Le profil type n’existe plus
Election Québec a publié les données brutes. Pas de filtres, pas de joli tableau. Juste 908 noms, âges, adresses, professions. Et des trous. Beaucoup de trous. Par exemple : 43% des candidats n’ont jamais fait de politique avant. Zéro. Rien. Pas même un conseil municipal. Juste un jour, ils ont décidé : « Moi, je veux être député. » Et ils ont signé les papiers. 100$ plus des frais de scellés, et hop. Le tour est joué.
Pourtant, vous allez voter pour eux. Parce que les partis les ont sélectionnés. Ou pas. Certains sont des soldats envoyés par un chef, d’autres des lâchers de ballons : des candidats fantômes qu’on abandonne après l’élection. Le Parti libéral, par exemple, a présenté 73 candidats. Parmi eux, 18 n’ont aucun lien avec le parti avant 2022. Juste un nom sur une liste. Comme si on vous vendait une voiture d’occasion sans vous dire que le moteur est neuf.
Et puis il y a ceux qui reviennent. Les retours de manivelle. Des gens qui ont déjà perdu une élection, parfois deux. Comme Jean-François Simard, candidat péquiste dans Charlevoix en 2018 et 2022. Cette fois, il retente sa chance. Sauf que cette fois, c’est sous la bannière d’un autre parti. Parce que bon, après deux échecs, autant essayer ailleurs. Le Québec, terre de secondes chances.
L’argent parle, mais pas toujours celui qu’on croit
Vous vous dites peut-être : « Au moins, ils sont riches, ces candidats ! » Détrompez-vous. La majorité ne roulent pas sur l’or. Mais ceux qui en ont… ça se voit.
Prenez Pierre-Karl Péladeau, fils de Québecor. Lui, il a les moyens. Pas besoin de lever un sou pour sa campagne. En revanche, il y a Jean-Martin Aussant, candidat solidaire dans Montréal-LaSalle. Lui, il a un casier judiciaire. Condamné pour fraude en 2011. Pas de quoi le disqualifier, mais bon à savoir quand on vote pour lui.
Et puis il y a les fortunes obscures. Comme ce candidat de la CAQ dans les Laurentides, qui déclare un revenu de 1,2 million par an. Sans préciser d’où ça vient. Parce que oui, au Québec, on peut se présenter sans avoir à justifier ses revenus. Juste un chiffre dans une case. Comme si vous achetiez une maison sans visite.
Le vrai problème ? Personne ne vérifie.
Les partis ne font pas de due diligence. Les médias non plus. Résultat : vous allez voter pour des gens dont vous ne savez rien. Pas même leur âge. Parce que 123 candidats sur 908 n’ont pas indiqué leur date de naissance. Juste un trou. Comme si on vous disait : « Voici votre médecin, mais on ne sait pas s’il a 30 ou 80 ans. »
Et les femmes ? Elles sont 32% des candidats. C’est mieux qu’en 2018 (29%), mais ça reste faible. Surtout quand on voit que dans certaines régions, comme l’Outaouais, il n’y a aucune candidate dans trois circonscriptions. Zéro. Comme si les femmes n’existaient pas.
Ce qui ne change pas ? Les vieux.
L’âge moyen des candidats : 52 ans. Oui, vous avez bien lu. La moitié ont plus de 50 ans. Et les moins de 30 ans ? 14 candidats. Quatorze. Sur 908. Comme si on vous disait : « Votre député sera probablement plus vieux que votre père. Désolé. »
Pourtant, il y a des exceptions. Comme Élodie Martel, 28 ans, candidate solidaire dans Mercier. Elle, elle a un profil LinkedIn. Des études en science politique. Une carrière dans le milieu communautaire. Pas comme les autres. Mais elle est seule dans son genre.
Le piège des apparences
Vous allez voter pour un visage. Une photo. Un sourire. Pas pour un projet. Parce que 68% des candidats n’ont pas de site web. Juste une page Facebook avec trois posts. Comme si vous achetiez un frigo sans voir l’intérieur.
Et les programmes ? Ils sont souvent copiés-collés. Des phrases toutes faites. Des promesses vagues. « Je défendrai les familles. » « Je travaillerai pour vous. » Bref, des trucs qu’on pourrait écrire pour n’importe quelle circonscription.
Alors, vous votez pour qui ?
Vous n’avez pas le choix. Parce que les partis choisissent leurs candidats. Et eux, ils choisissent ceux qui cochent les cases. Pas ceux qui ont des idées. Pas ceux qui vous ressemblent. Juste ceux qui peuvent gagner.
Résultat : vous allez élire des gens que vous ne connaissez pas. Des gens qui ne vous connaissent pas non plus. Des gens qui, peut-être, ne savent même pas pourquoi ils se présentent.
C’est ça, la démocratie québécoise en 2023. Pas glamour. Pas rassurant. Mais c’est comme ça.
Alors, la prochaine fois que quelqu’un vous dit « Votez pour moi, je suis un bon gars », demandez-lui : « Et vous, vous savez même ce que vous voulez ? » Parce que lui, peut-être, non plus.