Le jour où la France a perdu son triple A, personne n’a rien changé vraiment
En janvier 2012, Standard & Poor’s retirait à la France son précieux triple A. Un coup de massue symbolique. Sauf que, depuis, rien. Absolument rien. Les gouvernements se sont succédé, les discours ont changé, mais la machine à dette, elle, n’a jamais ralenti. Pire : elle a accéléré.
Ce vendredi, Moody’s pourrait officialiser ce que tout le monde sait déjà : la France n’est plus fiable. Pas parce qu’elle ne peut pas payer. Parce qu’elle ne veut pas payer. Pas vraiment. Pas assez. Pas assez vite.
Et c’est là le problème. Une dette qui grossit, des promesses électorales qui gonflent les dépenses, et des ministres qui jouent les sourds quand on leur parle de rigueur. Quinze ans de déni. Quinze ans à se mentir.
Sarkozy : le coup de force qui a tout lancé
En 2008, la crise financière frappe. Sarkozy, alors président, sort les grands moyens : plan de relance, sauvetage des banques, déficit qui explose. Officiellement, c’est pour sauver l’économie. En réalité, c’est pour sauver ses banques.
Le déficit public passe de 2,7 % du PIB en 2007 à 3,2 % en 2008, puis 7,5 % en 2009. Un bond. Personne ne bronche. Personne ne dit : « Assez. »
Pourtant, à l’époque, l’Allemagne serre la vis, l’Espagne aussi. La France, elle, continue. Pourquoi ? Parce que les marchés ferment les yeux. Parce que l’euro, c’est la zone euro, et que personne ne veut être celui qui sonne l’alarme.
Et puis, il y a cette petite phrase, souvent oubliée : « La dette, c’est le moteur de la croissance. » Une idée reçue tenace, répétée en boucle par les économistes complaisants. Sauf que la croissance, elle, ne vient pas. La dette, si.
Hollande : l’illusion du redressement
- La France perd son triple A. Hollande arrive au pouvoir avec une promesse : « Je vais réduire le déficit. »
Sauf que non.
Entre 2012 et 2017, le déficit public reste au-dessus de 4 % du PIB. Quatre ans de promesses non tenues. Quatre ans à expliquer, justifier, trouver des excuses.
Le pire ? Les dépenses publiques continuent de grimper. Santé, éducation, retraites… Tout coûte plus cher. Tout le temps. Et personne ne touche aux vrais leviers : les niches fiscales, les subventions inutiles, les gaspillages des collectivités.
En 2016, le gouvernement annonce un « plan d’économies ». 50 milliards d’euros sur trois ans. Sur le papier, c’est ambitieux. Dans la réalité, c’est une blague. Les recettes ? Des suppressions de postes ici, un gel des embauches là . Rien qui ne fasse mal. Rien qui ne change quoi que ce soit.
Et puis, il y a le CICE. Ce cadeau aux entreprises qui coûte 20 milliards par an. Une mesure phare… qui ne crée pas un seul emploi en plus. Juste un trou dans les comptes publics.
Macron : le tour de passe-passe qui n’a pas marché
- Macron arrive avec un discours clair : « La France va se réveiller. »
Sauf que la dette, elle, ne se réveille pas. Elle s’endort. Profondément.
En cinq ans, la dette française a augmenté de plus de 1 000 milliards d’euros. De 95 % du PIB en 2017 à 112 % aujourd’hui. Un record. Un désastre.
Et Macron dans tout ça ? Il joue les équilibristes. D’un côté, il promet des réformes. De l’autre, il lance des plans pharaoniques : France 2030 (54 milliards), le bouclier tarifaire (40 milliards), les aides aux entreprises en crise (encore des milliards).
Le problème ? Ces plans, ils ne sont jamais financés. Ou alors, ils le sont… avec de la dette. Encore. Toujours.
Prenez l’exemple d’EDF. En 2022, l’État injecte 15 milliards pour sauver le géant électrique. Une opération de sauvetage classique. Sauf que cette fois, c’est pire : l’argent vient… de la dette. La dette publique augmente pour sauver une entreprise publique. Une boucle sans fin.
Et les marchés ? Ils regardent. Ils attendent. Ils savent que la France triche. Elle ne réduit pas ses dépenses. Elle ne touche pas aux vrais problèmes. Elle se contente de réorganiser la dette, de la faire passer d’un bilan à un autre, comme un joueur de poker qui change de paquet de cartes sans jamais montrer ses atouts.
Le chiffre que personne ne veut commenter
En 2023, la France a émis près de 300 milliards d’euros de dette. 300 milliards. En une seule année. Pour quoi faire ?
- 100 milliards pour financer le déficit (qui reste à 5,5 % du PIB, soit bien au-dessus des 3 % imposés par Maastricht).
- 80 milliards pour refinancer de la dette existante (oui, on rembourse des dettes avec… de la dette).
