Le vaccin contre la diphtérie a disparu des pharmacies marocaines
Vous cherchez le vaccin contre la diphtérie à Casablanca ou Rabat ? Bonne chance. Après la fausse alerte de Hay Hassani, LeBrief a testé : pharmacies, hôpitaux, Institut Pasteur. Résultat : introuvable. Pas de stock. Pas de date de réapprovisionnement. Juste un vide.
Pourtant, la diphtérie tue encore. En 2022, l’OMS recensait 1 200 cas dans le monde, avec un taux de mortalité de 5 à 10 %. Au Maroc, les derniers chiffres officiels datent de 2018 (source : Ministère de la Santé), mais les épidémies resurgissent là où la couverture vaccinale faiblit. Aujourd’hui, personne ne sait où est passé le stock.
Les médecins tirent la sonnette d’alarme
Dr. Ahmed El Moutawakel, pédiatre à Rabat, a reçu trois appels en une semaine. Trois parents, trois mêmes questions : « Où trouver le vaccin contre la diphtérie pour mon enfant ? » Sa réponse est toujours la même : « Je ne sais pas. Je n’en ai plus en stock. »
À Casablanca, le Dr. Fatima Zineb, généraliste dans le quartier des Habous, a dû annuler deux vaccinations prévues. « Les parents sont paniqués, explique-t-elle. Ils ont entendu parler de cette fausse rumeur sur les réseaux, puis plus rien. Résultat : ils se retrouvent avec des enfants non protégés. »
Le problème ? Personne ne communique. L’Institut Pasteur du Maroc, contacté à trois reprises, n’a répondu à aucune demande d’information. Le ministère de la Santé, sollicité par écrit, n’a pas daigné envoyer de réponse en 48 heures. Les pharmacies, elles, balayent d’un revers de main : « On attend la livraison. » Sans préciser quand.
Rupture de stock ou désorganisation ?
La rupture est officielle. Mais les explications ? Flou total.
D’après des sources internes au secteur pharmaceutique, le Maroc dépend à 80 % des importations pour ses vaccins. Or, depuis le début de l’année, les délais de livraison ont explosé. « Les fabricants asiatiques sont saturés, confirme un responsable d’une centrale d’achats. La demande mondiale a augmenté de 30 % après la pandémie. »
Sauf que la diphtérie, elle, ne prend pas de vacances. En 2023, l’Inde a connu une flambée de cas dans l’État du Rajasthan, avec 12 morts en trois mois. En Afrique subsaharienne, les épidémies persistent dans les zones où l’accès aux soins est limité. Au Maroc, où la couverture vaccinale était déjà de 92 % en 2019 (source : OMS), une baisse même minime peut suffire à faire repasser le seuil critique.
Pourtant, les autorités marocaines ne semblent pas s’en inquiéter. Ni communiqué de crise. Ni plan d’urgence. Rien. Juste l’espoir que les stocks « arriveront bien un jour ».
Ce que cache le silence des autorités
Le vrai problème, c’est que cette rupture n’est pas une surprise.
Depuis 2021, plusieurs pays ont signalé des pénuries de vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC). En France, en 2022, des régions entières ont dû faire face à des ruptures de stock du vaccin Pentavac, qui couvre ces trois maladies. Résultat : des enfants non vaccinés, des rappels reportés, et une remontée des cas.
Au Maroc, on semble avoir oublié cette leçon. Pas de stock de sécurité. Pas de plan B. Juste l’attente passive. « On nous avait prévenus, mais personne n’a agi », lâche un infirmier d’un centre de vaccination à Casablanca. « Maintenant, c’est la galère. »
Et les conséquences ?
- Des enfants non protégés. Certains parents, désespérés, se tournent vers des vaccins importés en contrebande depuis l’Europe. Sans garantie de qualité.
- Une méfiance accrue. Après la fausse alerte de Hay Hassani, beaucoup hésitent désormais à vacciner leurs enfants. « On nous dit un jour que c’est dangereux, le lendemain qu’il n’y a plus de vaccin… À force, les gens ne savent plus quoi croire », explique une mère de famille.
- Un système à la dérive. Si les ruptures de stock deviennent la norme, c’est tout le système de santé qui est en danger. « On ne peut pas gérer une épidémie sans vaccins », rappelle le Dr. El Moutawakel. « Et on ne peut pas non plus gérer des parents en colère quand leurs enfants tombent malades. »
La vraie question : qui est responsable ?
La réponse est simple : personne.
- Le ministère de la Santé ? Silence radio.
- L’Institut Pasteur ? Introuvable.
- Les pharmacies ? Elles se renvoient la balle.
- Les importateurs ? Ils attendent les livraisons sans communiquer.
Restez-vous les bras croisés ? Non. Pas si vous avez des enfants à protéger.
Si vous tombez sur ce texte en cherchant désespérément un vaccin, voici ce que vous pouvez faire :
- Vérifiez auprès de votre médecin traitant s’il a un stock caché (certains en gardent pour les urgences).
- Contactez directement les laboratoires (Sanofi Pasteur, GSK) pour savoir s’ils ont des délais de livraison.
- Exigez des réponses du ministère de la Santé. Envoyez-leur un mail (via leur site officiel) avec la référence « Rupture de stock vaccin diphtérie, Urgence sanitaire ».
Parce que si personne ne bouge, c’est vous qui allez payer.
Le Maroc joue avec le feu
La diphtérie n’est pas une maladie du passé. Elle tue encore. Et aujourd’hui, à Casablanca comme à Rabat, vos enfants sont vulnérables.
Pas de panique. Pas de dramatisation. Juste un constat : le système a échoué.
Maintenant, il faut agir. Avant qu’il ne soit trop tard.