Da Nang booste ses récoltes, mais les prix restent au sol

Les chiffres du troisième trimestre 2026 le montrent : Da Nang produit plus, mais les agriculteurs locaux ne voient pas leurs revenus suivre. Pourquoi cette dissonance ? Et que font les coopératives pendant que les prix s’effondrent ?

Publié le 6 octobre 2026 à 18:07
Da Nang booste ses récoltes, mais les prix restent au sol

Les chiffres mentent un peu sur la réalité des champs

Da Nang mise sur ses terres fertiles et son climat. Résultat : les statistiques brillent. Le rapport souligne que la production globale reste stable, mais que la productivité par hectare a bondi. Problème : cette stabilité cache une réalité plus crude. Les coopératives agricoles locales, comme celle de Thanh An, ont investi dans des semences améliorées et des techniques d’irrigation plus efficaces. Sauf que ces gains se font au détriment des petits producteurs, ceux qui n’ont pas les moyens de s’équipper. Ils vendent leur récolte aux grossistes à perte, parce que les coopératives, elles, négocient en gros avec les exportateurs. Et les exportateurs ? Ils ont un seul mot d’ordre : prix bas.

Pourtant, les chiffres du rapport sont là. Le manioc, par exemple, affiche une hausse de rendement de 12 %. Mais si vous allez sur le marché de Son Tra, vous verrez des paysans écouler leur production à 3 500 dongs le kilo, soit 20 % de moins qu’en 2025. Alors oui, Da Nang produit plus. Mais qui en profite vraiment ?

Les coopératives jouent les arbitres, sans arbitrage

Les autorités locales se félicitent de la stabilité. Les médias relaient les discours sur l’« optimisation des ressources ». Mais optimiser pour qui ? Les coopératives, comme celle de Lien Chieu, centralisent les récoltes et fixent les prix d’achat. Elles argumentent avec les coûts logistiques, les frais de stockage, les marges des exportateurs. Sauf que ces mêmes coopératives achètent les intrants, engrais, pesticides, à prix d’usine, souvent subventionnés par la ville. Où est la marge qui justifierait des prix d’achat aussi bas ?

Un exemple ? Le poivre de Da Nang, autrefois réputé, se vend maintenant 40 % moins cher qu’il y a deux ans. Les coopératives exportent, mais les paysans ne voient pas la couleur. Pire : certaines coopératives prêtent de l’argent aux agriculteurs pour acheter des semences, puis déduisent le montant des futures récoltes. Un système qui ressemble à de l’esclavage moderne, version agricole.

Les marchés ferment les yeux, et les subventions aussi

Da Nang a un atout : ses terres près de la mer. Le climat est idéal pour le riz, le manioc, les fruits. Mais les subventions publiques ne suivent pas. Le rapport mentionne des aides limitées aux petits producteurs, alors que les grandes exploitations et les coopératives bénéficient de contrats avantageux avec l’État. Résultat ? Les paysans qui ne sont pas dans le système coopératif sont laissés pour compte.

Et les exportateurs ? Ils achètent au prix du marché mondial, qui s’effondre. Le Vietnam, deuxième exportateur mondial de riz, voit ses prix baisser à cause de la concurrence indonésienne et thaïlandaise. Da Nang, en tant que ville portuaire, est en première ligne. Les coopératives locales exportent massivement, mais les paysans ne voient que les miettes. Pendant ce temps, les prix à l’export sont dictés par la Chine et l’Inde, qui inondent le marché.

Ce que le rapport ne dit pas sur les terres qui disparaissent

Les chiffres du rapport sont nets : +8 % pour le riz, +12 % pour le manioc. Mais personne ne parle de l’étalement urbain. Da Nang grandit. Les zones agricoles rétrécissent. Les permis de construire se multiplient, surtout près des côtes. Or, les terres les plus fertiles sont juste là, près de la mer. Les paysans qui refusent de vendre voient leurs champs expropriés pour des projets immobiliers. Officiellement, ils sont réinstallés ailleurs. Officieusement, ils perdent tout.

Le rapport mentionne une « gestion durable des terres », mais les faits sont têtus. Entre 2020 et 2026, Da Nang a perdu plus de 15 000 hectares de terres arables, selon des données non officielles du Bureau des ressources naturelles. Où iront les paysans dont les champs ont disparu ? Dans des zones moins fertiles, où les rendements chuteront. Et les coopératives ? Elles continueront à acheter au prix du marché, parce que c’est comme ça.

La vraie question : et après ?

Da Nang produit plus. Les chiffres sont là. Mais la productivité ne sert à rien si les paysans ne mangent pas à leur faim. Les coopératives s’enrichissent, les exportateurs aussi. Les petits producteurs, eux, attendent. Ils attendent que les prix montent. Ils attendent que les subventions arrivent. Ils attendent que quelqu’un leur explique pourquoi, malgré les records de récolte, personne ne se soucie vraiment d’eux.

Le rapport du troisième trimestre est un miroir. Il reflète une ville qui grandit, qui exporte, qui affiche des chiffres. Mais il ne montre pas les visages de ceux qui, chaque matin, partent aux champs avec l’espoir que cette fois, les comptes seront bons. Spoiler : ils ne le seront pas.

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R Galaxie Rédaction

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