En 2024, l’Arctique représente 13 % des terres émergées non encore revendiquées. Pourtant, quand le Danemark et le Groenland signent un accord avec les États-Unis pour « renforcer la sécurité » de leurs eaux territoriales, on vous parle surtout de coopération et de paix. Sauf que personne ne vous dit pourquoi la Chine, elle, n’est pas à la table des négociations. Pas plus qu’on ne vous explique comment un territoire aussi vaste, 2,1 millions de km² pour le Groenland seul, selon le Danish Polar Center, peut être surveillé efficacement sans moyens militaires lourds. Les États-Unis y déploient des drones et des bases, mais les Groenlandais, eux, n’ont toujours pas de police côtière digne de ce nom. Un détail ? Pas vraiment.
L’accord cache un problème : l’Arctique n’est pas une zone neutre
Officiellement, cet accord est une « collaboration renforcée » pour la sécurité maritime et la lutte contre le braconnage. Traduction : les États-Unis veulent s’assurer que Pékin ne s’installe pas plus qu’elle ne l’a déjà fait. La Chine a investi des milliards dans des ports au Groenland, comme celui de Nuuk, où elle a racheté des parts en 2019, et dans des infrastructures en Arctique russe. Mais personne ne vous dit que le Danemark, lui, n’a pas les moyens de contrôler ses propres eaux.
Prenez l’exemple de Pituffik, cette base aérienne américaine au nord-ouest du Groenland. Elle coûte 200 millions de dollars par an aux États-Unis, selon un rapport du Congressional Research Service en 2023. Le Danemark, lui, dépense trois fois moins pour toute sa défense. Résultat : quand un navire chinois s’approche des côtes groenlandaises, qui le repère ? Qui le suit ? Qui décide de l’arrêter ?
Les autorités locales répondront que c’est « une question de souveraineté ». Oui, mais laquelle ? Celle du Danemark, qui gère les affaires étrangères ? Celle du Groenland, qui veut son autonomie ? Celle des États-Unis, qui y installent des bases ? Personne n’a tranché.
Le Groenland, ce territoire qui n’existe pas vraiment sur les cartes géopolitiques
Le Groenland n’est pas un pays. C’est une région autonome du Danemark, avec un gouvernement local, mais sans armée, sans flotte de guerre, et sans traité de défense clair. Pourtant, c’est là que se joue une partie de l’avenir de l’Arctique. Pourquoi ? Parce que le réchauffement climatique y ouvre des routes maritimes stratégiques.
En 2020, le passage du Nord-Est, cette route qui relie l’Asie à l’Europe en évitant le détroit de Gibraltar, a été navigable sans glace pendant 100 jours, contre seulement 20 en 2010, selon l’Arctic and Antarctic Research Institute russe. Les Chinois l’ont compris. Ils y envoient des brise-glaces, des cargos, et des scientifiques. Les États-Unis aussi. Mais le Groenland, lui, n’a même pas de garde-côtes capable d’intercepter un navire suspect.
Alors oui, un accord de sécurité est signé. Mais qui protège vraiment qui ? Les États-Unis protègent leurs intérêts, le Danemark protège son image, et le Groenland… protège quoi, au juste ? Son autonomie ? Son territoire ? Personne ne vous dit que les Groenlandais eux-mêmes ne sont pas tous d’accord sur cette collaboration avec Washington.
La Chine, ce fantôme qui fait peur sans être invité
Quand on parle d’Arctique, tout le monde regarde vers la Chine. Et pour cause : Pékin a publié sa stratégie polaire en 2018, et elle est claire. Elle veut des ports, des routes, des ressources. Elle n’a pas signé cet accord avec le Danemark, mais elle est déjà là.
En 2021, la Chine a ouvert un centre de recherche polaire à Shanghai pour étudier l’Arctique. Sans y avoir de territoire. Pendant ce temps, le Groenland, lui, doit négocier avec les États-Unis pour avoir des moyens de surveillance basiques. C’est ça, la vraie faille de l’accord.
Personne ne vous dit que la Chine ne respecte pas les règles. Elle pêche illégalement dans les eaux russes, elle contourne les sanctions en passant par des ports neutres… Et personne ne l’arrête. Parce qu’elle n’a pas signé d’accord ? Parce qu’elle est trop puissante ? Peut-être les deux.
Et si l’Arctique devenait le prochain théâtre des tensions ?
Les États-Unis et le Danemark parlent de « sécurité ». Mais de quelle sécurité ? Celle des ressources ? Celle des routes maritimes ? Celle des populations locales ? Les Inuits du Groenland, eux, ne voient pas vraiment en quoi cette collaboration les protège.
En 2022, une étude de l’Inuit Tapiriit Kanatami (l’organisation qui représente les Inuits au Canada) montrait que 70 % des communautés côtières groenlandaises manquent d’infrastructures de base, routes, hôpitaux, écoles. Alors oui, on parle de sécurité nationale. Mais qui sécurise les villages qui n’ont pas d’eau potable ?
L’accord avec les États-Unis ne change rien à ça. Il ajoute une couche de surveillance militaire, mais il ne résout pas le vrai problème : l’Arctique n’a pas de règles claires, et personne ne veut en établir.
La Chine avance sans signer d’accord. La Russie occupe des territoires contestés. Les États-Unis installent des bases. Et le Groenland, lui, reste en équilibre sur une faille.
Pas besoin d’être un expert pour comprendre une chose : quand tout le monde veut une part du gâteau, c’est celui qui a le couteau qui décide. Et là, le Groenland n’a même pas de couteau. Juste des promesses.
Alors oui, annoncez un accord. Mais ne vous surprenez pas si, dans cinq ans, on parle toujours des mêmes problèmes.