Un processus qui tue l’enthousiasme avant même le début
Les primaires démocrates en 2024 ressemblent à un film catastrophe en trois actes : d’abord, l’hésitation ; ensuite, la résignation ; enfin, le vote par défaut. Prenez le cas de Gavin Newsom, gouverneur de Californie, qui a lancé sa campagne en janvier avec des promesses de renouvellement. Trois mois plus tard, il a abandonné, écrasé par les attaques sur son bilan et par l’indifférence des bases. Même sort pour Dean Phillips, représentant du Minnesota, qui a jeté l’éponge en avril après avoir dépensé $20 millions de sa poche pour des résultats nuls. Le problème ? Les démocrates ne veulent pas d’un sauveur, ils veulent un bouc émissaire.
Et puis il y a Biden. Lui, on le sait perdant. Les débats ? Un désastre. Les gaffes ? Légendaires. Pourtant, il reste en course parce que personne n’a le courage de le défier vraiment. Pourquoi ? Parce que le parti a peur. Peur de l’inconnu. Peur de l’extrême gauche qui effraie les modérés. Peur, surtout, de perdre. En 2016, Hillary Clinton a cru avoir tout gagné… avant de se faire démolir par Trump. En 2020, Biden a frôlé la catastrophe face au même adversaire. Donc en 2024, ils rejouent la même partition, mais en plus lent.
Sauf que cette fois, l’opposition n’est pas Trump. C’est le désengagement. Seulement 30 % des électeurs démocrates (selon Pew Research, 2023) se disent « très enthousiastes » à l’idée de voter. Le reste ? Des zombies politiques, prêts à voter pour n’importe qui… du moment que ce n’est pas l’autre bord.
L’erreur stratégique : croire que l’expérience suffit
Biden mise tout sur un argument : « Moi, au moins, je connais le job. » Problème : en 2024, les électeurs ne veulent plus entendre parler de « gestion de crise ». Ils veulent du changement. Or, Biden incarne l’immobilisme.
Prenez la question du Gaza. En 2020, Biden a voté pour une aide militaire à Israël sans condition. En 2024, il répète la même chanson, alors que les jeunes démocrates (celle catégorie qui vote de plus en plus) exigent un basculement. Résultat ? 60 % des moins de 30 ans (selon AP-NORC, 2023) se disent « déçus » par sa position. Pourtant, personne ne lui demande des comptes. Pourquoi ? Parce que les primaires sont truquées.
Le système des superdelegates (ces élus qui peuvent voter même sans primaire) donne un pouvoir démesuré aux vieux barons du parti. En 2016, ils ont sauvé Hillary Clinton contre Bernie Sanders. En 2024, ils feront de même pour Biden. Mais à quoi bon ? Les primaires ne sont plus un concours d’idées, mais une loterie où les outsiders n’ont aucune chance.
Le vrai danger : quand les primaires deviennent un suicide collectif
Imaginez la scène : Biden arrive au sommet de la primaire, épuisé, haï par une partie de sa base, et affaibli par des attaques internes. C’est exactement ce qui est arrivé à Obama en 2008. À l’époque, les démocrates avaient cru que l’enthousiasme suffirait. Résultat ? Une victoire historique, suivie de huit ans de désillusion. En 2024, le risque est le même : un candidat imposé, pas choisi.
Et puis il y a l’effet Trump. Le républicain a compris une chose simple : les primaires, c’est là que se gagne ou se perd une élection. Il a écrasé ses rivaux en 2016, puis en 2020, malgré ses excès. Les démocrates, eux, jouent à la belote. Ils croient que la modération suffit. Sauf que Trump n’est plus le même. Et Biden non plus.
Le pire ? Personne ne veut en parler. Les médias évitent le sujet. Les candidats évitent les débats serrés. Même les militants baissent les bras. C’est ça, la vraie crise du Parti démocrate : ils ont peur de se regarder en face.
La dernière chance : et si c’était trop tard ?
Il reste une lueur d’espoir. Les primaires en Iowa et New Hampshire. Si un candidat comme Bernie Sanders ou Marianne Williamson arrive à créer un raz-de-marée là-bas, peut-être que le parti réveillera. Mais les bookmakers misent sur Biden à 7/1 (selon OddsJockey, mai 2024). Pourquoi ? Parce que personne ne veut assumer la responsabilité d’un échec.
Le problème, c’est que l’histoire ne pardonne pas les demi-mesures. En 2000, les démocrates ont cru que Gore était intouchable. Résultat : Bush. En 2016, ils ont cru que Clinton était invincible. Résultat : Trump. En 2024, ils croient encore que Biden est le moindre mal. Mais le moindre mal, ça se paie toujours.
Alors voici la question qui tue : Et si, cette fois, ils avaient tort ?