Pourquoi le gouvernement ment sur les chiffres ?
Pas tout à fait. Mais il les édulcore. Prenez les données des urgences : selon le réseau OSCAR (Observatoire des Soins et des Urgences), les passages pour symptômes respiratoires ont bondi de 40 % en un mois. Les médecins généralistes, eux, alertent depuis juin sur une hausse des cas graves chez les 60 ans et plus, une tranche pourtant censée être bien couverte par les vaccins. « On voit des formes sévères chez des personnes vaccinées, mais aussi des non-vaccinés qui débarquent en réa avec des poumons à 15 % », raconte le Dr. Laurent, urgentiste en Bretagne. Problème : ces chiffres-là, le gouvernement ne les met pas en avant. Pourquoi ? Parce qu’ils cassent son récit. « La situation est sous contrôle », répète-t-on. Sauf que le contrôle, c’est comme la chasteté : ça se discute.
Et puis il y a l’Italie. Depuis début septembre, le pays fait face à une quatrième vague, avec 10 000 cas par jour et des hôpitaux saturés dans le Nord. Résultat ? L’Allemagne a avancé sa campagne de rappel pour ses 70 ans et plus. La France ? Rien. « On attend les données », dit-on. Lesquelles ? celles de Santé publique France, qui existent déjà. Ou celles de l’OMS, qui depuis juin tire la sonnette d’alarme sur les nouveaux sous-variants (comme JN.1, plus contagieux que ses prédécesseurs) ? Non. On attend. On tergiverse. Comme en 2020, quand on a attendu que les réas soient pleines pour agir.
La vraie raison : le vaccin, c’est la variable politique
Avancer la campagne de vaccination en octobre ? Ça fait mauvais genre. D’abord, parce que Macron a promis de « tourner la page » du Covid depuis des mois. Ensuite, parce que les élections européennes approchent, et personne ne veut être accusé de « paniquer » ou de « gâcher l’été ». Le gouvernement joue la montre, comme il l’a toujours fait : attendre que la crise soit trop visible pour réagir, puis faire comme si on avait toujours su.
Mais le vrai calcul, c’est l’automne. Si on lance la campagne en octobre, comme prévu, ça fait une belle photo : « Le gouvernement protège les Français en temps utile ! ». Sauf que le temps utile, c’est maintenant. Pas dans six semaines. Les variants ne font pas grève. Ils mutent, ils circulent, et chaque semaine perdue, c’est des centaines de milliers de doses en moins injectées. Et des vies en plus.
Preuve de cette stratégie à deux vitesses : la France a commandé 50 millions de doses de vaccin modernisé (adapté aux nouveaux variants)… mais elle n’a pas encore commencé à les distribuer. Pourquoi ? Parce que ça compliquerait les plannings. Parce que ça forcerait à reconnaître que la situation est plus grave qu’on ne le dit. Et ça, le gouvernement ne veut pas.
Ce que les hôpitaux savent déjà (et que vous ignorez)
Vous ne le verrez pas dans les communiqués. Mais les services de réanimation le savent : les patients Covid reviennent. Pas en nombre record, non. Pas encore. Mais assez pour que les soignants commencent à serrer les dents.
Prenez le CHU de Rennes : en août, 3 patients Covid en réa. En septembre, 12. « On a l’habitude, on gère », dit-on à l’accueil. Sauf que non. Parce que ces patients, ce ne sont pas que des vieux non-vaccinés. Ce sont des quadras en bonne santé, des infirmières, des profs qui tombent comme des mouches. Le vaccin protège, mais il ne protège pas à 100 %. Et personne ne vous le dira.
Pourquoi ? Parce que reconnaître l’échec partiel du vaccin, c’est admettre qu’on a menti sur son efficacité. Et le gouvernement ne veut pas de ça. Alors on minimise. On attend. On fait semblant de croire que le virus va se calmer parce qu’on a dit qu’il fallait.
Résultat : les stocks de vaccins s’accumulent. Les labos râlent (Sanofi a prévenu : « La France gaspille des doses »). Les médecins généralistes, eux, n’ont plus de stock depuis deux semaines. Parce que l’État a décidé de tout centraliser, comme en 2020. Sauf qu’en 2020, on avait une pénurie. Là, on a un problème de distribution.
La France a déjà perdu. Et elle ne le sait pas encore.
Octobre 2023. Le gouvernement va lancer sa campagne de vaccination. Comme prévu. Comme si de rien n’était.
Sauf que le virus, lui, n’a pas attendu. Il circule. Il mute. Et il va continuer.
La vraie question, ce n’est pas « Pourquoi avancer la campagne ? ». C’est « Pourquoi le gouvernement a-t-il mis autant de temps à le reconnaître ? »*.
Parce que la réponse, c’est simple : il n’a pas envie de perdre la face. Pas envie d’admettre qu’il a sous-estimé la menace. Pas envie de dire « On vous avait prévenus ». Alors on attend. On fait semblant. On joue les sourds.
Et pendant ce temps, le virus gagne.
Pas en nombre de morts, non. Pas encore. Mais en nombre de contaminations. En fatigue des soignants. En méfiance des Français. En perte de crédibilité.
La France a déjà perdu cette bataille. Elle ne le sait pas encore. Mais elle va le savoir.
Et ce sera trop tard.