- Le reste ? Des plans sociaux déguisés en investissements, des subventions aux énergies vertes qui ne servent à rien, des aides aux ménages qui creusent le trou.
Et le pire ? Les taux d’intérêt montent. En 2020, l’État empruntait à 0,1 %. Aujourd’hui, il paie 3,5 %. Une hausse qui coûte plus de 10 milliards par an en intérêts supplémentaires.
Pourtant, personne ne panique. Personne ne dit : « Assez. » Parce que la France, c’est la France. On lui pardonne tout. Même quand elle ment.
Ce qui se passe quand les marchés ferment les yeux
Moody’s pourrait dégrader la France ce vendredi. Une dégradation, ce n’est pas une catastrophe immédiate. C’est un signal. Un avertissement.
Sauf que les marchés, ils savent déjà . Ils le savent depuis longtemps. Ils ferment les yeux parce qu’ils n’ont pas le choix. La France, c’est le deuxième marché obligataire d’Europe. Si tu la dégrades, tu dégrades toute la zone euro. Alors on attend. On attend que ça explose. Ou qu’un autre pays prenne le relais.
Mais attention : cette fois, ce n’est pas qu’une question de notation. C’est une question de confiance. Et la confiance, une fois perdue, elle ne revient pas.
Prenez l’exemple de l’Italie. En 2011, elle a frôlé la faillite. Résultat ? Les taux ont explosé. Les banques italiennes ont failli s’effondrer. Aujourd’hui, l’Italie paie 4 % d’intérêt sur sa dette à 10 ans. La France, elle, est à 3,5 %. Pour l’instant.
Mais si Moody’s passe à l’acte, ce ne sera plus une question de notation. Ce sera une question de survie. Parce que les investisseurs, eux, ils commencent à se poser des questions. Et quand les investisseurs se posent des questions, les États tremblent.
Pourquoi les régulateurs n’ont pas réagi à temps
La Banque de France, la Commission européenne, la BCE… Tous ont vu le danger venir. Tous ont fermé les yeux.
Pourquoi ? Parce que la France, c’est un cas particulier. C’est le pays où l’État est partout. Où les syndicats font la loi. Où les réformes se heurtent à des murs de béton.
Prenez les retraites. Depuis 2010, on nous dit que « c’est urgent ». On nous promet des réformes. On recule. On tergiverse. Résultat ? Le déficit des retraites explose. En 2023, il a atteint 20 milliards. Et personne ne propose de vrai plan. Juste des ajustements de dernière minute, des reports, des demi-mesures.
Même chose pour les hôpitaux. 12 milliards de déficit par an. Des lits qui ferment, des médecins qui partent, des patients qui attendent. Et l’État ? Il injecte des milliards… sans jamais toucher à l’organisation. Parce que toucher à ça, c’est toucher à des intérêts bien établis. À des privilèges. À des lobbies.
La France, c’est un pays où l’on préfère dépenser plus que réformer. Où l’on préfère mentir que choisir. Où l’on préfère attendre que agir.
La dette n’est pas un problème économique, c’est un problème politique
La dette française, ce n’est pas une question de chiffres. C’est une question de volonté.
- Volonté de ne pas toucher aux retraites parce que ça fâche.
- Volonté de ne pas supprimer les niches fiscales parce que ça coûte cher en voix.
- Volonté de ne pas réduire les dépenses publiques parce que ça signifie moins de pouvoir.
La France, c’est le pays où l’on préfère emprunter plutôt que décider. Où l’on préfère reporter plutôt que assumer. Où l’on préfère mentir plutôt que réformer.
Et le pire ? Personne ne veut assumer. Ni les présidents, ni les ministres, ni les experts. Tout le monde sait que le système est pourri. Tout le monde sait que ça va exploser. Mais personne ne veut être celui qui sonne l’alarme.
Ce qui nous attend
Moody’s va dégrader la France. Pas demain. Pas dans six mois. Déjà .
Et après ? Après, il faudra choisir. Soit on fait semblant d’agir. Soit on agit vraiment.
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Option 1 : On continue comme avant. On emprunte encore. On attend que les taux montent. On espère que les marchés ne remarqueront pas. Résultat ? Une crise en 2027. Une crise pire que 2008. Une crise où la France sera obligée de se plier aux exigences de Bruxelles. Où l’État devra vendre des pans entiers de son patrimoine. Où les Français paieront l’addition.
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Option 2 : On arrête de mentir. On touche aux retraites. On supprime les niches fiscales inutiles. On réduit les dépenses publiques. On vend ce qui doit être vendu. Résultat ? Ça fait mal. Ça fâche. Mais au moins, on respire.
La France a le choix. Elle a toujours eu le choix.
Sauf que depuis quinze ans, elle ne choisit jamais. Elle tergiverse. Elle attend. Elle espère.
Et cette fois, les marchés ne joueront plus le jeu.
La dette française n’est pas un problème de gestion. C’est un problème de courage.