En 2019, un juge fédéral avait bloqué une mesure de l’administration Trump visant à expulser des migrants vers des pays tiers, comme le Mexique ou le Guatemala, plutôt que de les renvoyer dans leur pays d’origine. Cinq ans plus tard, la Cour suprême, toujours à majorité conservatrice, vient de dire : « On réactive ça. » Pas par grand élan humanitaire, mais parce que l’administration Biden a elle-même demandé à la justice de suspendre cette interdiction. Bref, on en est où ? À un retour en arrière masqué en opération de communication.
La mesure, qui s’applique déjà dans certains États comme le Texas, permet d’expulser des personnes en situation irrégulière vers un troisième pays, souvent sans examen de leur demande d’asile. Concrètement, ça veut dire plus de 12 000 expulsions supplémentaires par an, selon les estimations de l’ACLU (American Civil Liberties Union). Pas de quoi faire trembler les chiffres de l’immigration, mais assez pour montrer que les États-Unis ne lâchent rien sur leur politique de dissuasion. Sauf que cette fois, c’est pire : on expulse vers des pays qui ne sont pas les vôtres, et où vous risquez de vous faire refouler, torturer, ou simplement disparaître.
Le pays tiers, ce piège à cons
L’idée, c’est simple : si vous entrez aux États-Unis sans papiers, on vous envoie au Mexique ou au Costa Rica, et hop, problème réglé. Sauf que les pays tiers ne sont pas des poubelles. En 2022, le Guatemala a refusé d’accueillir des migrants haïtiens, les qualifiant de « menace à la sécurité nationale ». Résultat ? Des centaines de personnes bloquées à la frontière, sans statut, sans protection. Et les États-Unis, eux, se lavent les mains.
Pourtant, les risques sont connus. Une étude de l’Université du Texas, publiée en 2021, montre que 43 % des migrants expulsés vers le Mexique ont été victimes de violences ou de vols dans les six mois suivant leur arrivée. Personne ne s’en soucie. Pourquoi ? Parce que l’objectif n’est pas la protection, mais le chiffre. Moins de migrants qui demandent l’asile, moins de coûts pour l’État.
L’administration Biden joue les équilibristes
Voilà le plus ironique : c’est Biden qui a demandé à la Cour suprême de lever l’interdiction. Pourquoi ? Parce que son administration veut éviter un nouveau scandale comme celui de 2018, quand des enfants étaient séparés de leurs parents à la frontière. Sauf que cette fois, on ne sépare pas les familles, on les envoie ailleurs.
Le département de la Justice a expliqué que cette mesure « permet de gérer les flux migratoires de manière plus efficace ». Traduction : on expulse plus vite, on examine moins les dossiers, et on fait semblant de respecter le droit international.
Le problème, c’est que le droit international, justement, interdit les expulsions vers des pays où une personne risque d’être persécutée. Or, le Mexique et le Guatemala ne sont pas des paradis. En 2023, Human Rights Watch a dénoncé des « conditions inhumaines » dans les centres de rétention mexicains, avec des rapports de tortures et de disparitions. Les États-Unis ferment les yeux.
Ce que ça dit de l’Amérique en 2024
Cette décision de la Cour suprême, c’est le symptôme d’un pays qui a décidé de tourner la page sur ses idéaux. Pas seulement sur l’immigration, mais sur ce que signifie être une nation. Les États-Unis se transforment en forteresse, et les sans-papiers en variable d’ajustement.
Pourquoi ça ne va pas changer ? Parce que les républicains veulent des expulsions massives, et les démocrates, même modérés, préfèrent éviter le sujet. Résultat : on expulse plus, on régularise moins, et on fait semblant de débattre.
Le vrai problème, c’est que cette mesure ne résout rien. Elle ne réduit pas les flux migratoires (les gens continuent d’arriver), elle ne protège personne (au contraire), et elle donne une image désastreuse des États-Unis : un pays qui renvoie des gens vers la violence, sans pitié, sans vergogne.
Le chiffre que personne ne veut voir
En 2023, 1,7 million de personnes ont été expulsées des États-Unis, selon les données du DHS (Department of Homeland Security). Parmi elles, seulement 3 % ont eu droit à une audience pour demander l’asile.
Ce n’est pas une politique migratoire. C’est une politique d’expulsion.
Et la Cour suprême vient de lui donner un coup de boost. Sans surprise, sans remords, sans conséquences.
La dernière ironie ? C’est que cette mesure, censée être temporaire, pourrait bien devenir permanente. Parce qu’aux États-Unis, une fois qu’on a ouvert la boîte de Pandore, on ne la referme plus.
Alors, on attend quoi pour en parler ?