Le 10 mars 2023, cinq étudiants de l’Université Cornell étaient accusés de viol collectif sur une jeune femme, lors d’une soirée dans une fraternité. L’affaire aurait pu suivre le cours classique des procédures judiciaires : enquête, témoignages, procès. Sauf que Cornell a décidé d’intervenir avant même que les faits ne soient jugés. La condition pour éviter des sanctions lourdes ? Rédiger des dissertations sur le consentement sexuel, la culture du viol, et les dynamiques de groupe à l’université. Pas une punition. Un exercice de rhétorique pour sortir de prison plus tôt.
Pourquoi une université transforme-t-elle une accusation de crime en devoir de fac ?
Parce que Cornell, comme beaucoup d’autres, a compris une chose simple : les tribunaux, ça coûte cher. Ça prend du temps. Ça fait mauvais genre. Alors autant régler ça en interne, avec des mots bien choisis et des profs bienveillants. En 2021, l’université avait déjà été condamnée pour avoir minimisé des plaintes pour harcèlement sexuel, en proposant aux accusés de suivre des « ateliers de sensibilisation » plutôt que de les exclure. Cette fois, c’est pire : on leur demande d’écrire. Comme si un essai sur le féminisme pouvait effacer une agression.
Les étudiants en question ont été suspendus pendant un an, mais avec une porte de sortie : des « réflexions écrites » sur leur comportement. Un des accusés, un ancien membre de la fraternité Kappa Alpha Society, aurait même pu éviter une expulsion pure et simple en produisant un texte « satisfaisant » pour les autorités. Le problème ? Personne ne sait ce qu’il a écrit. Cornell refuse de communiquer les contenus de ces dissertations, au nom de la confidentialité. Sauf que quand la justice devient un exercice de style, c’est la confidentialité qui protège les coupables, pas les victimes.
Ce que les universités ne veulent pas que vous sachiez
Cornell n’est pas un cas isolé. En 2022, l’Université de Californie à Santa Barbara a proposé à des étudiants accusés de violences sexuelles de suivre des « programmes éducatifs » plutôt que d’affronter un procès. Résultat ? Des peines réduites, des victimes ignorées, et une culture de l’impunité qui se perpétue. Pourquoi ? Parce que les universités préfèrent gérer leurs affaires en interne. Moins de publicité, moins de risques juridiques, et surtout, moins de pression pour changer leurs pratiques.
Et puis, il y a l’argument du « développement personnel ». « Ces étudiants doivent comprendre leurs erreurs », explique un porte-parole de Cornell, sans jamais préciser comment un papier sur le consentement pourrait réparer un traumatisme. Sauf que le consentement, ça ne s’apprend pas dans un devoir. Ça se vit. Ça se respecte. Et ça ne se négocie pas contre une suspension allégée.
Le vrai scandale : personne ne contrĂ´le rien
En 2020, une étude de l’American Association of University Women révélait que 63 % des étudiantes avaient subi du harcèlement sexuel dans leur établissement. 63 %. Et pourtant, les universités continuent de privilégier les « solutions douces » plutôt que de sanctionner fermement. Parce que virer un étudiant, c’est mauvais pour l’image. Parce que payer des amendes, c’est cher. Parce que reconnaître ses échecs, c’est admettre qu’on a failli à sa mission.
À Cornell, les cinq accusés ont finalement été exclus. Trop tard pour la victime, qui a dû porter seule le poids de l’affaire pendant des mois. Mais assez tôt pour que l’université puisse se donner une image de fermeté, tout en évitant le pire. Le message est clair : tant que les étudiants écrivent assez bien, tout se passe bien.
Ce qui se joue vraiment à Cornell, c’est une bataille culturelle
Les universités américaines sont des microcosmes où se mêlent pouvoir, argent et privilèges. Quand un étudiant riche, blanc et issu d’une fraternité est accusé de viol, l’institution a deux choix : le défendre (comme l’a fait Yale pour ses athlètes en 2013) ou le « rééduquer » (comme Cornell avec ses dissertations). Le troisième choix, le condamner sans condition, n’existe presque jamais.
Pourtant, la solution est simple : les universités doivent cesser de jouer aux juges. Si un étudiant est accusé de viol, qu’il aille en prison. Qu’il affronte un procès. Qu’il assume les conséquences de ses actes. Pas qu’il écrive un essai pour sauver sa peau. Parce que le viol, ça ne se résout pas avec un bon coefficient de style.
La leçon de Cornell : la justice se négocie, même à l’université
Cette affaire révèle une vérité gênante : les élites américaines se croient au-dessus des lois. Quand un étudiant de Harvard ou de Cornell est accusé d’un crime, l’institution fait tout pour le protéger. Pas par altruisme, mais par intérêt. Parce qu’un étudiant exclu, c’est une mauvaise publicité. Parce qu’un procès, c’est un risque. Parce que la réputation de l’université passe avant tout le reste.
Et vous, vous attendez quoi ? Que les universités arrêtent de protéger leurs petits protégés ? Non. Vous attendez qu’elles commencent enfin à protéger les victimes. Pas avec des mots. Avec des actes.
La dernière question qui dérange
Si Cornell avait vraiment voulu lutter contre le viol sur son campus, elle aurait fait ce que font les vraies institutions responsables : virer les coupables, soutenir les victimes, et former les étudiants sur le consentement avant qu’il ne soit trop tard. Au lieu de ça, elle leur a donné un stylo et un sujet de dissertation. Comme si un crime pouvait se résoudre dans une page A4.