Le chiffre qui ne ment pas : 2022, l’année où la forêt a respiré un peu moins vite dans le monde, mais pas en Afrique centrale
En 2022, la planète a perdu 9,3 millions d’hectares de forêt, soit 10 millions de terrains de football par jour, selon le dernier rapport Global Forest Watch (publié mercredi). C’est moins qu’en 2021. Moins qu’en 2020. Moins qu’en 2019, même. La tendance est là : la déforestation ralentit. Sauf en Afrique centrale. Là-bas, les scies tournent toujours à plein régime. Le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie, a perdu 3,4 millions d’hectares rien qu’en 2022. Soit plus que toute l’Europe en un an. Et personne ne bronche vraiment.
Pourtant, les raisons de s’inquiéter ne manquent pas. El Niño revient, et avec lui, la sécheresse. Les feux de forêt en Indonésie ont déjà carbonisé des millions d’hectares cette année. Mais c’est en Afrique centrale que la situation bascule : les forêts y disparaissent deux fois plus vite qu’il y a dix ans. Et les promesses des États ? Des vœux pieux. Le Cameroun a promis de planter 10 millions d’arbres d’ici 2025. Résultat ? 3 millions plantés. Et 5 millions abattus.
Pourquoi cette exception africaine ? Parce que le bois, là-bas, c’est l’or noir. Pas celui qui s’écoule dans les pipelines, mais celui qui nourrit les chantiers chinois, les meubles suédois et les parquets français. La République démocratique du Congo (RDC) exporte plus de bois que le Brésil. Plus que l’Indonésie. Plus que la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Et personne ne vérifie d’où il vient.
Le bois illégal, ce fléau qui pourrit tout
En 2021, une enquête de Greenpeace et Rainforest Foundation UK a révélé que la moitié du bois exporté depuis la RDC était illégal. Des permis falsifiés, des forêts protégées rasées, des communautés locales chassées. Le marché ne demande qu’une chose : du volume. Peu importe la source.
La Chine en est le premier client. 60 % du bois congolais part là-bas. Les Européens ferment les yeux. L’Union européenne a bien un règlement sur le bois illégal, mais son application ? Lente. Bureaucratique. Inefficace. En 2022, seulement 12 % des importations européennes ont été contrôlées. Les douanes françaises ? Elles saisissent 5 conteneurs sur 1 000.
Pourtant, les preuves sont accablantes. En 2020, une étude de WWF a montré que les forêts congolaises reculaient de 2 200 km² par an. À ce rythme, le bassin du Congo pourrait perdre la moitié de ses arbres d’ici 2040. Et après ? Après, ce sont les pluies qui changeront. Les sécheresses qui s’aggraveront. Les espèces qui disparaîtront. Incluant celles dont les scientifiques ignorent encore l’existence.
El Niño, ce coup de pouce qui va tout accélérer
Les météorologues l’avaient annoncé : 2023 serait l’année El Niño. Traduction : sécheresses, incendies, forêts qui s’embrasent. L’Indonésie a déjà connu son pire mois de feux de forêt depuis 2019. Mais en Afrique centrale, le phénomène pourrait être pire. Parce que les forêts y sont déjà fragilisées.
En 2015, un El Niño précédent avait transformé des zones humides du Congo en savanes. Les arbres étaient morts. Les sols, stériles. Cette fois, les scientifiques craignent un effet domino : moins de pluie, plus de feux, des communautés qui coupent encore plus pour survivre. Et les États ? Ils regardent ailleurs. La RDC a bien un plan national de réduction de la déforestation, mais il manque de moyens. Le budget alloué ? 0,05 % du PIB.
Pourtant, les solutions existent. La Norvège a déjà injecté 1,7 milliard de dollars pour protéger les forêts congolaises. Mais l’argent s’évapore dans des projets pharaoniques qui ne servent à rien. Un exemple ? Le projet REDD+, censé récompenser les pays qui protègent leurs forêts. Résultat ? Les communautés locales n’ont rien vu. Les arbres, si.
L’Afrique centrale, le maillon faible d’une chaîne qui pourrit
Le problème, c’est que personne ne veut vraiment régler le problème. Les Européens ferment les yeux parce que leur meuble design coûte moins cher. Les Chinois achètent parce que leur économie a soif de ressources. Les États africains ? Ils n’ont pas les moyens de contrôler.
Et les ONG ? Elles crient dans le désert. En 2022, Global Witness a recensé 220 écologistes assassinés dans le monde. La moitié en Afrique centrale. Parce que défendre la forêt, là-bas, c’est signer son arrêt de mort.
Alors, que faire ?
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Arrêter d’importer du bois non traçable. L’UE a un règlement. Elle ne l’applique pas. Faut-il attendre un scandale pour agir ?
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Financer des garde-forêts locaux, pas des projets bureaucratiques. Les communautés savent mieux que quiconque protéger leur territoire. Mais elles n’ont pas les moyens.
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Sanctionner les pays qui ne respectent pas les accords climatiques. La RDC a signé l’accord de Paris. Elle le respecte comme elle veut.
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Accepter que la déforestation en Afrique centrale, c’est notre problème aussi. Parce que les forêts du Congo régulent le climat mondial. Parce que leurs arbres stockent du CO₂. Parce que leurs rivières alimentent des millions de personnes en Afrique et en Europe.
Le monde a les yeux rivés sur l’Amazonie. Mais c’est en Afrique centrale que se joue la prochaine crise écologique.
Ce que personne ne dit : et si c’était trop tard ?
Les rapports s’accumulent. Les alertes aussi. Mais les forêts continuent de tomber.
En 2022, le bassin du Congo a perdu plus de surface que la France en un an. Et en 2023, avec El Niño, ce sera pire.
La question n’est plus de savoir si on va agir. Mais si on agira à temps.