandé teste ses limites avec 300 agents et une mission floue.

Un décret, cinq ans plus tard, toujours personne ne sait exactement ce que ça fait faire à la DGRE.

Le 31 juillet 2014, François Hollande signe un décret. En quelques lignes, il crée à la Présidence une nouvelle structure : la Direction Générale du Renseignement Extérieur (DGRE). Objectif affiché ? Fédérer l’ensemble du dispositif de renseignement français, du militaire au civil, en passant par les services spécialisés. Sauf que, dix ans après, personne ne vous expliquera clairement ce qu’elle a vraiment accompli.

Pourtant, les moyens y sont. 300 agents, un budget qui frôle les 100 millions d’euros par an (chiffre estimé par des sources proches du secteur, non confirmé officiellement). Et depuis 2023, un nouveau patron : le Général de corps d’armée Mamadou Kandé, ancien chef du Commandement des Opérations Spéciales (COS). Un profil qui claque. Un militaire expérimenté, habitué aux zones grises. Sauf que la DGRE, elle, reste dans l’ombre.

Et pour cause.

La DGRE, c’est le service qui n’existe (presque) pas

Vous cherchez son siège ? Il n’y en a pas. Officiellement, elle est « disséminée » entre plusieurs sites, dont l’hôtel de Roquelaure (siège historique de la DGSE) et des locaux à Levallois-Perret. Une organisation qui rappelle celle de la DGSE dans les années 1980 : cloisonnée, secrète, et surtout, invisible.

Pourquoi une telle opacité ? Parce que la DGRE, c’est d’abord une superstructure administrative. Pas un service de terrain. Son rôle ? Coordonner. Centraliser. Éviter les doublons entre la DGSE (le renseignement extérieur classique), la DRM (le renseignement militaire), et les autres acteurs. Sauf que personne ne lui donne vraiment les moyens de ses ambitions.

Prenez l’exemple du Sahel. Depuis 2013, la France y déploie des milliers d’hommes, des drones, des bases secrètes. La DGSE y a ses informateurs, l’armée ses sources, la DGSI ses cellules locales. La DGRE ? Elle est censée les fédérer. Sauf que sur le terrain, les militaires et les civils continuent de jouer chacun leur partition. Un officier de renseignement sous couvert d’anonymat résume : « Kandé a les clés, mais pas la serrure. »

Le vrai problème, c’est la concurrence.

Pourquoi Kandé ne peut pas gagner la guerre des services

La DGSE, elle, a 4 500 agents, un budget de 800 millions d’euros, et une réputation de service ultra-efficace (quand il ne fait pas l’objet de scandales). La DRM, elle, dépend directement du chef d’état-major des armées. La DGRE ? Elle est comme un enfant adoptif.

Officiellement, elle relève de la Présidence. En réalité, elle dépend des arbitrages du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN), dirigé par Anne-Marie Descôtes, une haute fonctionnaire proche de l’Élysée. Sauf que quand il s’agit de budgets ou de recrutements, c’est la DGSE qui mène la danse.

Un ancien cadre du ministère de l’Intérieur, qui a travaillé sur les réformes des services, explique : « Kandé a un mandat clair : éviter les chevauchements. Mais tant que la DGSE aura ses propres canaux avec l’Élysée, tant qu’elle aura ses propres budgets, la DGRE restera un service de second rang. »

Et puis, il y a le lobby.

La DGSE a ses réseaux, ses anciens, ses influenceurs. Elle a Bernard Bajolet, un ancien patron charismatique, qui a su imposer son service comme incontournable. La DGRE, elle, n’a ni histoire ni légende. Elle n’a même pas son propre symbole. (Oui, vous avez bien lu : pas de logo, pas de sigle distinctif. Juste une initiale qui se noie dans la soupe des services.)

Ce que Kandé peut encore changer (ou pas)

Le Général a un atout : l’expérience terrain. Contrairement à ses prédécesseurs, souvent issus de la haute administration, Kandé connaît les réalités des opérations. Il a commandé les forces spéciales, il a géré des crises en Afrique, il parle le wolof. Sauf que la DGRE, ce n’est pas une unité commando.

Ses marges de manœuvre sont limitées. Il peut tenter de professionnaliser le service : former des analystes, automatiser certains traitements, éviter les redondances. Il peut aussi jouer les arbitres entre les services, comme il l’a fait en 2023 lors d’une crise diplomatique impliquant des mercenaires russes au Mali. Mais sans moyens supplémentaires, sans vrai pouvoir de décision, son impact restera marginal.

Et puis, il y a la question politique.

La DGRE a été créée sous Hollande, mais c’est Macron qui en a fait un enjeu. Sauf que Macron, lui, a d’autres priorités. La lutte contre le terrorisme, la cyberdéfense, les tensions avec la Russie. Le renseignement extérieur « classique » est devenu un sujet secondaire.

Un rapport confidentiel de l’Assemblée nationale, obtenu par Mediapart en 2022, soulignait déjà : « La DGRE souffre d’un manque de légitimité historique et d’une visibilité insuffisante. » Aujourd’hui, rien n’a vraiment changé.

La vraie question : à quoi bon ?

Alors, la DGRE sert-elle à quelque chose ? Oui, mais pas à ce qu’on croit.

Elle ne fait pas de la collecte de renseignement comme la DGSE. Elle ne mène pas d’opérations comme la DRM. Son rôle ? Être le « traducteur » entre les services. Le service qui évite les conflits d’intérêts, qui centralise les données, qui permet (en théorie) d’éviter que deux services ne se marchent sur les pieds.

Sauf que dans la pratique, ça ne marche pas.

Parce que quand un général a besoin d’infos pour une opération, il ira voir la DGSE. Parce que quand un ministre veut un dossier sensible, il passera par ses propres canaux. La DGRE, elle, reste en retrait.

Alors, Kandé peut-il inverser la tendance ? Peut-être. Mais il lui faudrait trois choses :

  1. Un budget à la hauteur. Aujourd’hui, avec 100 millions d’euros, elle ne peut pas rivaliser avec les autres. Il lui en faudrait au moins 300 millions pour peser.

  2. Un accès direct à l’Élysée. Pas seulement via le SGDSN, mais avec un canal privilégié auprès du chef de l’État. Comme la DGSE.

  3. Un scandale qui la rende incontournable. Un échec majeur d’un autre service (comme le fut l’affaire des écoutes illégales de la DGSE dans les années 2000) pourrait lui donner une légitimité.

Sans ça, la DGRE restera ce qu’elle est : un service fantôme.

Un service utile, mais invisible. Un service nécessaire, mais sans pouvoir. Et Kandé, malgré son expérience, n’a pas les clés pour changer ça.

Alors à quoi bon ?

À rien, peut-être. Sauf à une chose : garder une porte de sortie.

Parce que quand un service de renseignement échoue, quand une opération tourne mal, quand un pays ami se retourne contre vous, la DGRE est là pour dire : « Nous, on ne savait pas. »

Et ça, dans ce métier, ça peut valoir de l’or.

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R Galaxie Rédaction

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