Le 12 octobre dernier, Santé Publique France publiait un rapport qui ne surprend personne : les cas de grippe ont commencé à augmenter. Pas en flèche, non. Juste assez pour que les services de réanimation de Lyon, Marseille et Lille commencent à serrer les ceintures. Le problème ? Ce n’est pas que la grippe. C’est la grippe plus le COVID plus les rhumes de saison, et les trois ensemble forment un cocktail que les médecins appellent déjà « le trio infernal ». À l’hôpital Cochin, à Paris, les urgences ont vu 30 % de consultations en plus pour des symptômes respiratoires en trois semaines. Pas de panique, disent les épidémiologistes. Juste un rappel : vous n’êtes pas immunisé contre tout simplement parce que vous avez survécu à deux hivers de COVID.
Pourquoi cette année est différente ?
D’abord, parce que personne ne sait vraiment ce qui circule. Les tests PCR et antigéniques distinguent encore le COVID des autres virus, mais les laboratoires sont saturés. Résultat : beaucoup de gens croient avoir la grippe alors qu’ils sont positifs au COVID, ou l’inverse. Pire, certains ont les trois en même temps. À l’hôpital Foch, près de Paris, un patient sur cinq admis pour des symptômes respiratoires en octobre avait à la fois la grippe, le COVID et un rhinovirus. Les médecins parlent de « co-infections », un terme qui sonne bien mais qui, sur le terrain, signifie plus de complications, plus d’hospitalisations, plus de gens qui traînent des symptômes pendant des semaines.
Ensuite, parce que la grippe elle-même est plus agressive cette année. Les souches dominantes, selon l’OMS, sont celles dits « Brisbane » et « Victoria », deux variants connus pour frapper fort sur les personnes âgées et celles avec des comorbidités. À Strasbourg, le CHU a déjà dépassé le seuil épidémique pour la grippe, alors qu’on n’en est qu’à la mi-octobre. Le pic est attendu pour décembre.
Et puis, il y a l’effet fatigue pandémique. Deux ans de masques, de gels hydroalcooliques et de « restez chez vous » ont usé les gens. Résultat : moins de vigilance. Les Français se mouchent sans se laver les mains, toussent sans se couvrir la bouche, et attendent trop avant d’aller voir un médecin. À Bordeaux, les urgences ont enregistré une hausse de 40 % des cas de bronchites depuis septembre. La plupart auraient pu être évitées.
Les symptômes qui trompent
Voici le vrai problème : on ne reconnaît plus les signes.
- La grippe : fièvre à 39-40°C, courbatures violentes, fatigue qui cloue au lit. Souvent, ça part en 48h, mais les complications (pneumonie, surinfection) peuvent tuer en quelques jours.
- Le COVID : toux sèche, perte de goût/odorat, fatigue qui traîne des semaines. Les variants actuels sont moins agressifs pour les poumons, mais plus sournois pour le système nerveux.
- Le rhume : nez qui coule, maux de gorge, fatigue légère. Ennuyeux, mais rarement grave.
Le piège ? Les trois peuvent se ressembler. Une toux + une fièvre = vous irez probablement vous faire tester pour le COVID. Mais si c’est la grippe, le test sera négatif, et vous prendrez peut-être un traitement inutile. À l’inverse, un rhume mal soigné peut se transformer en surinfection bactérienne, et là, c’est l’antibiotique qui s’impose.
À l’hôpital Européen Georges-Pompidou, les médecins prescrivent systématiquement une radio thoracique dès qu’un patient présente une fièvre persistante. Pourquoi ? Parce que entre le COVID et la grippe, les pneumonies se déclarent plus vite. Et une pneumonie, ça ne se soigne pas avec du paracétamol.
Ce que les autorités ne disent pas assez
Le gouvernement parle de « vigilance ». Les médias évoquent « une saison à risque ». Mais personne ne vous dit comment survivre à ça sans finir aux urgences.
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Le masque, oui, mais pas n’importe quand. Dans les transports bondés, en cas de symptômes chez un proche, ou si vous êtes immunodéprimé. Pas besoin de le porter pour aller acheter du pain.
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Les antiviraux existent, mais ils sont sous-utilisés. Pour la grippe, le Tamiflu réduit la durée des symptômes de 24 à 48h. À condition de commencer dans les 48h. Pour le COVID, les antiviraux (Paxlovid, Molnupiravir) sont encore trop peu prescrits. Pourquoi ? Parce que les médecins manquent de temps, et les patients ont peur des effets secondaires.
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Le lavage de mains reste la meilleure arme. Pas le gel. Le savon. 30 secondes, entre chaque phalange. Les virus respiratoires se transmettent par les mains avant même qu’on ne tousse.
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Si vous avez de la fièvre + une toux qui persiste 48h, allez aux urgences. Pas chez le médecin traitant. Les services d’urgence sont équipés pour faire des bilans rapides (radio, prise de sang, test PCR large). Attendre trop longtemps, c’est prendre le risque d’une hospitalisation inutile.
Le vrai danger : l’effet domino
Ce qui inquiète les réanimateurs, ce n’est pas tant le nombre de cas que la saturation des services. En 2022, la France a enregistré près de 20 000 décès liés à la grippe. 20 000. Un chiffre qui passe souvent inaperçu parce qu’il est noyé dans les statistiques de la COVID. Cette année, avec le trio viral, les pronostics sont moins rassurants.
À Nice, le CHU a déjà annulé des opérations non urgentes pour libérer des lits. À Rennes, les blocs de réanimation sont à 85 % de leur capacité. Et on n’en est qu’au début.
Le pire scénario ? Une nouvelle vague de COVID qui s’ajoute à la grippe et aux rhumes. Ça, ce serait la catastrophe. Parce qu’à ce moment-là, les hôpitaux ne pourront plus distinguer l’urgence de la routine.
Ce qu’on ne vous dira jamais
Les autorités minimisent toujours. « C’est une saison normale », « Les vaccins protègent », « Pas de panique ». Mais les chiffres mentent à moitié.
- Le vaccin contre la grippe a un taux d’efficacité de 40 à 60 %. Pas 95 %. Si vous l’avez pris, vous ne serez pas à l’abri.
- Le vaccin contre le COVID protège surtout contre les formes graves. Pas contre l’infection. Vous pouvez être vacciné et quand même attraper le virus.
- Les antibiotiques ne servent à rien contre les virus. À moins d’avoir une surinfection bactérienne.
Alors quoi faire ?
- Si vous tombez malade, isolez-vous immédiatement. Pas après deux jours de symptômes. Dès le premier éternuement.
- Ne prenez pas d’ibuprofène sans avis médical. Certains virus (comme la grippe) peuvent aggraver les infections si vous prenez des anti-inflammatoires.
- Surveillez les signes d’alerte : difficulté à respirer, douleurs thoraciques, confusion, fièvre qui ne baisse pas après 72h. Là, c’est l’urgence.
- Arrêtez de croire que « ça va passer tout seul ». Cette année, avec ce trio, ça ne passera pas tout seul pour tout le monde.
La saison grippale n’est pas une formalité. C’est un test. Un test pour les hôpitaux, pour votre système immunitaire, pour votre patience. Les chiffres montent. Les lits se raréfient. Et personne ne vous préviendra quand il sera trop tard.